‹ Discours de l'Honorable Sir Charles Tupper sur le budget [microforme]Chapitre 5 sur 7 · FEES · texte numérisé non relu

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que le nôtre. Mais que l'ex-ministre des Finances prenne courage. Si, dans un pays où les droits de douane sont deux fois aussi élévés qu'en Canada, et si, sous l'opération de notre tarif, on peut acheter les marchandises à meilleur marché que sous l'opération de son tarif en 1878, combien s'écoulera-t-il de temps avant que nous puissions acheter en Canada les marchandises à des prix beaucoup moins élevés que ceux d'aujourd'hui ? L'honorable ex-ministre verra que, si nous avons six millions de plus dans le trésor, il n'y a pas, néanmoins dans ce pays, une seule industrie qui ne soit plus florissante qu’alors. Il a dit—et cette déclaration ne m'a pas surpris—qu'il avait de très grandes difficultés à trouver des arguments contre cette politique. Il a dit: “Je ne puis obtenir aucune information des cultivateurs ”. Les cultivateurs sont si riches et si heureux, ils ‘sont si satisfaits et ont tant de confort qu'ils n’ont pas même voulu parler à l’'ex-ministre des F inances, ni le regarder, et je n’en suis pas suroris. Il dit que les cultivateurs ont été trompés. Il n'y a pas une classe de notre société, M. l'Orateur, qui soit aussi difficile à tromper que nos cultivateurs. C'est parce qu'il n'a pu les trompe, que l'ex-ministre des Finances siège aujourd'hui à la gauche. Ils ont compris que, sous l'opération de sa politique fiscale, ils n'avaient pas leurs coudées franches en Canada, et ils ont usé de leur indépendance aux bureaux de votation pour mettre l’ex-ministre des Finances à la place qu’il occupe aujourd’hui, et pour ramener au pouvoir le parti qui promettait d'activer, de protéger et de soutenir les industries canadiennes sur le sol du Canada.

M. l'Orateur, mon honorable ami a autre chose à son crédit. Les ex-ministres étaient très-inquiets au sujet de la somme qui a été payée à Sir Alexander Galt, ily a quelque temps. Ils disaient qu'il était affreux d'avoir un haut commissaire ; aussi, ai-je été heureux d'apprendre, par les observations faites le jour de l'ouverture de la session, que l'honorable chef de l'opposition avait changé d'avis à ce sujet, et prétendu que le Canada avait

atteint une position assez élevée Pour avoir un ministre auprès de chaque cour civilisée du monde. Mais, M. l'Orateur, Sir Alexander Galt, de concert avec le Ministre des Finances et le chef du gouvernement, a effectué un arrangement financier grâce auquel nous épargnons $15,000 par année sur les paiements qu’il nous faut faire à MM. Glyn & Baring, en vertu du système suivi à l’époque où les honorables députés de la gauche ont perdu le pouvoir. Ce n’est pas tout : lorsque nous rachèterons $35,000,000 de la dette nationale, en 1885, le pays économisera, dans cette seule transaction, grâce à ce nouvel arrangement, au moine $350,000. Je dis donc que si jamais un ministre des Finances a eu raison d’être satisfait, et a.pu, en parlant de chaque industrie, faire voir qu’une nouvelle vie, une nouvelle vigueur leur étaient données, et, en parlant de chaque artisan et de chaque ouvrier de ce pays, démontrer que sa position s'est immensément améliorée, c'est mon honorable ami le Ministre des Finances.

L’ex-ministre des Financel veut savoir ce que nous avons fait pour les ouvriers, J'ai dit ce que nous avons fait pour les constructeurs de navires, pour le mineur, le cultivateur et pour le pêcheur. Il a été démontré que les prix des produits de la ferme sont plus élevés qu'ils ne l'ont été à aucune autre époque et l’ex-ministre des Finances s’est trouvé l’autre soir pris dans ce dilemme. Il a Ait que nous ne pouvions élever le prix du blé, parce que ce prix est reglé dans Mark Lane ; et cependant il a dénoncé la taxe sur les céréales, qualifiant d’odieux la taxe sur lé blé. Je veux qu'il prouve son assertion que c'est une taxe odieuse, et que, sous l'opération du tarif protecteur, il n’y a pas d'amélioration dans les prix des produits de la ferme. Je lui poserai cette question ; il dit que nous avons augmenté les charges du cultivateur, et il est allé, les larmes aux yeux, trouver ce dernier pour faire condarnner notre politique, Les cultivateurs ont siïipiement ri de lui. Ils ont ri de lui parce qu'ils savaient qu'il avait dit et qu'il répéterait ici, s’il

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était ministre, que le prix des choses nécessaires à la vie avait augmenté pour l'artisan qui avait à payer plus cher tout ce dont il a besoin, Comment peuton augmenter le coût de tout ce que consomme l'artisan, et qui consiste principalement en produits de la ferme, sans favoriser le cultivateur? Ce sont des questions comme celle-là que nous lui avions posées. Nous lui disions que nous favoriserions toutes les industries du pays ; que nous améliorerions la condition du cultivateur en lui donnant un meilleur marché chez lui, Mais l'ex-ministre des Finances ne pouvait comprendre cela. Et, à l'avenir, lorsque le cultivateur rira de lui et de ses théories, il saura que le peuple est convaincu que ses premières déclarations n'étaient pas fondées ; que le cultivateur reçoit plus aujourd’hui pour tous ses produits, c'est-à-dire pour les produits du sol, qu'il n'aurait pu obtenir si la politique de l'ancien gouvernement, laquelle consistait à faire des canadiens des scieurs de bois et des porteurs d’eau au service d'un autre pays, avait été maintenue, comme l'ex-ministre des Fnances aurait continué à la maintenir.

Advenant six heures, l'Orateur quitte le fauteuil.

5EANCE DU SOIR.

Sir CHARLES TUPPER.-—-IIme reste encore à faire quelques observations au sujet du discours prononcé vendredi soir par l’ex-ministre des finances, en réponse à mon honorable ami le Ministre des Finances. Mais auparavant j'ai une tâche plus pénible encore àremplir, celle de parler de ia manière dont l’ex-ministre a répondu à mon honorable ami le ministre actuel. Je suis l'interprète des sentiments de cette Chambre en disant que l'insulte gratuite et non provoquée faite à l'honorable ministre qui a exposé la politique du gouvernement dans son discours sur le budget, à soulevé un dégoût général dans la Chambre. Je le dis à l'honneur des honorables députés de ia gauche, qui, je le crois, ont ressenti aussi vivement que la droite l'insulte lancée à

la face de mon honorable ami, et l'insulte encore plus grande faite à la dignité du parlement. Lorsqu'il était encore très jeune, mon honorable ami le ministre des finances a embrassé la carrière du commerce, et par son industrie, son intégrité et toutes les qualités que le monde apprécie, ayant mérité la confiance de toute la population de la localité qu'il habitait, il eut l’honneur d'être élu représentant de la principale ville de la province du Nouveau-Brunswick. Il remplit son mandat de telle sorte qu'il fut nommé au poste élevé et honorable de premier-ministre de cette province, et il vint dans cette Chambre en 1867, jouissant du respect de toutes les classes de la population de sa province natale. I1 put, sur'ce vaste théâtre, se distinguer au point de mériter d'être élevé au poste qu'il occupe aujourd'hui, et, plus tard, il accepta la plus haute position sociale du Nouveau-Brunswick, aux applaudissements chaleureux des deux partis politiques de cette province, qui rivalisèrent à qui l'accueillerait le mieux en apprenant qu'il était nommé lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. Les collègues de l'ex-ministre des Finances déclarérent en public que s'ils eussent eu à faire le choix en cette circonstance, il n'était pas un homme qu'ils eussent préféré à mon honorable ami pour occuper cette haute position. A l'expiration de son terme d'office comme lieutenant-sonverneur du Nouveau-Brunswick, les ex-ministres le prièrent de rester en charge pendant un deuxième terme.

Sir RICHARD J. CARTWRIGHT.—-Non : on ne lui a pas demandé cela.

Sir CHARLES TUPPER.—II faudrait à l’ex-ministre des Finances une autorité plus grande que celle dont il jouit dans cette Chambre et au dehors pour jeter un doute sur mon assertion. Je répète que les collècues de l’ex-ministre des Finances, alors qu'ils étaient au pouvoir, se sont adressés à mon honorable ami pour

l'engager à remplir pendant un deuxième terme les fonctions de lieutenant-gouverneur de cette province. Qu'a-t-il fait? C'était une position honorable que ne pouvait dédaigner aucun membre de cette Chambre si qui que ce soit.

Mais il jeta un regard sur son pays et vit dans quel état se trouvaient les affaires publiques ; il vit l'état de prostration qui y régnait et à quelle condition lamentable son successeur avait réduit les affaires financières. Sans égard pour son propre bien-être, il se lança dans l'arène politique et fut de nouveau porté au Parlement par la principal ville du Nouveau- Brunswick. Ayant été chargé des importants devoirs qu'il remplit maintenant, il retourna dans sa division électorale, et, par acclamation, il fut renvoyé ici pour s'occuper des affaires du pays. Comment s’en est-il occupé? Ayant à traiter les questions les plus importantes qui pussent être confiées à un ministre, à l’une des époques les plus critiques de notre histoire, il a su si bien les résoudre qu'il se trouve maintenant dans une position où il a le droit d’être fier et triomphant. Il a le droit de & ‘e à la Chambre que jamais gouvernement, en ce pays ou ailleurs, n’a triomphé d’une façon plus éclatante, dans les grandes quest'ons d'intérêt public qu'il a été appe!é à résoudre.

M. l'Orateur, je n'ai pas besoin de dire comment l'ex-ministre des Finances a accueilli ce discours, dont l’habileté remarquable égale la courtoisie, et qui, comme l'admettront les honorables députés qui l'ont entendu, ferait honneur à n'importe quelle assemblée délibérante. 6

L'accueil fait à ce discours, M. l'Orateur, par l'exministre des Finances, a été, je n'hésite pas à le dire, de nature à faire rougir de honte tous les amis qui l’entourent.

Sir RICHARD J. CARTWRIGHIT, -- Ecoutez écoutez :

Sir CHARLES TUPPER. — Maintenant, M.

l'Orateur, supposons qu'au lieu d'avoir les antécédents qu'il possède, mon honorable ami le Ministre des Finances occupât dans cette Chambre la position d'un homme incapable de faire son chemin, né au sein du luxe, ayant eu tous les avantages que la richesse peut Procurer et ayant même étudié dans une grande université d'Angleterre ; supposons que mon honorable ami fût revenu d'Angleterre sans les grades d'honneur et de distinction que tout homme, s'il a quelque talent, 4 Su gagner; Supposons qu'à son retour, il eût voulu entreprendre de se rendre compétent à exercer une profession, et qu'après des années de travail et d'efforts, il eût été obligé d'abandonner la tâche, se voyant incapable d'être admis au barreau : supposons que, grâce ä Sa richesse, il aurait pu se faire élire dans un comté, mais que, s'apercevant que son parti le connaissait trop pour lui confier une position de haute responsabilité, il l'eût abandonné, tournant ainsi le dos à ses amis et passant à l'ennemi pour faire cause commune avec lui ; SUPPOSOnS que, par sa volte-face politique, il eût obtenu pour toute sa vie, de ses adversaires, une position qu'il n'aurait jamais pu obtenir de ses amis ; sup- Posons que cette position que je viens de décrire, fût celle de mon honorable ami, et qu'après avoir obtenu la haute position de ministre, au lieu de remplir les devoirs élevés qui lui incombaient, de la manière dont il les a remplis, son premier acte eût été de faire faire au gouverneur-général une déclaration contraire à la vérité.

Sir RICHARD CARTWRIGHT.--Ecoutez, écoutez !

Sir CHARLES TUPPER.-—Supposons, que, pour des fins politiques et de parti, il eût demandé au repr{sentant de Sa Majesté de déclarer que, par suite de la condition financière de ce Pays, par suite de l’impossibilité d'équilibrer le revenu avec les dépenses, un déficit considérable était inévitable

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