‹ Discours de la bataille de Garennes (Ivry) en mars 1590Chapitre 12 sur 25 · Davila, p · texte numérisé non relu

Davila, p

2. Nous empruntons la description qui suit de cette partie de la bataille à M. Poirson (t. I, p. 208], qui a remarquablement résumé tous les récits contemporains.

la cavalerie légère du comte d’Auvergne et de Givry, qui s’avança pour défendre les canons menacés. La multitude des assaillants jeta l’effroi parmi les chevau-légers, les ébranla, les désunit. Les reîtres, après les avoir entamés, regagnèrent leur place de bataille pour reformer leurs rangs, selon leur habitude militaire. Le comte d’Egmont les remplaça. Menant à sa suite six cents cavaliers wallons et flamands et l’infanterie des lansquenets, il attaqua avec fureur les escadrons de d’Auvergne et de Givry, Les chevaulégers, déjà inférieurs en nombre, ne purent soutenir le choc des lances et l’effort des gros chevaux flamands ; ils furent enfoncés au centre, dispersés à droite et à gauche. Le maréchal d’Aumont, qui pour les secourir fit une charge et des prodiges de valeur, les sauva de la destruction, mais ne put empêcher leur déroute. Leur fuite, funeste en soi, laissait de. plus l’artillerie sans défense. Les Wallons tuèrent une partie des soldats qui la servaient, contraignirent les autres à se sauver et renversèrent les pièces. Après avoir éteint le feu de l’ennemi, ils s’élancèrent à la poursuite des chevau-légers, et me-

nèrent battant trois cents d’entre eux plus de mille pas. Ils se reployèrent ensuite, et, prenant leur marche en remontant, ils se dirigèrent de nouveau vers le canon. Le baron de Biron les chargea à leur retour, attaqua leur escadron en queue et parvint à l’entamer, mais il fut blessé au bras et au visage, et ses soldats, laissés sans conduite pendant qu’on le pansait, consternés de son accident, mollirent et restèrent inactifs.

«Les Wallons d’Egmont et les lansquenets eurent alors un moment partie gagnée. Ils s’emparèrent de l’artillerie , qui demeura quelque temps entre leurs mains; se disposèrent à charger de nouveau les chevau-légers et à les écraser ; répandirent l’étonnement et l’ébranlement dans toute cette partie de l’armée royale. Le duc de Montpensier tenta de rétablir les affaires, en attaquant la division du duc de Nemours, qui lui était opposée et dont il se promettait la défaite. La rare valeur qu’il déploya méritait qu’il réussît, mais, renversé de son cheval, tué sous lui, remonté, non sans peine, par ses gentilshommes, il vit ses troupes repoussées avec perte et ses espérances cruellement déçues. Ces échecs mul-

tipliés réagirent sur la situation du maréchal d’Aumont, qui jusque-là avait soutenu la cavalerie légère. Il se trouvait au milieu de corps ennemis, partout vainqueurs autour de lui, et courait risque d’être accablé et mis en déroute. Il ne fallut rien moins que l’intervention de la réserve, et que l’attaque dirigée par le roi contre le centre de l’armée ennemie, survenant coup sur coup et opérant une puissante diversion, pour dégager et sauver le maréchal. »

La bataille semblait perdue. L’aile gauche était en déroute, l’artillerie prise et les artilleurs dispersés. Le maréchal de Biron, se présentant avec la réserve en corps compacte effraya le duc d’Egmont, qui recula. Les pièces furent replacées, les troupes ralliées reprirent leurs positions, les ligueurs perdirent les grands avantages qu’ils avaient obtenus.

« Alors les deux centres s’ébranlèrent, et 400

I . Lettre de Biron à du Haillan, Archives curieuses , p. 186 : « Les ennemis s’étonnèrent de me voir marcher toujours ferme vers eux en gros ost, ce qui leur fît perdre la victoire. »

arquebusiers à cheval sortis du gros du duc de Mayenne, ayant fait leur décharge à vingt-cinq pas du corps où était le roi, y mirent d’abord beaucoup de désordre. En même temps, Henri Pot de Rhodes, jeune homme distingué par sa bravoure, qui portait la cornette blanche, reçut dans les yeux un coup mortel qui augmenta la confusion. Outre que la demi-pique qui soutenait l’étendard royal fut brisée entre ses mains, il fut emporté par un cheval fougueux, qu’il était d’autant moins possible de gouverner que les rênes avaient été coupées et que la grande abondance de sang qui sortait de sa blessure ne lui permettait pas de voir où il allait. Plusieurs s’imaginèrent que le roi se retirait de la mêlée et suivirent l’étendard partout où il plaisait au cheval de le promener. Il est vrai que le roi, dont la prudence prévenait tous les inconvénients qui pouvaient arriver, avait fait mettre, ce jourlà, sur son casque une aigrette blanche, afin d’être reconnu de plus loin, et il avertit en même temps qu’au cas que son drapeau fût

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