‹ Discours de la bataille de Garennes (Ivry) en mars 1590Chapitre 13 sur 25 · I . De Thou, p · texte numérisé non relu

I . De Thou, p

abattu, comme il arrive assez souvent, on prît garde à l’aigrette blanche et qu’on la suivît. Aussi les gens sages n’j furent pas trompés, et comme ils avaient toujours les yeux attachés sur ce signal, cet accident ne fut pas capable de leur faire abandonner leur poste. Mais il en arriva un autre en même temps qui causa un nouveau désordre. Un jeune seigneur, pour se rendre plus remarquable ce jour-là, avait eu l’ambition de vouloir porter aussi une aigrette blanche; cela trompa bien des gens qui, le voyant suivre l’étendard royal, prirent de là l’occasion ou le prétexte de se retirer. Le roi vit qu’il fallait un effort suprême, et, devançant ses cavaliers de deux longueurs de cheval, il s’enfonça dans l’escadron du duc de Mayenne i. »

Henri IV, en se précipitant dans un péril certain, n’obéissait pas à son seul courage. Il avait les deux qualités du succès, l’élan et l’opportu-

I . Le roi courut dans cette bataille les plus grands dangers, son épée fut couverte de sang et de cheveux. Il disait qu’il avait bien connu que de ce jour il était roi, «pource qu’ayant touché les écrouelles, il en avait guéri plusieurs Espagnols ». Voyez L’Estoile, Mich. et Povij., p. I 3.

nité , ce don naturel qui fait deviner le moment propice, lequel passé, les efforts ne sont plus que des sacrifices sans résultats. Les reîtres, après avoir fait leur décharge, s’étaient, selon leur coutume, repliés pour se reformer derrière les lanciers; mais l’intervalle entre les escadrons n’étant pas assez large pour leur passage , ils s’étaient jetés sur les Wallons, quiles repoussaient à coups de lance, afin de conserver leurs lignes. Les rangs étaient rompus, le défaut de champ empêchait les Wallons d’utiliser leurs lances; Henri vit ce désordre et en profita. Quoique le tiers de son escadron l’eût abandonné, pendant que Biron chargeait de flanc, il chargea de front avec tant de rapidité que les Wallons furent obligés de jeter leurs lances et de tirer leurs sabres. Les cavaliers royaux avaient alors l’avantage: protégés par une bonne cuirasse, ils étaient armés d’un fort espadon et de deux pistolets. Les royalistes Æt les ligueurs combattirent mêlés et sur place un quart d’heure; mais, comme à ce moment l’aile droite des ligueurs était renversée par le duc de Montpensier et le maréchal d’Aumont, la gauche par Schomberg et le baron

de Biron, la cavalerie espagnole et franc-comtoise défaite par le comte d’Auvergne conduisant les chevau-légers ralliés ^ « ce gros corps commença à chanceler, et en moins de rien on vit le dos de ceux de l’Union, qui étaient si furieusement venus présenter leurs visages, employer leurs teste et bras, encore tout armés, à l’aide et au secours de leurs talons, qui ne l’étaient pas moins* ».

La déroute fut complète, les cavaliers s’entraînant les uns les autres. L’infanterie se trouva entièrement à jour, parce que dans l’ordre de la bataille les escadrons avaient été mêlés aux bataillons, qui, se voyant sur le point d’être attaqués en flanc et en tête par la cavalerie, s’abandonnèrent à la fuite la plus honteuse 2. Mayenne ne conserva autour de lui qu’une trentaine de cavaliers et il ne resta sur le champ de bataille que quelques corps français isolés, et les Suisses fermes et en bon ordre. ''

Pour achever la victoire, quelques officiers

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