P. Daniel, p
coupé les jarrets. Le massacre fut considérable, et ceux qui se sauvèrent dans la campagne et dans les bois furent assommés par les paysans. Mayenne, pressé de près, n’eut que le temps d’atteindre Mantes, dont il obtint l’entrée avec beaucoup de supplications^. Henri le poursuivit jusqu’aux portes de la ville, et alla coucher au château de Rosny.
En quelques heures, l’armée de la Ligue était dispersée et détruite, son artillerie et ses bagages perdus. Le butin était considérable. Cette éclatante victoire rendait manifeste la puissance militaire du roi et anéantissait les vanteries des ligueurs. Leurs mensonges prêchés et répandus tombaient d’un coup. L’effet moral ^ fut im-
1 . La Satire Ménippée n’a pas oublié de ridiculiser cette fuite précipitée. Voyez Description des tapisseries. La septième contenait la bataille d’Ivry... «Il y faisait beau voir monsieur le lieutenant... s’encourir sur un cheval turcq pour prendre Mantes par le guichet, et dire aux habitants en note basse et courte haleine ; « Mes amis, «sauvez-moi et mes gens, tout est perdu, mais le Béarnais «est mort.»
2. Selon le P. Daniel, c’est après Ivry que fut faite la première médaille à la gloire de Henri IV. Il en donne, p. 52, la représentation.
mense et suivi d’avantages réels, dontlespremiers furent la reddition de Mantes et de Vernon', qui rendaient le roi maître de tous les passages entre Rouen et Paris.
La Ligue se trouva très-embarrassée pour annoncer aux Parisiens ce fâcheux événement.
I . On releva alors les présages heureux. Voyez Pasquier, Lettre sur la bataille d’Ivry, Ed. Feugère, II, p. 344 : « Lorsque la bataille commença, on faisait dedans cette ville de Tours une procession générale où étaient tous les pauvres mendiants, et encore les petits enfants, qui n’avaient autre mot en bouche parmi les rues qu’un vive le roi ! cette procession dura jusque vers le midi, qui fut le temps auquel la bataille prit fin, comme si la victoire de notre roi n’eût dépendu que des oraisons de son peuple, tout ainsi que celles de Josué, capitaine général des enfants d’Israël, des prières de Moïse.» — Et de Thou, p. 69 : «Le roi remit au i 5 mars suivant l’assemblée convoquée, auquel temps, disait-il, y avait lieu d’espérer qu’avec l’aide du Seigneur il aurait levé tous ces obstacles et ceux qui pourraient encore naître dans la suite. Ces paroles furent regardées depuis comme une espèce de prophétie, car ce fut, en effet, ce jour-là même que se donna la bataille d’Ivry, qui décida du sort de ce prince et affermit dans l’obéissance ceux de ses sujets qui jusqu’alors avaient balancé à le reconnaître. »
On a trouvé dans le grec un pronostic favorable par le rapport du mot Ivry et de (injure), parce que
1 injure faite au roi fut punie aux champs d’Ivry. Voyez Mercure français, 1614, t. III, p, 495.
Leur ancienne ardeur excitée, et entretenue par des inquiétudes religieuses, s’était depuis quelque temps affaiblie. Les excès et la tyrannie des Seize et de leurs sicaires éloignaient ceux qui, de bonne foi, les avaient soutenus. Le parti modéré et national, qui voyait avec répugnance l’autorité absolue du nonce, du pape et des Espagnols en plein Paris, grossissait de jour en jour. La masse du peuple, encouragée par le clergé, dominée par la crainte des Espagnols et des personnages de tous les rangs qui dans le triomphe de la Ligue trouvaient leurs avantages particuliers, s’était, comme d’ordinaire, soumise au plus fort; le triomphe du roi, sa modération, disposèrent le peuple, dans l’espoir d’un gouvernement plus doux, à se tourner vers lui. Le pape, qui jusqu’alors avait soutenu la Ligue par tous les moyens, subit l’influence du succès ; à partir de la bataille d’Ivry, il montra pour Henri IV une bienveillance inaccoutumée et commença à le traiter de roi.
Les historiens s’accordent sur ce point mais