‹ Discours de M. Benjamin Constant à la Chambre des DéputésChapitre 46 sur 72 · SUR LES MEMES TROUBLES · texte numérisé non relu

SUR LES MEMES TROUBLES

( Séance du 6 juin 1820. )

Messieurs,

Quand vous vous êtes déterminés à suspendre l'adoption de votre procès-verbal, c'était en considération des événemens de samedi , parce qu'ils avaient compromis la sûreté de quelques uns des membres de la Chambre — (Voix à droite : Parlez pour vous — Violens murmures à gauche.)

Je rappelais un fait certain, reconnu, savoir qu'hier, lorsqu'on a annoncé les attentats commis contre plusieurs députés , cet outrage à la représentation nationale a paru vivement senti par l'unanimité de cette Chambre; je plains ceux qui m'ont interrompu ; ils n'ont pas réfléchi qu'ils contredisaient les ministres, qui ont pris l'engagement de poursuivre les coupables , et qu'ils se séparaient de leurs collègues , avec peu de générosité. Ils ont entendu MM. Leseigneur, Kératry, Girardin, et je ne croirai pas qu'ils attendent, pour croire la représentation nationale en péril, qu'un de leurs honorables amis soit insulté,

39 ï DISCOURS

Vous avez suspendu votre déclaration sur le procès-verbal , pendant toute la séance. D'après la manière dont l'autorité s'explique, d'après l'article du Moniteur de ce jour, nous ne sommes pas en mesure de délibérer. Tout ce que les journaux censurés, et tout ce que le Moniteur a rapporté, est de la fausseté la plus complète ; l'article du Moniteur appartient au système qui vous a été développé par M. le gardedes-sceaux. Il est bien question de jeunes gens égarés, tandis que les jeunes gens qui criaient : vive le Roi ! vive la Charte ! étaient assommés par ceux qui criaient vive le Roi •' et que 1* premiers étaient seuls poursuivis et arrêtés !

Un des ministres du roi a paru dire que le cri de vive le Roi ! n'avait été proféré qu'en réponse à celui de vive la Charte •' et que les partis en présence avaient lutté l'un contre l'autre; il n'en est rien; un des partis était paisible, et des forcenés l'ont attaqué. Le ministre a gratuitement fait injure à cette admirable jeunesse qui aime l'ordre et la liberté, le roi et la Charte, qui prépare à la France une génération qui vaudra mieux que nous; et, en effet, où jamais a-t-on vu une jeunesse plus studieuse, plus digne d'éloges , et sur laquelle on puisse fonder plus d'espérances ?

L'inexactitude des faits est démontrée, nous ne pouvons délibérer même l'adoption du procès-verbal , nous ne sommes pas libres ; des précautions sont prises par les agens subalternes du gouvernement pour intercepter toute communication avec les départemens; un de nos collègues vous citera des faits qui

prouvent le plus coupable abus de confiance de la part de l'administration des postes. C'est par de telles communications subreptices, par des envois fallacieux que l'on veut égarer l'opinion publique.

Hier , les attroupemens n'ont pas eu un caractère plus repréhensible que samedi; le cri qui retentissait était celui de vive le Roi! vive la Charte! mais ils étaient très nombreux ; les rassemblemens étaient de 10, 20, 30 et 40,000 personnes dans les divers points où ils se sont réunis. . . Et cependant les ministres avaient annoncé que toutes les mesures avaient été prises pour les prévenir. Nous devons revenir à leur demander un compte de la situation de Paris, une garantie de la sûreté des députés, non pas un compte de l'instruction judiciaire, mais un compte moral de ce qui a été fait par l'administration et par la police ; nous devons demander compte des rapports faits à l'état-major et à la place ; nous devons savoir si , en'effet , il y a eu des officiers déguisés, à la tète des provocateurs. Ce compte nous est indispensable pour connaître si nous avons la liberté nécessaire pour délibérer. Sans cette mesure préalable, que je réclame dans l'intérêt des ministres , la loi dont nous nous occupons sera discréditée. Je renouvelle la demande de la suspension de toute délibération , même sur le procès-verbal , avant que nous ayons reçu non des renseignemens partiaux et inexacts , mais bien des détails de nature à nous satisfaire. ( Appuyé à gauebe. )

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