‹ Discours de M. Benjamin Constant à la Chambre des DéputésChapitre 9 sur 72 · AUX JOURNAUX DE DEPAKTEMENS · texte numérisé non relu

AUX JOURNAUX DE DEPAKTEMENS

Séance du 4 mai 1819.)

La question est ici, Messieurs, de savoir si vous voulez absolument détruire les journaux de déparlemens ; en ce cas, adoptez la iixation du projet de loi, adoptez même l'amendement de la commission. Les journaux ne pourront se soutenir , à l'exception de trois ou quatre grandes villes. Il n'est pas un département où le cautionnement puisse être fourni : ils ne donnent que de très modiques produits , ils n'ont que des abonnés locaux, ne s'occupent que d'intérêts locaux, et cependant, Messieurs, la nécessité de

ces journaux m'est bien prouvée : j'irai plus loin , et je dirai que, jusqu'à un certain point, elle m'est encore plus prouvée que celle des journaux de la capitale. Une des causes de nos malheurs, depuis trente ans , a été que toute la vie politique de la France semblait renfermée dans la capitale. Tout ce qui s'est passé de funeste pour la France et contre son vœu, provient de ce que, hors de Paris, il n'y avait ni vues politiques, ni énergie, ni force morale qu'on aurait pu utilement déployer en plus d'une occasion ; s'il y a eu des résistances partielles, bientôt la force centrale en a triomphé, parce que ces résistances n'avaient pas pour appui la force morale provenant de la circulation des lumières, et de la liberté des opinions; que celte circulation, cette liberté soient assurées, qu'elles pénètrent jusque dans les cabanes, quelles y portent l'amour et la reconnaissance pour nos institutions ; qu'elles y constituent cette force morale qui , en résultat , l'emporte toujours sur la force physique , laquelle n'est qu'un instrument; et alors vous verrez les départemens associés à la fortune et aux intérêts publics.

Pour parvenir à ce but, l'existence des journaux de départemens est indispensable; les élections doivent sans doute être l'expression de l'opinion publique ; cette opinion a besoin d'un moyen d'émettre son vœu. D'où partira cette expression ? du centre de la capitale ? Les résultats peuvent en être très bons quelquefois „ quelquefois aussi ils peuvent être funestes : il faut laisser aux localités le moyen d'exprimer leur vœu et d'agiter les questions de la candidature. Je m'oppose au monopole des lumières comme à tout autre mo-

nopole, je n'en veux pas le privilège pour Paris ; je crois qu'il est bon que dans les départemens aussi , en manifestant librement l'expression de l'opinion publique , on se rattache au gouvernement franchement entré dans les voies constitutionnelles ; sans cela , vous réduisez les départemens à la nullité, au rôle

passif qu'ils ont eu pendant toute la révolution

( L'orateur est interrompu par ces mots : aux voix ! aux voix ! ) Messieurs , quand mes commettans m'ont envoyé siéger parmi vous , ils ne m'ont point dit : si vous voyez dans l'assemblée s'élever quelque mouvement d'impatience de voter, retirez-vous de la tribune. J'y remplis mon devoir , Messieurs ; il sera souvent pénible ; mais j'insiste sur les graves considération s que je vous ai présentées , et je demande que , pour les départemens , le cautionnement soit établi au dixième de celui qu'on propose , et qu'il n'v ait pas de cautionnement dans les villes au-dessous de 50,000 âmes. Je demande la question préalable sur cette fixation. (Plusieurs membres de la gauche : Appuyé — )

AMENDEMENT

RELATIF

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