LA POLICE SUD-AFRICAINE
Des bureaux de recrutement pour la police sud-afrivaine vont étre ouverts à plusieurs endroits au Canada : et l’on entend à ce sujet beaucoup de commentaires défavorables, Assuréiment, le gouvernement canadien n'a pas dû exprimer aux autorités impériales le désir de cette action ; et si “elles-ci ont agi de leur chef leur démarche est riainement mal inspirée. Le but de notre pays, c'est d'accroître sa population et non d'envoyer nos jeunes gens à l'étranger. I paraît qu'on veut surtout enrôler des ranchers et autres de la même catégorie qu'on trouve au Manitoba et aux Territoires ; et en les attirant par la perspective d'une bonne solde, on espère embaucher un mullier d'hommes où plus, choisi parmi la fleur dg notre virilité Le Canada ne peut guère se passer de ces hommes ; et comme un engagement daus la police sud-africaine veut dire, pour la plupart d'entre eux, qu'ils s'établiront pour toujours dans ce pays, on dépeuple virtuellement le Canada pour accroître une autre portion de l'empirs
On devrait dire nottement au gouvernement impérial que s'il fant absolument des Canadiens pour maintenir la suprématie britannique sur le continent noir, nous lui on enverrons non seulement mille mais au moins dix mille ; mais nous n'avons pas d'hommes à sacrifier pour aller faire un travail rouiinier de police Landis que des imiilions d’acres de la meilleure terre du monde restent incultes parce qu'ils manquent de mains pour Jes travailler. Jusqu'à ce que des soldats soient absolument requis, les autorités canadiennes ne devraient favoriser ce recrutement en aucune facon. Qu'on permette aux Canadiens d'aller s’enrôler dans cette police s'ils le veulent;
mais il n'est pas juste, pour notre pays, qu'on les encourage à le faire.
Le 19 février, le méme journal revint à la charge, disant :
D'après la Gazette de l'Armée et de la Marine, de Londres, l’un des organes militaires les mieux renseignés du Royaume-Uni, la base de l'enrôlement de la police sud-africaine c'est que ‘‘ ceux qui donnent leurs noms désirent s'établir dans l'Afrique du Sud à l'expiration de leur service ?”.
C'est ce qu’on soupçonnait fortement au Canada, bien que l'autorité ait pris les plus grandes précautions pour cacher ce fait au public ; et après avoir lu cet article de notre confrère anglais, la Gazette objecte plus fortement que jamais à l'action des autorités militaires canadiennes qui favorisent la déportation à l'étranger d'un nombre, considérable pour nous, des ineilleurs hommes qu'il soit possible de trouver au monde.
Ainsi que nous l'avons dit déjà, à nlusieurs reprises, ce journal ne s'oppose nullement à envoyer des soldats combattre pour l'empire, lorsqu'en en a besoin pour cette œuvre ; mais, en cette occurrence, on ne prétend méme pas qu'il en soit ainsi et l'on déclare que ces hommes sont requis pour faire la garde dans le pays conquis-le but ultérieur que l’on se propose étant de les induire à s'établir en Afrique à l'expiration de leurs trois années de service, au grand détriment du Carada.
A ce propos, disons que le geuverment la Nouvelle-Galles du Sud, évidemment nioux nseigné que le nôtre à Ottawa, a nettement refusé de permettre à un officier impérial d'aller recruter pour ce régiment dans cette partie de l'empire : et la Gazette exprim> l'opinion que les dernières révélations justifient cetts conduite.
Que tous ceux qui désirent s'enrôler dans ce régimert le fassent de leur ph gré sans qu'on leur crée d'obstacles, mais cajoler et les enc-urager à le faire est une injustice pour le pays cù nous vivons,
Quelques jours plus tard, le 25 février, le Witness de Montréal emboîtait le pas, disant :
Les Canadien mblent acsoptor trop volontiers l'établissement parmi nous de bureaux de recrutement dont le but est de détourner notre jeunesse* la plus vigoureuse de notre œuvre d'éducation nationale pour le lancer dans Îles aventures de guerre. Nous concevons qu'au sein d'une population aussi virile que le peuple canadien, il y aura toujours un certain nombre de sens entraînés irrésistiblement vers ce genre de vie. La bête sauvage n'est pas encore disparue de notre nature.
S'il on est qui se sentent appelés par tempérament à la vie militaire--et il s’en trouve certainement beaucoup qui semblent mieux appelés à ce genre de suceès qu'à tout autre—il vaut mieux qu'ils entrent au service de leur propre empire qu'à celui de l'étranger. Nous ne pouvons, cependant, envisager tout ceci sans un profond regret.
A propos de l'attitude du gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud, j'ai parcouru les colonnes du Times de Londres pour y chercher des renseignements exacts. J'y ai trouvé d'abord une dépêche de Sydney en date du 17 février ; la voici:
Sir Alfred Milner ayant prévenu le gouverne-
ment de la Nouvelle-Galles du Sud de l'intention qu'il a d'envoyer un officier recruter en
Australie pour la police sud-africaine, le gouvernement a répondu que la colonie s'oppose à cette action.
Dans le Times du 20 février, je trouve la dépêche suivante :
Cape-Town, 13 février.
Est démentie la déclaration contenue dans les dépêches de Londres disant que sir Alfred Milner se proposait d'enrôler des recrues en Australie et à la Nouvelle-Zélande pour la police sud-africaine et que le gouvernement de la Nouvelle- Galles du Sud s'y est opposé.
A tous ceux qui ont observé la conduite des autorités impériales durant cette guerre, il est facile de lire entre les lignes de ces dépêches, On dit maintenant qu'on n'a pas cherché à recruter en Australie ni à la Nouvelle-Zélande ; mais ce qui paraît évident, c'est que le gouvernement britannique a pressenti confidentiellement les gouvernements de ces colonies et que, n° les trouvant pas disposées à se prêter au jet. de sir Alfred Milner, on a lancé l'atirmation que la demande d'enrôlement n'avait jamais été faite.
Je citerai enfin la dépêche suivante, publiée au cours de janvier :
New-York, 14 janvier.—Le correspondant londonnien de la Tribune dit : Le Post annonce que le projet d'organiser une forc2 de police coloniale est abandonné pour le moment. Les taux | de solde n'ont pas paru assez séduisants à la) population de l'Afrique du Sud; et sur 16,000 hommes du Royaume-Uni qui ont offert de s'enrôler dans ce corps, environ 900 seulement ont été jugés acceptables.
J'avais donc pleinement raison de dire au début que les autorités britanniques constat: | tant qu'elles ne pouvaient trouver en Afrique ou en Australie les recrues nécessaires à ce corps de police destiné à la protection | exclusive de l'Afrique dn Sud, elles sont venues demander au sol fertile du Canada | ce que les autres colonies britanniques lui ont refusé et ce que la seule colonie directement intéressée à cette guerre est incapable ! de lui donner.
J'ajouterai que ces tentatives de la part!
des autorités impériales en Afrique de garder nos jeunes gens comme colons n'est pas un trait nouveau de cette guerre Dès le 24 novembre dernier, le correspondant particulier du Herald de Montréal, accompagnant le | Strathcona Horse, écrivait de Potchefstrom une lettre publiée le 5 janvier. Il débutait ainsi :
Les yeux du volontaire canadien se tournent vers la Rhodésie, l'héritage septentrional de la Compagnie Britannique Sud-Africaine. Ce pays lui paraît favorable à la colonisation; il y est attiré par les avantages exceptionnels que lui offre la Cotupagnie à Charte et par les légendes qu'on lui raconte pendant la marche ou au camp sur la richesse minérale et agricoie de cette partie de l'Afrique australe. Dans les rangs du bataillon de lord Strathcona sont vingt ou trente | Canadiens qui s'intéressent déjà profondément à ce pays et qui en feront probablement leur patrie d’adoption.... Les avantages exceptionnels d'établissement offerts par la compagnie ne | s'appliquent qu'aux volontaires canadiens, aus- |
[nous sont si néces
traliens et néo-zélandais et aux troupiers de la Yeomanry anglaise, qui s’enroleront pour la défense de la Rhodésie.
Avec la Military Gazette, je regrette profondément que le gouvernement canadien, qui frappa d'impôt le peuple de notre pays pour payer les frais d'une immigration étrangère, ait aidé les autorités britanniques à draîner notre meilleur sang au protit de M. Rhodes, Et cette fois encore, on a agi sans l'assentiment et hors la connaissance du parlement, Le cabinet ne peut invoquer aujourd'hui le prétexte de la volonté populaire, Je n'ai bas entendu la moindre protestation contre les articles du Star de Toronto et de la Military Gazette, qui ont exprimé, je crois, le sentiment général. Et l'on ne peut prétendre qu'il s'agit d'un autre cas de nécessité urgente, Le 8 janvier dernier, lord Raglan, sous-secrétaire d'Etat pour la Guerre, disait à un représentant de la presse associée :
L'état des affaires sud-africaines interdit toute prévision. On ne peut appeler cela de la guerre et, cependant, sous certains asperts, c'est pis que la guerre... Tout le secret consiste dans les chevaux. Nous avons assez de soldats, mais pas assez d'hommes à cheval.
Quelle guerre étrange ! Au début, on attribua les défaites de l'armée britannique à un défaut de science stratégique-chez les mules ; et maintenant, on nous dit que les forces impériales, ne pouvant venir à bout
\ des restes de cette poignée de paysans, les
chevaux seuls pourraient le faire. En tous cas, puisqu'on n'a pas besoin que de chevaux, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas offert au autorités britanniques tous les chevaux dont elles ont besoin et ne leur a-t-il pas dit de laisser ici les hommes qui res et dont le gouver-
|nement anglais déclare lui-même pouvoir si ‘bien se passer ?
Je vais plus loin: je dis que le jour où le wouvernement fut convaincu que là guerre était finie--et il le fut dès le 7 juin dernier, lorsqu'il félicita la Reine sur la cessation des hostilités—c'était son devoir de donner
Lavis au gouvernement britannique que Îles
volontaires canadiens devaient être réformés à l'expiration de leur première période d'engagement., c'est-à-dire, après six mois de service. Ce devoir s'imposait lorsque lord Roberts annexa les deux républiques et que tous les ministres anglais proclamèrent la fin de la guerre, disant que les quelques partisans boers. assez insensés pour prolonger la lutte, ne méritaient même pas le titre de belligérants. Si j'ai bien saisi les accents de cette voix populaire qui domina la volonté ministériclile, nos soldats sont partis en Afrique et nous les avons payés pour le défense de l'empire. Mais notre but n'était pas. je présume, de maintenir en Afrique, aux frais du Canada, un régiment chargé de piller les fermes et de faire une besogne de police dans une guerre qui n'est pas une
guerre, ainsi que lord Raglan l'appelait, il y a trois mois—ou une guerre purement “technique,” suivant l'expression de M.
Ross Robertson, de l'Evening Telegram.
Revenant à ces articles du Star de ‘loronto, de la Military Gazette, du Witness de Montréal, je suis heureux de constater la renaissance de ce bon sens robuste et de eet esprit pratique que tout observateur attentif des nations modernes reconnaît et admire chez l'Anglo-saxon : ces qualités sont la base même de la puissance anglaise et l'Anglosaxon devra y revenir s'il ne veut pas voir sombrer son prestige. Mais l'impartialité me force à signaler la faiblesse de raisonnement qui caractérise ces articles. Ni nous admettons qu'il soit désirable que le Canada se livre à des expéditions militaires extérieures, même rares et fortuites, nous devons nous y préparer. Non seulement nous faudra-t-il acheter à grand frais des armes et des munitions, nous devrons aussi développer l'esprit militaire au sein de notre paisible population. Si nous épousons les querelles de la Grande-Bretagne ; si nous voulons avoir au moins dix mille jeunes hommes prêts à partir au premier cri de détresse de l'Angleterre, en Europe ou en Afrique, en Asie ou en Océanie, nous devons préparer la jeunesse de ce pays à ces éventualités. Depuis le berceau, à la salle d'asile, à l'école, au collège, à l'université, il faut habituer l'oreille du jeune Canadien au cliquetis des armes et à l'appel strident «les clairons. Il faut lui enseigner Ia manœuvre et le tir, il faut lui apprendre à flâner au camp avee des éperons à ses hottes et un sabre à sa ceinture.
Au lieu de peindre la guerre À ses yeux sous ses couleurs vraies, comme l'un des châtiments de Dieu sur l'humanité coupable, comme l'une les pires plaies sociales, plus cruelles et plus désastreuses pour le bien-être des nations que la famine et la peste—il faut empoisonner son âme jeune et enthousiaste avec l'idée barbare, anti-chrétienne, que la guerre est la voie qui conduit à la gloire, le but le plus noble et le plus sain d'un peuple fort. Et quel sera le résultat?
C'est que non seulement par fidélité, non seulement dans les cas de danger urgent où il faut défendre de drapeau et le pays—mais sous la seule pression de ses nouveaux instincts, la “fleur de notre virilité” sera prête à partir à chaque instant, pour toutes causes bonnes ou mauvaises, En temps de paix cette nouvelle éducation militaire abaissera dans l'esprit de la jeunesse les occupations d'une vie humble mais fructueuse. Et ainsi notre pays perdra le meilleur de son sang, de son intelligence, de sa force vitale. La pi sn de la guerre est brutale : la rnison ne la contrôle pas aisément. Je me réjouis de constater que quelques-uns des organes de notre population anglaise commencent à se rânger à mon opinion. Mais, sans vouloir décourager un instant ces efforts honnêtes et bien intentionnés, on me permettra de dire que s'ils veulent Gviter les consé-
quences, ils doivent chercher à faire disparaître la cause. Ils ont contribué à jeter une semence dangereuse sur le sol national:
s'ils craignent la moisson, qu'ils arrachent le mauvais grain ; chercher à couper quelquesuns des épis les plus chargés, c'est un jeu inutile et stérile.
Revenons maintenant à la province de Québec. Chercher, corume l'a fait le Times, à voir, dans le suffrage presque unanime accordé par cette province au ministère, une upprobation particulière de la guerre ou de l'intervention du Canada, est une tentative vraiment insensée,
Je regrette que quelques-uns des membres du cabinet se soient efforcés de répandre cette fausse impression. Je veux croire qu'ils ont obéi à un motif avouable ; mais à quoi bon ? Non seulement les bonnes intentions, mais la droiture, la clairvoyance et la franchise constituent toujours la meilleure politique.
A un banquet qu'on lui offrit à Toronto, le 11 décembre, l'honorable ministre de l'Intérieur (M. Sifton) discuta les problèmes dans les termes suivants, d'après le Globe, de Toronto :
Dans la province de Québec, l'attaque principale contre le gouvernement était dirigée contre la politique impériale adoptée par le premier ministre. (Ecoutez, écoutez !). Le point principal de discorde entre l" premier ministre et ses partisans, d'un côté, ct leurs adversaires, de l’autre, c'était de savoir si sir Wilfrid Laurier, le premier ministre canadien-français, qui avait accordé un tarif de faveur à la Grande Bretagne, qui avait onvsyé des troupes en Afrique, devait être appuyé dans cette politique. Et nous n'avons qu'à lire les journaux publiés par n9s amis les conservateurs dans la province de Québec, la littérature répandue par ces messieurs dans Québec, pour constater que c'est bien là la question principale sur laquelle ils en appelèrent à la province de Québec; et leur plaidoyer était que le peuple de Québec devait voter contre sir Wilfrid Laurier parce qu'il était un homme d'Etat impérial, parce qu'il avait uni sa cause à celle de l'empire britannique. tEcoutez, écoutez !) Qu'a décidé le peuple de Québer ? Quel a été son verdict ?
L'a-t-il accordé aux hommes qui ont attaqué notre honorable ami? Non; le verdict ratifin tout ce qu'il avait fait pour unir le Canada plus étroitement à l'empire britannique.
L'honorable ministre en appela au témoignage du premier ministre (sir Wilfrid Laurier) et du ministre des Travaux publics (M.
Tarte) à l'appui de ces déclarations. Mais ces deux messieurs observèrent un silence complet sur ce point—et pour une excellente raison : tous deux étaient trop courtois pour contredire leur collègue et trop sincères pour fortifier ses illusions, Sans doute, le ministre de l'Intérieur risqua cette opinion à la fin d'un dîner torontonien : c'est une circonstance atténuante à sou acquit. hot orable ministre est, je le sais, un abstème absolu et le contraire même d'un jingo. Mais l'atmosphère de Toronto a peut-être produit sur son tempérament une impression analogue à celle que ressentit un jour un de mes «mis sur les docks de Londres : en traver-
= nee rene
sant les immenses entrepôts où l'on accumule tous les vius et liqueurs en fûts, il se sentit presque enivré par les émanations alcooliques qui ftlottaient dans l'air. A To:
routo, ls microbes jingos sont si nombreux et si délétères que, stimulés par l'eau gazeuse la plus inoffensive, ils peuvent agir sur le cerveau le plus solide.
Le cas du ministre du Revenu de l'intérieur (M. Bernier) est plus difficile à diagnostiquer—à moins que je ne l'appelle un accès d'enthousiasme juvénile. Certes, je reconnais et je respecte l'esprit solide et expériment. de l'honorable ministre. Mais chez tout homme, il y à deux hommes ; et chez tout ministre il y en à au moins trois—à moins que l'homme ne soit individuellement nul et ne trouve toute sa valeur dans son portefeuille, ce qui est loin d'être le cas de l'honorable ministre. 11 s'ensuit qu'un membre du cabinet peut exprimer des vues absolument contraires sur la même question suivant qu'il fait usage de son cerveau personnel ou de son esprit ministériel. En dépit de sa longue expérience et de son jugement sain, come homme et comme politicien, le miaistre du Revenu de l'intérieur est otlicielleinent le Benjamin du cabinet. Je crois qu'il a fait trop exclusivement appel à son cerveau ministériel, encore jeune et naïf, et naturellement surexcité par la joie de la victoire, lorsqu'il à exprimé son opinion sur le verdict de Québec, le 9 novembre dernier.
Le correspondant du Montreal Herald, à Ottawa, lui prêta les paroles suivantes :
Ce ne fut pas du tout une question de race ou de guerre. M. Chauvin lui-même, qui avait voté à la Chambre contre l'envoi des troupes, a été défait par le maire Préfontaine qui avait appuyé cette expédition ; et les majorités de M. Bourassa et de M. Monet ont été considérablement diminuées.
Après avoir parlé de la question scolaire du Manitoba comme de l'une des plus importantes qui aient 6t6 débattues, il ajoute :
Le second sujet traité par la plupart des ora teurs de l'opposition était l'accroissement de dettes provenant de l'expédition des soldats au Sudafricain au coût de $5,000,000. Telle était l’accusation lancée centre Laurier ; la défaite de M. Chauvin a été la réponse du peuple.
Et voici ce qu'il déclara à l'Evening Journal d'Ottawa :
Les deux questions principales discutées par l’opposition ont été la question scolaire du Manitoba et l'expédition de troupes au Sud-africain. L'opposition demandait aux électeurs de condamner le cabinet Laurier parce qu'il n'avait pas réglé la question scolaire d'une manière satisfaisante et aussi parce que le premier ministre avait envoyé des régiments en Afrique. C'est sir Wilfrid Laurier lui-même qu'on ten it surtout responsable de ces actions. Le verdict a prouvé que la politique ministérielle a été ratifiée sur ces doux points. M. Chauvin, conservateur, qui avait voté contre l'envoi des troupes
a été défait. Les majorités de Monet et de Bou-
rassa ont été réduites....
Je regrette—ou plutôt je me réjouis—qu'à mon sujet l'honorable ministre ait parlé
avant d'être mieux renseigné. Ma majorité a été un peu plus forte qu'en 1896; bien que les listes électorales fussent beaucoup moins favorables et surtout que mille électeurs, au moins, fussent absents des communes où ma candidature fut le plus appuyée, Mon ami, le député de Laprairie et de Napierville (M. Monet), que j'ai vu revenir ici avec tant de bonheur, prêt à combattre avec moi pour le drapeau canadien,— dussions-nous mêire rester quelque temps encore dans un glorieux isolement—pourrait expliquer à la Chambre les causes, absolument étrangères À la guerre, qui réduisirent sa majorité.
M. COWAN : Vous avez été chançard!
M. BOURASSA : Oui; j'ai la chance de représenter un comté intelligent.
Je pourrais aussi signaler le suffrage des comtés des Deux-Montagnes, de Bagot, de Charlevoix et de Maskinongé, où les députés qui votèrent avec nous sur cette question furent tous réélus par des majorités accrues. Aucun de ces messieurs, que je sache, ne revint sur ses pas en traitant cette question au cours de la lutte électorale. Je sais que dans Charlevoix et Maskinongc, les députés élus (MM. Angers et Legris) firent la lutte sous ce drapeau. Et je sais aussi, pertinemment, qu'avant de courir à son trépas politique dans Maskinongé, sir Adolphe Caron chercha en vain, pendant plusieurs semaines, à poser sa candidature dans le comté qu'il représentait au dernier parlenent, Trois-Rivières et Saint-Maurice ; et s'il n'y put parvenir, son attitude au sujet de la guerre lui fut certainement un obstacle.
Le ministre du Revenu de l'intérieur ayant signalé la défaite de M. Chauvin dans Terrebonne comme la conséquence de son vote sur ma proposition du 13 mars dernier et comme une manifestation de l'opinion de Québec en faveui de notre expédition au Trensvaal, je suis forcé de donner quelques détails sur cette élection. J'ai ici le manifeste politique du député actuel de Terrebonne (M.
Préfontaine) qui représente aussi le comté de Maisonneuve. C'est un long document, très intéressant, qui traite de la question scolaire au Manitoba, de la prospérité financière du pays, des progrès de l'agriculture— mais pas une phrase, pas une ligne, pas un mot de la guerre d'Afrique, ni de l'expédition des troupes, ni de l'impérialisme. Ce manifeste parut dans l'Avenir du Nord, un journal libéral imprimé à Saint-Jérôme et très répandu, non seulement dans le comté de Terrebonne, mais dans toute la région environnante, Ce journal, très bien rédigé, n'a pas peu contribué à conquérir au libéralisme les comtés de Terrebc :ne et des Deux- Montagnes, ces vieilles forteresses du part!
conservateur. C'est l’une des publications les plus nettement anti-impérialistes de Québec : elle dénonça violemment l'envoi des troupes en Afrique ; elle approuva constam- | ment mon attitude et félicita M. Chauvin | sur son vote du 13 mars dernier. J'ajouterai
méme que ce journal m'a souvent dépassé dans cette Voie, et d'une longue distance Je suis anti-impérialiste mais profondément attaché aux institutions britanniques : l'Avenir est presque sécessionniste, Vous pouvez croire qu'il changea de ton avant d'appuyer le candidat libéral contre M. Chauvin ? Nullement; au contraire, D'abord, dans le Môme Dunéro qui annonçait la candidature libérale de M. Préfontaine, M. Chauvin était dénoncé comme un lâche capitulateur sur le terrain de l'impérialisme. L'article, en date du 1% septembre, commençait ainsi :