‹ Discours de M. Henri Bourassa, M.P. sur la guerre du Sud-Africain [microforme]Chapitre 5 sur 9 · M CHAUVIN CAPITULARD · texte numérisé non relu

M CHAUVIN CAPITULARD

Le comté de Terrebonne est représenté à OttawWa, par un capitulard

Je ne sais Si mes honorables collègues dont la langue usuelle est l'anglais Saisissent bien la portée de ce mot, Il signitie non seulement un eapitulateur, mais un lâche Capitulateur, un homme qui se rend sans motif.

M. Adolphe Chauvin lui-même.

A Beéauharni il a déclar qu'il marchait sous le drapeau de sir Charles pper avec tout le parti conservateur-jaune-b, u-10FY Uni Comme ur seul homme...

Ah TOM Chauvin à vouiu jouer l'homme de caractère à Ottawa, en compagnie des Bourassa, des Monet et des Ethier, mais notre représentant n'était vraiment pas de taille à tenir ce rôle.

IT a capituls ! Non, il s'est rendu sar up fér

Il fait mieux: il repasse avec armes et bagages dans le camp des militaristes et des sal-

timbanques du britishisme.

Dans le numéro suivant, l'Avenir du Nord publiait un article au sujet de la candidature de Préfontaine, Après un éloge bien mérité de notre digne collègue, il ajoutait :

On nous répendra peut-être : tout re que vous dites est bien vrai, mais M. Préfontaine est un impérialiste.

Quelles preuves nent-on nous en donner ?

Non, nous ne CrOons pas que M. Préfontaine qui à. jadis, donné tant de preuves Celatantes de SOn patriotisme et de son zèle national, ait comme désir dans le cœur et comme un article de son pregranime là participation du Canada aux guerres étrangères de l'empire britannique.

Non, nous pe croyons pas que M, Préfontaire admette qu'en principe nous devons verser des millions et du sang pour défondre l'Angleterre dans des combats dont le mobile est plus que louche, ous ne croyons pas que M. Préfontaine soit

our de l'impérialisme militaire qui afflige- ÜOnotre calme pays, ot cela au profit d'une autre nation, de l'affreuse plaie du Militarisme

Puis, après avoir établi que la politique du gouvernement sur cette question était litigereuse que celle de sir Charles

ajoute :

Fupper,

Eh bien! M. Préfontaine qui, cemme partisan du gouvernement, a approuvé l'envoi des contingents, Mais à condition que cet acte ne nous engageñt À rien pour l'avenir, est encore préférable à M. Adolphe Chauvin, qui après s'être

déclaré contre l'envoi des contingents, en Chambre, marche aujourd'hui derricre dir Charles Tupper dont il endosse les idées impérialistes sans restriction...

Sur cette question de l'impérialisme, que nous avons combattu et que nous combattrons toujours, M. Préfontaine est moins à craindre que M. Chauvin,

Puis, le 4 octobre parut un article, le 'oisième d'une série d'études oû les tendinces impérialistes des deux partis étaient habilement analysées—et Ja conclusion, c'étit que l'impérialisme tory est pire que l'impérialisme libéral : qu'entre deux maux il faut choisir le moindre et que M. Piéfontaine devait être préféré à M. Chauvin.

Puis, le 11 octobre :

M. Chauvin, est-il, oui ou non, de l'opinion de Sir Charles Tupper, son chef, qui a sollicité le gouvernement d'envoyer des contingents en Afrique ?

Puis, le 25 octobre, paraissait un article iiportant sur les * responsabilités dans l’envoi des contingents.”" Les trois paragraphes Suivants donnent une idée exacte du tout :

La responsabilité de l'expédition militaire du Transvaal repose entièrement sur sir Charles Tupper et sur toute 'a Presse conservatrice anglaise....

Les auteurs responsables des contingents c'est Sir Charles Tupper, c'est M. Bergeron, c'est le parti conservateur...

Le grand coupable dans l'affaire des contingents, c'est l'homme dont M. Chauvin est aujourd'hui le sandidat....

Entin, le S novembre, appréciant le résultait

M. Chauvin est battu et il devait l'être.

Des hommes qui crient contre l'impérialisme et se déclarent en méme temps les plus fidéies soutieis des impérialistes déclarés, ne peuvent pas s'attendre à ce que leurs électeurs se résignent À faire rire d'eux plus de cinq ans de suite.

On trouverait difficilement à travers ces citations les traces de l'approbation la plus légère de l'envoi de troupes canadiennes au Transvaal. Et je doute que le député actuel de Terrebonne (M. Préfotaine) réclame sa victoire comme un triomphe de l'impérialisme,

Parlons maintenant du Sentiment général de la province, La vérité, c'est que la question fut amoindrie jusqu'au point d'être escamotée dans la plupart des comtés. Le 24 septembre, il y eut une immense assemblée à Saint-Hyacinthe, où demeure le ministre du Revenu de l'intérieur (M. Bernier) ; c'est le chef-lieu de son comté et le centre d'une région vaste et prospère, Le premier minis tre V était et ps iUxX électeurs avec son éloquence habituelle et convaincante. Il traita au long tous les problèmes en jeu. |A cesnpris la question scolaire ;: mais pas un mot ne tomba de ses lèvres au sujet de la question d'Afrique et de ses ramnifications.

Le ministre du Revenu de l'intérieur en parla brièvement, mais sans snthousiasme,

La Presse du lendemain nous transimit ainsi ses paroles :

On dit que Laurier est un jimpérialiste ; ruais est-ce parce que les libéraux sont de loyaux sujets qu'ils sont ainsi accusés ? Est-ce pa ce que le gouvernement à permis l'envoi d'un contin gent en Afrique que ses membres doivent être considérés comme des impérialistes.

Vous voyez que les ministres de la Cou ronne ne se réclamaient pas dans Québec, du iitre d'impérialistes avec la méme fierté que leurs collègues et leurs candidats dans Ontario où l'on s'en décorait ‘omme d'une cocarde glorieuse ét superbe,

Il est possible que certains électeurs voient du

Cunger pour l'avenir de notre pays dans l'envoi d'un contingent , mai. le gouvernement n'a fait que se rendre au disi® du gouvernement impé-

rial et il n'a fait que permettre l'enrôlement des volontaires et rien autre chose, Peut-on reprocher au gouvernement d'avoir décidé de payer Jes dépenses de ets volontair mais on dit : si la chose se répète ? Eh bien, dit M. Bernier, attendons les événements ; le gouvernement étudiera alors la nécessité de l'envoi d'un contingent Quel aurait ét6 le résultat du retus de sir Wilfrid Laurier, d'envoyer un contingent en Afrique ? Il eût été renversé et Tupper serait aujourd'hui au pouvoir. C'est lui, par er °mple qui en aurait envoyé des contingents ! 5,090 hommes n'auraient pas sui pour sir Charles !

La Patrie du môme jour donna un compte rendu plus abrégé de ce discours.

IL (M. Bersier) traite ensuite la question ces contingents, disant qu'il approuvait l'attitude que son chef avait prise à ce sujet et que cet envoi de troupes n'est pas de l'impérialisme,

Est-ce parce que des Canadiens sont allés librement ou volontairement à In guerre de sécessicn, qu'ils sont devenus par ce fait même des Américains ? Hst-ce que ceux qui sont allés aux Philippines où à Cuba sont devenus des Philippins ou des Cubains ?

Nous ne sommes pas des impérialistes, mais nous SOmines «es sujets loyaux à la Couronne britannique et aux institutions libres sous lesquelles nous vivons.

L'organe méme du ministre, ]n Tribune, de Saint-Hyacinthe, après une sema 0 laissée à la revision bienveillante de son rédacteur, rapporta ces déclarations dans des termes à peu prè identiques À ceux de La Presse. Quelques iours auparavant, l’honorable ministre fit un discours À Saint-Hilaire, dans votre circonscription, je crois, M. le Président : et voiei ce que la Tribune nous transmit, le 21 septembre, de ses brèves explications au sujet de Ia guerre :

Nos ennemis disent que le gouvernement Taurier a envoyé des volontaires en Afrique! Ce n’est pas exact ; le gouvernement n'a lonaé ordre à personne. Il a seuiement prèté son concours «ux bonnes volontés, S'ils avaient été au pouvoir, qu'au nt fait ceux qui nous dénoncent ? Demandes le M, Psrger ui ni ë Alcxandria, s'écrier que l'Angletezra n'aurait qu'à demander pour re evoir, s'ils étaient au gouvernement.

ii Vient encore, à

Dans une autre colonne du même numéro, le même journal publiait un article intitulé :

“Soyons francs": il y discute la guerre

avec Son antagoniste conservateur, le Courrier de Saint-Hyacinthe, Voici un passage qui indique assez l'esprit de cet article :

Mais l'argument qui a surtout agacé les nerfs du confrère est celui pourtant bien clair que le pays a été fort heureux d'avoir eu pour chef sir Wilfrid Laurier, au temps de l'envoi des contingents.

Nous aurons deux millions à payer on sus de la part du sang sé pour cette malheureuse fu du Transvaal. Tout Canadien-français sait que si Tupper eût dirigé les affaires du pays à cette époque, il ne s'en scrait pas arrôté jà, algré ses furibondes dénonciations.

Je pourrais retenir l'attention de la Chambre des heures entière: on lui faisant des citations de ce genre : les-ci sutlisent à détinir la position que les organes et les chimpions du ministère prirent dans Québec et à établir que la victoire qu'ils ont remportée dans #otte vie + ,ovince canadienne Hé peut à sément » appeler un tr'icinphe de l'iupériaiisme, ni même une approbation de notre envoi de troupes au Transvaal. Les candidats aveuglément iministériels, ceux lienies que je pourrais appeler les tidèles dé- Vols, 1'approuvèrent ni la guerre ni l'expédition canadienne au Sud africain

DS tinrent ce sujet à l'écart autant que Lostible ; et lorsque leurs adversaires les ittaquaient où que leurs partisans les iutc:loSelient à cet endroit, ils répoudaient invaritlement que le miniitère n'avait pu résister au mouvement, uu' le Canada ne se trouvait engagé à aucune contribution future aux guerres de l'Angleterre et surtout que si les chefs torys eussent été au pouvoir, ils auraieit envoyé plus d'hommes et dépenseé pius d'argent que le cabinet avinel. IS appuyèront leurs prétentions sur les dépêches et les discours de sir Cho:les Tupper et sur les déclarations te ses principaux lieutenants, Is divulguèrent au peuple l'hypocrisie honteuse lu parti tory et mrouvèrent à l'évidence que, tandis que les conservateurs de Québec accusaient le gouvernement de nous avoir «dtrainés dans les conflits impériaux et

{d'avoir vendu le Canada à l'Angleterre, leurs

volnpères d'Ontario dénoncaient avec rage sir Wilfrid Laurier, le traître arte et ce cabinet mené par des Franeais ‘avaient consenti qu'à regret et sans sosité à marcher au secours de l'empi rsque Ja main puissante et pätriotique de sir Charles le Grand les avait forcés,

J'ai peut-être blessé les sentiments de Ja droite en dévoilant le double jeu qu'elle a mené sur cette question : les ministériels ont fait preuve, à vrai dire, dans toute cette crise, d'une faiblesse de caractère absoïument pénible pour tous ceux que le parti libéral avait attirée ses rangs par son courage moral, son attachement dé- Sintéresst aux principes et sa joyeuse disposition ? préférer la vérité au succès. Je laisse À 1aes collègues de la droite à déeider eux-mêmes si l'on doit attribuer cet affaiblissement morbide aux effets de la grippe où aux douceurs du pouvoir, J'espère

que la première cause est la seule réelle : !

car la seconde prouverait que leur vertu farouche, comime celle de certaines vestales d'autrefois et d'aujourd'hui n'attendait que l'occasion favorable de choir.

Mais le ministère et ses partis peuvent trouver un certain adoucissement à leurs fautes en contemplant la perversité de leurs rivaux. Tandis que les libéraux peuvent invoquer à titre d'excuse qu'ils étaient sar la défensive et qu'ils ne firent ce double jeu qu'avec une impudeur encore timide et rougissante, les torys se jetèrent corps et âme dans l'abîme du péché, Les députés au dernier parlement, se rappellent, sans doute, l'attitude ultra patriotique du deputé de Montmorency (M, Casgrain). son discours sur la guerre, et ses bruyantes acclamations lorsque le premier ministre refusa d'accepter sa motion ratifiant les réserves constitucionnelles du décret ministériel d'octobre 1S99,. Puis-je conseiller, en tout respect, à l'honorable président du consoil de répéter, en lui-même, lorsque la gauche l'applaudit, ce que je dis tout haut moimême quand pareil malheur m'arrive :

“Timeo Danaos et dona ferentes” ? Je dis en lui-même, car sur ce thème de l'imrértialisiue, l'honorable ministre s'exposerail Bus souvent que moi à se rendre fastidieux en répétant le vers virgil:en. Je rappellerai quelques paroles du discours de l'honorable député de Montmorenes sur cette question :

Cette décisicn est une preuve que les colonies se donnent la main, non seulement pour afhrmer leur patriotisme et leur loyauté envers la Couronne, mais pour faire savoir au monde qu’on ne peut pas attaquer une partie de l'empire <ans s'attaquer à l'empire tout entier—

Plusieurs DEPUTES : Ecoutez, écoutez.

Ni. BOURASSA: Attendez un peu et nous VE: Fi Vous anp'ouverez Ce que Ïe vous lirai tantôt :

Cette conception patriotique du devoir a soulevé l’enthousiasme de toutes les provinces Cu Canada et, comme Canadien-francais, je re veux pas me tenir à l'écart et rester spectateur indifférent de la lutte terrible dan laquelle l’Angleterre est en ce moment engagee.

Plusieurs DEPUTES: Ecoutez, écoutez.

M. BOURASSA : Jinvite maintenant ceux de mes collègues qui crient : “ écoutez, écoutez"! à tendre l'oreille À vette autre déclaration du même dépaiû qu'ils accamaient, lan dernier, comme l'un des Canadiens-français prêts À soutenir l'empireuni.

Queiques jours apres Ji session, il y eut srand ralliement des forces conservatrices à Kamouraska : MM. Casgrain, Chapais.

Bergeron et autres pontifes de ce culte mourant qui s'appelait un jour le parti conservateur de Québec, se réunirent et fulminèrent leurs premiers décrets d’excommunication de l'année. Le député de Montmorency fit un appel aux électeurs de Kamouraska contre les tendances impérialistes du parti libéral et dans un élan touchant de tendresse paternelle, il cria au peuple : “Je

suis prêt à voir mon tils unique voler au secours de son pays; mais je refuse de le sacrifier aux querelles de l'Angleterre, quelque justes qu'elles soient !”

Messieurs de la gauche, acclamez ces paroles ! Eh ! quoi, vous faites silence ?

Je n'ai pas besoin, d'ailleurs, de sortir de Ion propre comté pour trouver un exemple frappant des tactiques du parti conservateur, Evidemment, dans Labelle, le tersain 6tait beaucoup mieux déblayé que dons Ja plupart des autres comtés. Je fis ln lutte sur cette question, bien que j'eusse grand'peine à y maintenir mon concurrent, Il voulait, à l'exemple de la plupari des candidats de parti, éviter la rencontre sur ce terrain, Son attitude était celle-ci: les discours du premier ministre au jubilé royal étaient la cause première de notre expédition ; l'honneur du pays tait engagé et, après tout, les inconvénients de la guerre étaient amplement compensés par nos ventes de foin, de fromage et de chevaux :

un point de vue p'atique, n'est-ce vas ? En résumé, il approuvait plutôt qu'il ne blâmait notre participation à cette guerre. Mais ses débitants d'éloquence émettaient des opinions plus tranchées. Dans la partie anglaise du comté, le comité tory envoya un jeune patriote dire que, dans Labelle, il n'était question ni des libéraux, ni des conservateurs, ni de Laurier, ni de Tupper, ni d'une bonne ni d'une mauvaise administration ; il n'y avait, il ne pouvait y avoir qu'un cri: A bas Bourassa, qui s'est opposé aux contingents Canadiens en Afrique”! Au nord du comté, dans une région exclusivement française, M. Nantel, ancien ministre provincial—le même qui, pendant un an.

dans son organe, le Monde Canadien, et dns ses discours, avait dénonré ln guerre, les contingents et le mouvement impérialistes—arriva plein d'ardeur et me dénonca comme un hypocrite parce que, après avoir voté contre la guerre et bien que je me déclarisse prêt à m'opposer À toute autre expé-

tion miltaire, je m'appelais encore un lioéral et que j'appuyais la politique administrative du gouvernement, Il reconnaissait Certaines tendances impérialistes chez sir Charles Tupper, mais il les trouvait imperceptibles, comparées à l'impérialisme tranché de sir Wilfrid Laurier, Le premier n'était qu'en faveur d'un impérialisme comivrcinl comportant des avantages réciproques ; tandis que le second voulait un impérialisme commercial tout en faveur de l'Angleterre ; un impérialisme politique où devait sombrer notre indépendance législative ; et un impérialisme militaire qui pous entraînait à prendre part à toutes les guerres de l'empire,

Dans une lettre adressée à ses électeurs et publiée peu de temps après la défaite écrasante de son parti et la chute de sa dynastie, le premier député de Pictou (sir Charles Hibbert Tupper) disait :

Personne ne saurait s'étonner, encore moins ise plaindre, qu’il existât dans Québec une sym-

LR. :'%le

pathie naturelle pour un chef Canadien-françuis : mais quand les Canadiens-français se sont à peu près ralliés comme un seul homme autour de lui, pouvons-nous croi. que ce résultat provienne d'une autre cause qut .1 1 sentiment de race créé. manipulé et “eve pé par MM. Tarte, Bernier, Bourassa. mor et autres sur qui le Préiuier ministre ‘appuie habilement? A tout évènement, nos ainis canadiens-français qui ont été balayés par c2tte folie passagère de Québec nous disent qu'il en fut ainsi

Je veux bien donner à l'honorable député le bénétice des circonstances atténuantes.

On donne vingt-quatre heures à un condamné pour maudire ses juges, on peut accorder quelques semaines à un chef en déroute pour exhaler son amertume, surtout lorsqu'il se sent blessé non seulement dans ses ambitions politiques et personnelles, mais encore dans ses sentiments tiliaux pour lesquels, d'ailleurs, je ne puis qu'admirer notre honorable collègue.

Mais il n'aurait pas dû permettre à cette explosion naturelle de son humeur d’aller jusqu'au poiut de calomnier ses adversaires et une portion considérable de ses concitoyens. Je dirai tantôt un mot de cette accusation générale portée contre le parti libéral lui reprochant d'en avoir appelé à la vois du sing français; je parlerai surtout de la réponse du peurle à cet appei.

Quant à tuon attitude personnelle, l'honorable député devrait présenter ses excuses à l'un, au moins, de ces messieurs dont il a confondu les noms avec le mien, Je veux dire l'honorable ministre du Revenu de l'Intérieur (M. Bernier). Je ressens pour l'honorable ministre les meilleurs sentiments d'estime et d'amitié personnelle—et j'espère qu'il en est de même de ses sentiments à mon endroit. Mais il est vraiment grotesque de nous loger tous deux, lui et moi, dans la même barque, à propos de cette question ! Depuis que je député de Saint- Hyacinthe a pris place dans le cabinet, nous avous navigué en sens radicalement opposés.

Lui voulait suivre le cours de l'eau et moi, je persistais à faire face au courant. L'organe en chef conservateur français, à Montréal, le Journal, annonça même un jour que j'irais poser ma candidature contre l’honorable ministre dans le comté de Saint-Hyacinthe, Je dois ajouter que ceci n'était qu'un pur tupperisme.

Quant à mes appels au peuple, je défie l'honorable député de Pictou, ici même, de trouver dans mes déclarations publiques ou privées un mot qui puisse justifier son accusation, Qu'il fouille tous les journaux où mes discours que j'ai prononcés par toute la province ont été reproduits— et je lui livre l'entrée de tous les organes respectabies de l'opinion anglaise et de l'opinion française ; qu’il déterre un témoin, français ou anglais, écossais ou irlandais.

italien, allemand ou belge,—toutes ces races sont représentées dans mon comté ;—qu'il trouve l’homme dont la parole soit valable, qui dira en ma présence que j'ai fait appel à la voix du sang dans mon élection ou

l‘uparavaut, dans men comté ou ailleurs.

Il ne ren*ontrera jamais cet homme cer ces appels, je ne les ai jamais lancés et je n'’au- “ais pu ie faire vour deux excellentes raisous : premièrement, l'idée qu'on pût discuter au point de vue de la race la question du Transvaal, et tous ses incidents, et sa portée au Canada, m'a toujours parue totalement insensée et absurde. Ensuite, rien ne répugue davantage à mon cœur et à ma conscience que de faire une discussion polhtique sur ce terrain. Et ce qui n’est ss dans mon cœur n'est jamais monté jusqu'à mes lèvres. J'espère ne jamais être ministre de la Couronne ou chevalier de ceci ou “ommandeur de cela : mais j'entre tiens l'espoir et l'ambition de ne jamais prêter von humble nom pour enrichir le vocabulaire canadien d’un synonyme de tupperisme. A la vérité, les préjugés de race se manifestèrent dans mon comté durant la dernière lutte électorale ; il -mentèrent constamiment depuis le jour « 1 je démissionnai pour en appeler à mes électeurs sur cette question, en octobre 1S99, jusqu’à la dernière heure du scrutin, le 7 rovembre 1900.

Mais ce n'est pas moi qui les y soulevai et ce n'est pas à mon avantage qu'ils se manifestèrent. Ce fut un petit groupe de libéraux et de conservateurs anglais qui les éveillèrent contre moi, me dénonçant depuis un an comme un traître et un rebelle français. Et le résultat fut un accroissement de suffrages anglais pour mon adversaire, le candidat de l'opposition. Je dois dire, en toute justice pour mon coneurrent, que s'il profita de ces tactiques, je ne veux pa. l'en tenir responsable. Cette campagne était commencée depuis longtemps lorsqu'il posa sa candidature. J'aurais pu riposter par une tentative analogue au sein de la population française qui représente les deux tiers, au moins, de l'électorat «2 Labelle. Mais je ne l'ai pas fait et j'aurais refusé de le faire, mon succès même dûtil en dépen‘re. C'est mon orgueil, ma fierté légitime, de pouvoir dire que l'attitude que j'ai prise sur cette question, je l'ai maintenue sans faiblir sur le terrain solide du respect À la constitution, du dévouement aux intérêts canadiens et de la résistance aux menées politiques de M. Clamberlain ; et en agissant ainsi, je suis demeuré fidèle aux vraies traditions du libéralisme angleis, Je suis heureux de déclarer que les citoyens libres qui m'ont envoyé ici ont bier compris ma position. J'ai perdu l'appui d’un bon nombre d'Anglais. mais les Ecossais libéraux me sont restés fidèles. Jamais. “e ma vie, je ne me sentis plus he.reu: qu'à ure réurion publique, dans une commune exclusiement écossaise de mon comté. deux jours vant le scrutin, lorsque deux des notables, l'un conservateur et l’autre libéral, me dirent, au nom de leurs concitoyens : ‘“ Nous approuvons particulièrement votre attitude sur la question d'Afrique ;: vous avez revendiqué avec indépent 'nce les droits du Canada. L'Angleierr- est assez riche pour

voir À ses propres affaires: mélons-nous des nôtres et vivons en paix au Canada.

Voyons maintenant qu'elle fut l'attitude générale du parti conservateur sur cette question, J'ai ici deux painphlets électo raux que les charlatans de ce parti répan dirent à profusion, l'un dans Ontario et l'autre dans Québec, Le premier est un Mince feuillet intitulé: “Le cas de Bou rassa €t de Monet :;" il renferme des ex tiaits de nos discours, dépouillés avec soin du contexte qui sen! pourrait donner une idée juste et complète de nos opinions sur la guerre : il dénonce le “ouvernement qui De NOUS A pas eXComunies. L'exemplaire que je possède m'a été envoré par un élec teur du comté de York-ouest. L'autre docu ment est le fameux pamphlet n 6, formant partie d'une série de brochures préparées inprimées et lancées aux dauatre coins de la province de Québec par le comité central conservateur de Montréal, Ce pamphlet est bien connu de toute la députation. {1 traite de la question scolaire et il dénonce Je gou vernement libéral qui nous a entraînés dans les vuerres de l'Angleterre : j] reproduit ma Proposition du 15% muars 1900 et des extraits de la réponse que me tit alors lé premier iinistre ; et il atbirme que le parti libéral est responsable de l'introduction de limpériailisme au Canada, Le titre est en Jui méme tout un poème :

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