L'OPINION PUBLIQUE AU SUJET DE LA VENTE DU CHEMIN
Si l’on consulte l'opinion publique dans tous les moyens de sa plus grande et plus solennelle manifestation, au sujet du principe même de la vente du chemin, on constate partout et de toutes les manières une unanimité presque complète,
Consulté directement lors des dernières élections générales, le peuple s'est prononcé formellement en faveur de la vente du chemin provincial,
La pres<e de la province, cette quatrième puissance ile l’Ecat, qui est l'expression de l'opinion publique, est, à peu d’exceptiuns 2rès, favorable à la vente du chemin. Le principal organe de l'opinion libérale en cette province, le Heraldde Montréal, s’est énergiquement prononcé cn faveur de la politique ministérielle.
Il est connu que l'opinion générale des hommes publics qui se sont succédés au gouvernement depuis cinq ans est, en principe, favorable à la vente du chemin du Nord.
Depuis le commencement de ce débat, que le public de la province suit avec le plus grand intérêt, pas un seul des orateurs de l'opposition, ni l’un ni l'autre des honorables députés de Lotbinière, de Montréal- Centre, de Québec-Est, ne s’est prononcé contre le principe de la vente du chemin comme question yes Ve
Il y a près d'un mois que Îa session de cette législature est commencée, il y a une vingtaine de jours que les conditions des contrats ont été communiquées au public par la presse, ce grand moyen de publicité, Cependant, ps une seule pétition n’a été adressée jusqu’à aujourd’hui à cette Chambre contre les transactions dont la loyale opposition dans cette enceinte ne discute que les détails, étant d'accord avec le ministère sur le principe même de la politique qui en est la base. Quelques requêtes seront peut-être déposées sur le bureau de la Chambre, mais elles ne représenteront l'opinion que d’une minorité peu considérable dans un petit nombre de districts électoraux.
On a tenté au dehors une agitation contre les mesures du cabinet, Quelques rares réunions publiques ont eu lieu. D'une extrémité de la
‘ province à l’autre, à À de de très pou d’endroits, le peuple est resté proa
fondément calme, aflirmant de nouveau, par sa résistance à ceux qui voulaient le soulever contre la politique du cabinet, qu’il maintient le jugement qu'il a rendu le deux décembre dernier, et qu’il veut que le chemin du Nord soit vendu. Comme l'exception prouve la règle, il faut conclure que les quelques assemblées qui ont été tenues, n’ont fait que prouver davantage qu’en général le corps électoral est en faveur de la politique ministérielle.
D à moi, en approuvant le principe de la vente du chemin du Nord, je suis certain de représenter l'opinion des électeurs du comté dont j'ai l'honneur d'être le député, parce que mon adversaire dans la récente lutte, mon prédécesseur dans cette enceinte, M. Charles Langelier, eat lui aussi opposé à l'exploitation des chemins de fer par les gouvernements, Je cède au plaisir de relire l’extrait, cité la semaine dernière par l'honorable premier ministre, du discours que M. Langelier prononçait, l’année dernière, à la séance du 27 juin. Il disait:
‘“ En Europe, les hommes les plus compétents sont unanimes à condamner l'exploitation d’un chemin de fer par l'Etat. Voici ce qu’en dit un homme dont la compétence en pareille matière est universellement reconnue, je veux parler de M. F, Jacquemin, directeur des chemins de fer de l'Est, en France ; Vol. I, page 38. ;
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“Si l’on vent, dit-il, en parlant des dangers économiques de l’exploita- “tion par l'Etat, apprécier l'exploitation par l'Etat, il faut voir ce qu’elle ‘€ était dans les grandes lignes aliénées par les gouvernements allemands ‘et ce qu’elle est encore dans quelques exploitations morcelées. Les ‘ dépenses d'exploitation sont soldées par le budget de l'Etat, on ne porte “ à leur réduction qu'un intérêt platonique. Quant au développement des “ recettes et à la recherche du trafic, il n’en est pour ainsi dire pas ques- “tion: certains agents considéraient cette recherche comme avilissante ; “ dans tous les cas, ils ne portaient aucun intérêt à une augmentation de “ transport, dont la première conséquence eut été une a igmentation de ‘“ travail.”
Ainsi, mon prédécesseur, M. Charles Langelier, est comme moi contre l'exploitation des chemins de fer par l'Etat. Tant d'idées et de principes nous séparent, que je ne vois pas le‘plus léger inconvénient à ce que nous soyions au moins d'accord sur un point.