LA POLITIQUE FRANÇAISES ACTUELLE SUR LES CHEMINS DE FER
L'expérience acquise depuis le jour, déjà si éloigné, où l'on discutait dans les Chambres françaises ces importants projets de loi sur les chemins de fer, a-t-elle démontré que les gouvernements peuvent avantageusement, pour eux et pour le public, construire et oxploiter ces voies de communication ? Non, loin de là. Examinons un peu ce qui se passe actuellement en France, La semaine dernière, l'honorable premier ministre nous signalait, à l'appui de sa politique, le fait que, malgré toute son influence personnelle et le prestige de sa parole, M. Gambetta tombait récemment du pouvoir après avoir, peu de jours auparavant, osé déclarer à la tribune française que le rachat des chemins de fer par l'Etat était l'un des principaux articles du programme de son ministère,
M. de Freycinet a été chargé par monsieur le président de la République de former un nouveau cabinet. Il a offert le portefeuille des finances à M. Léon Say, qui ne l'a accepté qu’à la condition formelle que le nouveau gouvernement abandonnerait toute idée du rachat des chemins de fer par l'Etat. Il y a même plus. La politique du ministère est de confier à des com: geanies la tâche de compléter l'immense réseau de voies ferrées dont
. de Freycinet a conçu le plan, il y a quelques années, lorsqu'il était ministre des travaux publics dans le ministère Waddington, je crois, et dont il réussit à faire commencer l'exécution comme entreprise publique.
Voici ce qu'un journal financier très important de Paris, Le Moniteur des Fonds et des Valeurs industrielles, publiait, le vingt-trois février dernier, il n’y a pas encore deux mois, à propos de la politique du ministère de M. de Freycinet sur les chemins de fer français :
‘ Des bruits dénués de fondement prétendaient que des dissentiments graves existaient dans le sein du ministère au sujet des grands travaux d'utilité publique.
‘“ Au moment où ces bruits étaient mis en circulation, des négociations importantes étaient, au contraire, engagées, au nom de l'Etat, avec les principales compagnies des chemins de fer, dans le but de réaliser un des points les plus considérables du programme économique et financier de M. Léon Say : l'achèvement du réseau par l'initiative privée.
‘ Nous apprenons que les pourparlers dans ce but sont déjà très avancés, ce qui fait prévoir une solution prochaine.
‘“ Nous le désirons vivement. Le système de l'association de l'Etat et des compagnies a produit de si remarquables résultats, que tout commande do le maintenir au lieu de se livrer à de dangeureuses expériences. C’est incontestablement le levier le plus puissant et le plus éprouvé dont on puisse se servir pour terminer le réseau national, sans imposer au Trésor des charges excessives qu'il ne serait pas en mesure de supporter.
‘ IL est certain que les compagnies seront obligées de s'adresser comme l'Etat, au marché d capitaux pour se créer les ressources nécessaires à la construction des nouvelles lignes; mais des émissions d'obligations présenteront bien moins d’inconvénients que des émissions de rentes.”
Cet article se termine comme suit:
“ Rassuréos contre l'éventualité d’un rachat qui eût été aussi désastreux pour le Trésor que pour les intéressés des chemins de fer, les grandes compagnies, sûres du lendemain et de leur entente avec l'Etat, peuvent, sans autres préoccupations, consacrer tous leurs efforts et leur expérience à améliorer les services et à leur donner le développement, la rapidité, la commodité, la sécurité et surtout le bon marché que réclament le commerce et les voyageurs.”