LES CONTRATS FAITS PAR LE GOUVERNEMENT
L'excellence du principe de la vente du chemin de fer du Nord étant. admise par tous, à très peu d'exception près, la seconde question qu’en notre qualité de représentants du peuple il nous faut bien étudier, c’est celle de Ja nature des transactions conditionnelles faites par le gouverne ment, et que cette Chambre, dans le libre exercice de ses droits constitutionnels, peut approuver ou rejeter. Les contrats déposés sur le bureau, et dont copie nous a été donnée dès le commencement de la session, sontils, tout considéré, les plus avantageux que le ministère pouvait faire dans les circonstances ? C’est ce que je me propose d'examiner avec tout le soin et toute l'attention que mérite cet important sujet, avec une juste appréciation de la difficulté de juger une question aussi compliquée de sa nature, avec toute la patriotique anxiété que j'éprouve à la pensée que nous sommes appelés, par le vote que nous allons donner sur la politique ministérielle que nous discutons, à décider, dans une large mesure, de l'avenir de notre province.
Par les contrats à nous soumis, le chemin de fer du Nord est vendu à deux compagnies distinctes, la partie ouest, s'étendant de Montréal à
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Ottawa, à la compagnie du chemin de fer du Pacifique, la partie est, de Québec à Montréal, à un syndicat provincial qui sera constitué en compagnie par une loi de cette législature.
‘avoue sans la moindre hésitation que mes préférences personnelles seraient pour la vente du chemin en entier à la compagnie du Pacifique. C'est chez moi une opinion qui date de plus d’une année, Le jour où, l'an dernier, cent quarante députés so levaient dans Ia Chambre des communes du Canada pour approuver le contrat fuit par le gouvernemont fédéral avec le syndicat du Pacifique, et le ratifiaient par une majorité de quaire-vingt-six voix, la plus forte majorité qui soit enregistrée dans nos annales parlementuires, ce jour-là je déclarais dans la conversation, ce que jai + très souvent, surtout ea pendant la récente lutte électorale, quo j'étais convaincu que désormais la politique previnciale devait être de vendre lo chemin du Nord à la compagnie du Pacifique qui se proposait alors, —ce qu'elle a fait depuis, —d’acheter la ligne du Canada central so terminant à Ottawa.
C'était aussi l’idée politique du cabinet telle qu'exprimée dans le discours-programme de l'honorable premier ministre à Ste. Thérèse.
Cet article du programme ministériel est modifié, et, par les transactions faites, la partie ouest du chemin du Nord est seule vendue à la compagnie du chemin de fer du Pacifique. Cette modification, bien que sérieuse, est-elle assez grave pour m'engager à désapprouver les contrats de vente conditionnelle qui ont été faits? Non, certes, et voici mes raisons.
J'étais, et jo suis encore, comme le gouvernement lui-même, en faveur de la vente du chemin en entier à la compagnie du Pacifique. Muis si, de notre côté, nous désirions vendre, la compagnie du Pacifique, du sien, était parfaitement libre de ne pas acheter. La province, représentée par son gouvernement, et la compagnie du Pacifique étaient toutes deux parties au contrat. Le ministère ne pouvait pas forcer la compagnie à acheter tout le chemin ; cette dernière n’a pris que ce qu'elle voulait avoir.
On nous dit—on l’a écrit dans la presse, et on l’a insinué dans cette €nceinte—que la compagnie du Pacifique était disposée à acheter tout le chemin. Sur quoi se fonde-t-on pour faire une sembluble assertion ? Sur de vaines suppositions, sur de vagues rumeurs très probablement mises en circulation dans le but de créer une fausse impression dans les esprits.
Rien nous autorise à penser que la compagnie du Pacifique aurait acheté tout le chemin du Nord, tandis que nous avons les preuves les plus convaincantes que telle n’était pas son intention.
L'honorable premier ministre, qui a conduit toutes les négociations relatives à la vente du chemin avec la sollicitude, l'énergie et la persévérance que l’on sait, nous a dit qu’un jour la compagnie du Pacifique a Consenti à acheter toute la ligne, mais à la condition de ne payer le capital du prix d’'achat—$8,750,000, moins $750,000 pour les travaux -que le gouvernement se serait engagé à exécuter, c’est-à-dire $88,000,000— que dans cinquante ans, et à ne donner qu’un intérêt de quatre pour cent, conditions évidemment inacceptables que le ministère a très bien fait de rejeter.
Depuis, la compagnie du Pacifique a positivement refusé d'acheter tout le chemin. Pour preuve, nous avons en premier lieu la parole de l’honorable chef du gouvernement. Quand un premier ministre fait une déclaration officielle de son siége en Chambre, parlant au nom de la ÆCouronne dont il est le serviteur tout comme Gelui du peuple, il serait injurieux de mettre sa parole en doute.
Secondement, nous avons la correspondance dont l'honorable premier ministre a donné lecture la semaine dernière devant cette Chambre.
Si mes honorables collègues ne sont pas encore pleinement convaineus que la compagnie du Pacifique ne voulait pas acheter la partie est du chemin du Nord, entre Québec et Montréal, je puis leur en donner uneautre preuve qui fera sans doute disparaître de leur esprit l'ombre même de la plus légère incertitude sur ce point important de la discussion.
En décembre et janvier derniers, les organes de l'opposition à la Chambre des communes supposèrent toutes sortes d’intentions à la compagnie du Pacifique. Le Globe, de Toronto, s’empressa de communiquer: ces rumeurs au public, en leur ouvrant ses colonnes. On disait que la compagnie ne construirait pas la partie au nord du lac Supérieur, et qu'elle avait définitivement abandonné le projet de relier la station Callander au Sault Ste. Marie par un ombranchement,
La compagnie du Pacifique ne voulut pas que le peuple du Canada fût trompé par des articles malveillants de journaux peu soucieux de susciter des obstacles à l’éxécution d’une grande œuvre nationale. Le bureau dedirection se réunit et autorisa son secrétaire à publier dans la presse une lettre faisant connaître ses intentions formelles au sujet de l'exécution de son contrat, Cette honorable Chambre me permettra de lire les princi-
aux paragraphes de cette lettre. Le secrétaire de la compagnie, M. Ë rinkwater, écrivait aux éditeurs des journaux, en date du 19 janvierernier :
‘“ MoNsIEUR,
“ Les faux rapports se continuant au sujet de l'exécution des plans de la eompagnie, j'ai reçu instruction de la part des directeurs de faire læ
déclaration suivante et de vous prier de la rendre publique.
1. C’est l'intention de la compagnie de pousser les travaux de constraetion de la lignede Winnipeg en gagnant l'Ouest avec toute la diligence: possible pendant la présente année. Notre but est d'ouvrir cette partie: du pays à la colonisation, et ce, aussitôt que faire se pourra, en même: temps que de faciliter le transport des hommes et du matériel pour les. travaux plus difficiles des Montagnes-Rocheuses, travaux que la compagnie se propose de commencer simultanément à l’est et à l’ouest dans le printemps de 1883. Pour réussir dans ce projet, la compagnie aura à accomplir un sxploit sans précédent dans l’histoire des chemins de fer, celui de la posedes 1isses sur 500 milles continus de chemin dans une période de six mois... Cependant la température aidant, les mesures que nous avons prises sont telles que nous nous croyons certains du succès.
3. Les travaux sur la partie est de la ligne principale sont exécutés à deux points à la fois, occupant autant d'hommes que nous avons pu en employer. Les explorations étant terminées, ces corps d'ouvriers se réunjront au commencement du printemps. Comme c’est l’intention de la compagnie de maintenir la voie aussi près que possible des rives du lac Supérieur, on espère trouver d’autres points où les travaux seront accordés. par contrat. à
‘Le choix du nouveau tracé raccourcira l’embranchement du Sault Sainte-Marie, ouvrira Algoma Mills et probablement plusieurs ports sur les lacs au trafic de Chicago et d’autres centres commerciaux importants, ainsi que de la Baie du Tonnerre, et ce, en attendant le parachèvement complet de la ligne, c’est-à-dire d'ici à cinq ans.
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4, L'embranchement du Sault Sainte-Marie se trouvant ainsi réduit à une longueur de soizante milles ou environ, à partir du point de raccordement projété avec la ligne principale, cette modification aura pour effet de précipiter l'ouvrage au licu de le retarder. C’est l'intention de la compagnie de construire cette ligne sans délai et de la relier avec toute voie ferrée pour l'échange du trafic à la frontière Internationale,
6. ‘“ La compagnie comprenant la nécessité d'avoir son principal terminus de l’est à Montréal, conclura, l'occasion s'en présentant, des arrangements avec tout chemin de fer existant actuellement ou à l’état de projet, pour le trafic entre ce point et la ligne principale. Iln’a jamais été question pour la compagnie d’avoir des intérêts dans aucun chemin de fer projété à l’est ou au sud de Montréal, ou à l’ouest de Perth.
Je suis, monsieur, votre obéissant serviteur,