LA QUESTION JUGÉE AU POINT DE VUE DE LA CITÉ DE QUÉBEC
Je me suis attache, dans les remarques que je viens d'avoir l'honneur d'adresser à cette Chambre, à discuter la grande mesure d'intérêt public qui nous occupe, au point de vue des intérêts généraux du Canada, que nous ne pouvons pas oublier dans l'appréciation d’une affaire aussi sérieuse, et surtout à celui des intérêts de notre province, que nous sommes particulièrement obligés de protéger et de promouvoir. Je veux maintenant la considérer au point de vue de la cité de Québec et du district voisin.
Jui déjà dit, et je le repète, que comme le gouvernement, j'aurais préféré la vente du chemin du Nord en entier à la compagnie du Pacifique. Nous connaissons les raisons qui ont empêché le ministère de fuire cette transaction. Mais, la partie est du chemin provincial n'étant pas vendue à la compagnie du Pacifique, les nécessités financières du gouvernement restent aussi impérieuses, les difficultés de l'exploitation du chemin par l'État sont toujours aussi graves, La politique du cabinet, dans ces cir-
constances, est de vendre la partie est du chemin à un syndicat auquel il transmet les droits qu’il a obtenus de la compagnie du Pacifique pour l'échange du trafic. J'approuve cette politique, qui est incontestablement très favorable à la province.
Quant à la cité de Québec, quelle est la différence entre une vente du chemin en entier à la compagnie du Pacifique, et la vente en deux parties comme elle sera faite, si cette législature l’approuve. Je n’en vois pas de sérieuse qui puisse nous justifier, nous qui représentons plus particu.ièrement le district de Québec, de nous opposer à la ratification des contrats conditionnels que le gouvernement a faits.
On a beaucoup écrit dans la presse, on a beaucoup jrs dans cette Chambre au sujet du terminus du chemin du Pacifique. Il importe de bien s'entendre sur cette question. Bien des personnes sont évidemment sous une fausse impression sur ce point, Je fais une distinction à propos dn terminus du chemin du Pacifique. Quand même la compagnie du Pacifique eut consenti à acheter tout le chemin du Nord, la cité de Québec n'aurait point pu espérer avoir les grands ateliers et les quartiers généraux de la compagnie, qui auraient été localisés à Montréal, comme ils le seront après la vente de la partie out:t, Le sièse principal des affuires de la compagnie du Pacifique e:: ecabli dans la cité de Montréal par la loi du parlement canadien qui la constitue,
Nous avons aux portes mêmes de Québec une preuve frappante que les citoyens de cette ville ne pouvaient pas s'attendre à ce que les grands ateliers et les bureaux principaux de la compagnie du Pacifique fussent établis ici, si elle avait acheté le chemin du Nord en entier. Le Grand Tronc a bien son terminus de l’est en Canada à Lévis. Est-ce que les immenses ateliers et les quartiers généraux de cette puissante eompagnie n’ont pas toujours été établis à Montréal? Pourquoi? Parce que cette ville est le centre naturel de ses opérations, de ses affaires. Il en aurait été, il en est de même pour la compagnie du Pacifique. C’est tellement le cas, qu’à sa demande, sans doute, le parlement canadien décrétait, l’année dernière, que le siège principal des affaires de la compagnie serait à Montréal, bien que le point terminal proprement dit de son chemin fût alors fixé à la station Callander, près du lac Nipissingue.
Si je considère la question du terminus au point de vue du trafic du chemin, je suis parfaitement d'opinion que la tâche d'attirer le commerce dans cette ville revient aux citoyens de Québec, et non à la compagnie ‘du Pacifique. Que nos hommes d’affairesétablissent des relations commerciales avec le Nord-Ouest canadien, avec le Nord-Ouest américain, et la compagnie du Pacifique ne demandera pas mieux que d’expédier jusqu'à Québec tout le trafic qu’ils pourront lui donner. Qu'ils achètent des millions de minots de blé à Winnipeg et à St. Paul, et la compagnie du Pacifique, quand elle aura complété tous ses raccordements, sera enchantée de trans-
sorter ce blé dans ses chars jusque sur la magnifique jetée construite à l’em- Douche de la rivière St. Charles, où ils seront placés dans les steamers océaniques pour être exportés en Europe, Les voies de communication, les grandes lignes de chemin de fer, ne suffisent pas seules à faire la prospu d’une ville, quelqu’avantageuse que soit sa position géographique, 11 faut aussi l'énergie, l’activité, l'esprit d'entreprise de ceux qui dirigent son mouvement commercial. (Cette énergie, cette activité, cet esprit d'entreprise, j'ai pleine confiance que nous les trouverons, et à un haut degré, chez les citoyens de cette cité. Je n’en veux d'autre preuve que celle que nous donnent les hommes courageux qui ont voulu, pour le plus
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grand bien de Québec, faire partie du syndicat qui achète la partie est du chemin de fer du Nord. | N’avons-nous pas, à l'appui de mon argument, PeRnanqnes de ce qui s’est passé dans la jeune et florissante ville voisine. Le Grand Tronc a bien, comme je l'ai déjà dit, son terminus de l'est à Lévis, en Canada. Cependant, cette compagnie n’en a pas moins expédié de Montréal en Europe la plus grande partie de son trafic de l'Ouest. Et pourquoi ? Uniquement parce que le commerce qu’elle desservait était fait par les citoyens de Montréal, Si les citoyens de Lévis et de Québec s'étaient engagés dans le commerce de l'exportation des céréales de la région de l'Ouest dont Chicago est le centre, le Grand Tronc eut sans aucun doute mis le plus grand empressement à rendre leur trafic à Lévis, pour l’excellente raison que la compagnie aurait eu tout intérêt à exploiter le plus avantageusement possible la partie de son chemin entre Montréal et Lévis. L'un des principaux avantages que la politique ministérielle au sujet de la vente du chemin du Nord assure à la cité de Québec et à la ville de Lévis, c’est celui de la construction de l’'embranchement de St. Charles et de bateaux-passeurs pour l'échange du trafic entre le chemin provincial et la ligne de l’Intercolonial, en hiver comme en été. Voilà certes un grand progrès pour notre cité, pour lu ville voisine au sud du fleuve, pour tout le vaste et populeux district de Québec. Le gouvernement fédéral, comprenant toute l'importance nationale de la consolidation, pour les fins du trafic, de l'immense voie ferrée intercontinentale de l'Atlantique au Pacifique, contribue le plus libéralement possible à ce progrès en demandant au parlement canadien de l’autoriser à dépenser, dans le cours de l'exercice de 1882-83, la somme de $536,000 pour les travaux de l’embranchement de St. Charles et pour les bateau x-passeurs.