LES ACCUSATIONS INTRODUITES DANS CE DÉBAT
Je crains d’avoir abusé de la bienveillance de cette honorable Chambre en la retenant jusqu’à cette heure très avancée de la nuit. Je compte sur son indulgence pour les quelques remarques qu’il me reste à ajouter. Je ne puis reprendre mon siège sans exprimer le profond regret que l’on ait introduit dans cette solennelle discussion une série d’accusations sans l'ombre d’un fondement. La question sur laquelle nous délibérons est pourtant assez importante pour que l'on ne trouble pas l'esprit public, qui veut la juger avec calme et en connaissance de cause, par des attaques injustifiables contre le caractère des hommes publics qui administrent avec tant d'intelligence et de patriotisme les affaires de la province de Québec, et contre l’honneur du gouvernement. Depuis que je m'intéresse au mouvement politique du pays, j'ai bien des fois souhaité, et je le désire plus ardemment que jamais, voir les luttes dégagées de toutes ces injures que l’on jette à la figure de citoyens dont il est bien permis de combattre les idées, mais dont on doit respecter l'opinion, reconnaître le dévouement, admirer l'intelligence. Pourquoi ne pas en élever assez le caractère pour qu’elles puissent rester bien au-dessus de la moindre influence de la malveillance, de l'envie, de la haine, des préjugés de toutes sortes? Ce système de dénigrement, ce parti pris de toujours supposer les desseins les
lus pervers à ceux que la Couronne appelle à son service en appuyaut eur maintien aux affaires sur la confiance de la nation et de ses représentants, est tout à fait démoralisateur, Quel triste résultat obtiendrait-on, si on finissait par convaincre le peuple que tous ceux qui se consacrent à la chose publique sont des gens sans scrupule, sans conscience. On tromperait les électeurs, et on rendrait bien plus difficile aux hommes “'Etat la lourde tâche du gouvernement. On détruirait ces leviers puissants de la prospérité et de la gloire d'un pays, la confiance dans ses chefs, la reconnaissance envers les serviteurs publics.
Heureusement, le bon sens populaire a fait Justice de toutes ces accusations portées contre le caractère de nos hommes politiques. Les prétendus scandales ne sont plus à la mode. Les amateurs de ces choses en
A TL LE VV PE TL A AV Le LA AU CL LS site R
ont abusé, et le peuple n’a pas tardé à leur dire qu'il n’ajoutait aucuno foi à leurs paroles accusatrices, :
Jamais homme public n’a été plus vilipendé, plus calomnié, plus outragé que celui qui dirige encore d’une main si forme et avec tant d'éclat le gouvernement de la confédération canadienne, Une fois vaincu, mais non désarmé, en 1874, il est resté sur la brèche pour consacrer ses dernières années au service du Canada. Le pouple, dont le cœur est bon, reconnaissant et généreux, quand il est laissé à ses sentiments naturels, ne tarda pas à regrotter le renvoi de celui qui avait passé sa vie à travailler pour ses concitoyens. Dans la retraite de l'opposition parlementaire, le
restige du très honorable Sir John A. Macdonald grandit encore et
eaucoup. Les expressions de la plus haute confiance, du plus entier dévouement, de la plus profonde admiration, des plus chaudes sympathies, lui arrivèrent bientôt de toutes parts. Plus les attaques injustes de ses adversaires se multipliaient, plus l'enthousiasme populaire pour le vieux serviteur public augmentait. L'illustre chef du parti conservateur visita le pays, et il fit partout une véritable marche triomphale. J'ai assisté, dans les cantons de l’est, à l’une de ces imposantes démonstrations en l'honneur de Sir John A. Macdonald. J'y ai vu et entendu là ce qui s’est fait et dit partout ailleurs où il a passé. Les puissantes acclamations d'immenses assemblées populaires, émues à la vue de l’homme de génie dont le nom était devenu légendaire, et entraînées par ses patriotiques paroles et ses grandes pensées, s'élevaient jusqu'aux nues, prélude et gage certains du splendide triomphe dont il devait être honoré, le 17 septembre 1878, à la confusion de ses détracteurs. IL est encore à la direction des affaires, le premier ministre du Canada qui profite de sa forte intelligence, de sa vaste expérience, et de son pur patriotisme, Le peuple, souhaite ardemment que la Providence accorde encore de longs jours à son chef. Cet homme que l’on a calomnié, que l’on a injurié, que l’on a outragé, pendant sa carrière publique, vivra dans l’histoire comme l’un des plus grands esprits politiques de ce siècle, et sa mémoire sera toujours chère à la nation reconnaissante à laquelle il aura tant contribué à préparer un si brillant avenir.
Ai-je besoin de rappeler les accusations injurieuses et les attaques odieuses dont celui qui a tenu, pendant vingt ans, les destinées du pays dans ses mains, a été l’objet? Sir Georges Etienne Cartier, lui aussi, a été outragé et calomnié. On a iraputé les motifs les plus pervers à ses hautes conceptions politiques, à ses actes les plus patriotiques. ‘ Franc et sans dol,” il a été droit son chemin, se plaçant bien au-dessus des atteintes de l'injustice et de la déloyauté, l'esprit fixé sur le but d’intérèt public qui était objet de ses énergiques efforts. Quand ce grand citoyen a été enlevé prématurément à la scène sur laquelle il avait si longtemps brillé, on a vu le magnifique et émouvant spectacle de tout un peuple accourant en deuil sur les rives du St. Laurent, pour saluer de sa profonde douleur les cendres de celui qui avait tant fait pour lui assurer d’heureuses destinées. Après avoir reçu les derniers honneurs à Québec, à Trois.Rivières, au milieu d'immenses concours de la population, les restes mortels de Cartier étaient accompagnés au cimetière de Montréal par cent mille personnes—j'étais du nombre—témoignant la reconnaissance publique pour l'homme d’État dont le pays regrettait si profondément la perte.
Quelle accusation injurieuse n’a-t-on pas portée contre celui qui est le chef estimé et respecté de la province de Québec dans le cabinet fédéral ? Fort dans la confiance populaire, récemment honoré par Sa Très Gracieuse
Majesté pour les services qu’il a rendus au Canada, Sir Hector L, Langevin, malgré le dénigrement dont il a été l’objet, a continué courageusement son importante carrière publique. Le peuple qu’il a si fidèlement servi, à le très grand avantage de profiter de son intelligence, de la sagesse de sa parole, de ses conseils, de sa longue expérience, de son étonnante. application au travail, de sa haute habileté administrative. S'il pouvait accepter toutes les candidatures qui lui seraient offertes, Sir Hector L, Langevin serait élu par acclamation dans vingt comtés aux prochaines élections fédérales.
Ce que je viens de dire au sujet des trois chefs dont j'ai mentionné les noms, pourrait s'appliquer à presque tous les hommes publics qui se sont distingués dans le gouvernement du pays et dans la carrière politique.
Les attaques injustifiables plus spécialement dirigées contre l’honorable premier ministro de cette province de Québec, s'éteindront avec les passions dont elles sont les fruits. Mais le souvenir des travaux de l’honorable chef du gouvernement, de son patriotisme, de ses talents, de sa parole éloquente, vivra dans la mémoire du peuple pour lequel il se dévoue,