‹ Discours de m. le comte de MontalembertChapitre 15 sur 24 · DI8COUR · texte numérisé non relu

DI8COUR

M. Charles Lagrange. Et moi !

M. de Montalembebt. A l'honorable M. Lagrange lui-même, je répondrai avec la bienveillance (qu'il me permette cette expression), avec la bienveillance qu'il inspire par la franchise de son caractère, même aux adversaires de sa politique et de sa carrière passée ; je lui dirai que, pour lui et pour son parti, il est à la fois trop tôt et trop tard pour se poser en champion dt la légalité et en chevalier des institutions du pays. Cela est trop tard pour les hommes qui ont attaqué toute leur vie les constitutions passées, et cela est trop tôt pour le nouveau parti qu'ils représentent. Quand ce parti aura, pendant quarante ou cinquante ans, donné au pays des garanties de son dévouement aux lois, de sa docilité aux lois, quand il aura fait pour raffermir la société les mêmes efforts qu'il a faits depuis soixante ans pour la battre en brèche... {interruption) ; alors, et alors seulement, il aura le droit de venir nous prêcher à nous, qui n'avons jamais conspiré, jamais fait de révolution, le respect des lois et des constitutions établies.

Je voudrais, Messieurs, rappeler à ces défenseurs, aujourd'hui si ardents, si fervents, si superstitieux de la Constitution qui nous régit, qu'un peu de modestie ne messied à personne, pas moins aux auteurs de lois qu'aux auteurs de livres, pas moins aux guerriers qu'aux législateurs, pas moins aux assemblées qu'aux individus. Quand on a fait une constitution, comme quand on a fait toute autre chose, il faut tâcher d'être modeste. Je sais bien que cette constitution porte la signature de l'honorable M. Pascal Duprat et d'une foule d'autres membres de cette Assemblée devant

laquelle je parle; mais il y a eu d'autres constitutions dans ce pays qui ont porté des signatures non moins imposantes; il y a eu des constitutions signées par l'Assemblée constituante, la grande Assemblée constituante de 1789 ; il y a eu des constitutions signées par Napoléon, par Louis XVITI, par Louis-Philippe; eh bien, toutes ces signatures ne les ont pas fait durer. Ce qui fait durer les constitutions, Messieurs, ce sont leurs bienfaits. Ces bienfaits ne se prouvent que par l'accord de leurs dispositions avec les mœurs et les conditions de la société, et cet accord lui-même ne se prouve que par le temps. (Approbation à droite.)

Voici une observation historique que je vous soumets: c'est que plus une constitution est discutée longtemps, et moins elle dure. La Charte octroyée en 1814, qui n'avait pas été discutée du tout, a donné à ce paysci seize ans d'un régime envers lequel l'histoire sera de plus en plus juste. La Charte bâclée, comme on a dit, de 1830. bâclée en quelques heures de temps, a donné à ce pays-ci dix-huit années de prospérité et surtout de liberté, que nous retrouverons Dieu sait quand ! (Rires approbatifs à droite.)

Mais la grande constitution de 1791, qui a été discutée par 1,200 membres, lesquels se croyaient l'élite de la France, qui a été discutée par eux pendant vingthuit mois, combien de temps a-t-elle duré ! Un an, juste la moitié du temps qu'on avait mis à la discuter. (Nouveau j: rires à droite.)

La seule constitution sérieuse qu'il y ait dans le monde, aux yeux de l'histoire, la seule qui compte jusqu'à présent devant l'histoire, la constitution britannique, c'est atissi la seule qui n'ait jamais été ni discutée ni même écrite. (Mouvements divers.)

Il n'y a là, du reste, qu'une thèse historique que je soumets à vos méditations. Mais je prends la Constitution telle que nous l'avons, pour ce qu'elle est, pour la loi fondamentale de notre pays. Moi, je suis son sujet, et rien que cela; et vous, vous êtes ses amis passionnés, dévoués, ses adorateurs exclusifs, comme on vous le disait tout à l'heure. Eh bien, je ne puis m'empêcher de remarquer que vous lui rendez la vie bien dure, ce que font, du reste, souvent les amis et les adorateurs. (Hilarité bruyante.)

Vous lui rendez la vie dure, d'abord, en permettant au socialisme de la prendre pour enseigne, et ensuite, en la représentant toujours comme violée ou prête à l'être. (Nouvelle hilarité.) Véritablement il y a là quelque chose de puéril.Mais la violation d'une constitution ne se discute pas; cela se sent,cela se démontre par l'évidence,cela éclate au grand jour; et cependant vous en faites l'élément quotidien et perpétuel de la polémique qu'on oppose au Gouvernement et à la majorité de l'Assemblée. Cela est puéril, cela est ridicule. Savez-vous ce que cela me rappelle? Cela me rappelle la fable que nous avons tous apprise dans notre enfance, la fable de ce petit imbécile de berger, qui, étant chargé de garder un troupeau, se mettait à crier au loup à tout propos, et qui fit si bien, que lorsque le vrai loup survint... (Hilarité générale et prolongée), et qui fit si bien que quand le vrai loup survint, personne ne bougea, personne ne vint au secours de ce berger menteur et poltron, qui avait tant de fois alarmé inutilement tout le monde. (Très bien! très bien! )

Quant à moi, Messieurs, je me suis souvent demandé, moi qui n'ai pas voté pour la Constitution, mais qui

veux lui obéir, comment je m'y prendrais si je voulais la détruire, la déshonorer, la discréditer, si je voulais me conduire vis-à-vis d'elle comme beaucoup de ceux qui l'ont votée se sont conduits à l'égard d'autres constitutions, sous lesquelles ils vivaient comme je vis sous celle-ci.

Eh bien ! je suis obligé de vous avouer qu'après y avoir bien réfléchi, je me suis dit que je ne pourrais pas m'y prendre mieux que ne s'y prennent ses plus ardents défenseurs, car je serais sûr de la rendre ainsi ridicule et odieuse • ridicule, d'abord, comme je le disais tout à l'heure, en parlant, à propos de tout et à propos de rien, de sa violation, en faisant de cette violation le pain quotidien de la polémique, l'aliment banal de la discussion. J'en ferais ainsi une espèce de vestale pour rire, dont la pudeur dérisoire serait la fable des carrefours et la risée des nations. {Exclamations et rires prolongés.*)

Mais, ensuite, je la rendrais odieuse, et voici comment : chaque fois que ce grand pays voudrait prendre des mesures conformes aux lois de l'honneur, aux lois de la sécurité publique, aux lois de la bonne politique, j'interviendrais la Constitution à la main, et je dirais : «Non, vous ne pouvez pas faire cela, la Constitution s'y oppose ! Non, vous ne pouvez pas aller à Rome venger l'honneur de la nation française, et suivre les traditions de la fille aînée de l'Eglise, la Constitution s'y oppose ! Non, vous ne pouvez pas réglementer le droit de réunion, mettre un terme aux scandales des clubs, la Constitution s'y oppose ! Non, vous ne pouvez pas mettre un terme aux excès de la presse, la Constitution s'y oppose ! Non, enfin, vous

ne pouvez pas rendre la sincérité, la vérité au suffrage universel, la Constitution s'y oppose ! » En sorte que chaque fois que ce malheureux peuple chercherait à se débattre sous l'étreinte du socialisme, chaque fois que cette société aux abois crierait au secours, entre elle et le salut, entre elle et l'honneur, entre elle et le bien, je placerais toujours la Constitution comme une barrière ou comme un abîme! (Très bien! très bien! — Bravos et applaudissements prolongés à droite et au centre.)

M. Bourzat. Répétez! répétez!

M. de Moxtalembert. Vous désirez que je répète? Eh bien ! voici : Je placerais la Constitution entre le pays et le bien, entre le pays et son honneur, entre le pays et son salut, comme une barrière ou comme un abîme ; j'en ferais ainsi le type de tout ce qu'il y a d'antisocial dans le monde. Voilà comment je m'y prendrais si j'avais à tâche de la détruire dans l' affection, dans le cœur du peuple français.

Mais il y a quelque chose que je n'aurais pas imaginé, qui n'a pas été imaginé, je n'hésite pas à rendre cette justice à mes adversaires, qui n'a pas été approuvé dans cette enceinte ; il y a quelque chose qui est plus que ridicule, plus qu'odieux, qui est monstrueux, c'est d'exploiter la prétendue violation de la Constitution comme un prétexte pour discuter, pour organiser le droit d'insurrection dans le pays. Vous avez désavoué ici cette tactique, et je vous en rends hommage. Mais, en dehors, qu'est-ce qui se passe depuis un mois, depuis quinze jours ? Tous les jours le droit à l'insurrection est systématiquement discuté, méthodiquement débattu comme un arrêt de justice

ou un programme de fête. On se dit : Est-ce ici le liei^ le temps, le moyen? Non, c'est là, c'est demain, c est ainsi ! Faut-il la localiser ? Non, il faut la généraliser. On compte les chances, on pèse l'opportunité. Eh bien ! je n'hésite pas à le dire, soumettre la société à ujj. tel régime, faire intervenir le droit d'insurrection dans l'a polémique quotidienne comme une éventualité naturelle, c'est lui faire un sort incompatible, non seulement avec la monarchie ou la république, mais avec quelque forme de gouvernement que ce soit, mais avec la nature sociale elle-même. Ce serait nous ramener au delà de la barbarie la plus effroyable dont l'histoire ait gardé le souvenir. Je ne connais dans l'histoire tout entière qu'un seul exemple d'un gouvernement pareil, d'un gouvernement dont le droit d'insurrection serait la base, c'est le gouvernement des deys d'Alger, où chaque souverain était successivent élevé au pouvoir, et intronisé dans sa casaubah par une émeute sur le corps de son prédécesseur étranglé. Voilà le type du gouvernement qu'on nous prépare ! c'est-à-dire la barbarie à la fois la plus atroce et la plus sotte que le monde ait jamais connue. (Très bien!)

Remarquez maintenant, Messieurs, quelle est la différence capitale entre nos adversaires et nous.

Nous, nous cherchons, par tous les moyens possibles, à montrer que la Constitution est compatible avec les conditions essentielles de la vie sociale et de la grandeur politique du pays telle que la majorité la comprend ; nos adversaires, au contraire, s'efforcent de montrer qu'elle est incompatible avec ces conditions. Lesquels d'eux ou de nous la servent mieux?

Cependant, la Constitution elle-même commence par établir qu'il y a des droits et des devoirs antérieurs et supérieurs à toutes les lois. Or, quant à moi, je crois que le premier de ces droits et de ces devoirs, c'est pour la société le droit de vivre, et pour nous le devoir de famé vivre la société.

C'est le droit que nous voulons exercer, le devoir que nous voulons accomplir. Je sais bien qu'il faut aller au fond des choses, qu'il y a dans ce pays un grand parti qui ne tient pas, quoi qu'en ait dit l'honorable M. Pascal Duprat (il n'appartient pas à ce parti, je le reconnais), qui ne tient pas à maintenir la société actuelle, tout au contraire, qui se donne pour mandat et pour programme de changer la société telle qu'elle est, et qui traiterait volontiers cette société comme la femme savante de Molière traitait le corps humain, de guenille. Mais moi, je répondrai avec Molière :

Guenille, si l'on veut, ma. guenille m'est chère. (On rit.)

Ce n'est pas que je sois un admirateur frénétique de cette société : elle renferme beaucoup trop de rationalisme et de matérialisme pour me plaire complètement; mais je la prends telle qu'elle est, et je la préfère mille fois à ses prétendus médecins qui ne sont à mes yeux que des assassins, et qui, après tout, ne lui recommandent que le vieux remède mythologique de ' Médée, c'est-à-dire de découper en morceaux cette vieille société, notre mère, et de la faire bouillir dans la chaudière du socialisme. {Longue hilarité. — Approbation sur les bancs de la majorité.)

Je sais bien qu'il y a encore parmi nous des hommes qui nient les progrès du socialisme; qui ne veulent pas

y croire. Véritablement je ne sais comment raisonner avec ces honorables collègues; mais je me bornerai à leur présenter un seul fait, surtout à ceux d'entre eux qui ont fait partie comme moi de la Constituante. Je les supplie de se rappeler le jour où l'organe le plus logique, le plus énergique, et je dirai volontiers, quant à moi, le plus loyal du socialisme, M. Proudhon, est venu apporter à cette tribune le programme du socialisme. Comment a-t-il été accueilli, non pas seulement sur les bancs de la droite actuelle, qui n'existait guère dans ce temps-là, mais sur les bancs de ce qu'on appelait alors déjà la Montagne ? par une indignation générale, à laquelle se sont associés les plus grands noms de la Montagne, et, si je ne me trompe, M. Ledru-Rollin lui-même : tous s'indignaient, tous protestaient! On a propposé alors un fameux ordre du jour de censure où l'on déclarait que M. Proudhon calomniait la république et la révolution. Eh bien, moi, je ne me suis pas associé à ce vote de censure, car je n'étais pas, hélas ! convaincu le moins du inonde qu'il calomniât la révolution et la république. (Rires à droite.) Mais toute la minorité d'aujourd'hui, qui était alors la majorité, l'a voté avec enthousiasme et se montra indignée contre ce programme du socialisme-, il n'y eut qu'un seul membre, notre honorable collègue M. Grreppo, qui acquit ce jour-là une notoriété incontestable... (Hilarité à droite.)

L'honorable collègue que je viens de nommer sans aucune intention désobligeante eut alors le courage de son opinion ; mais voici ce que je vais vous faire remarquer, c'est qu'il n'est plus seul aujourd'hui ; il se confond aujourd'hui dans une foule d'adhérents au

programme que l'immense majorité de la Constituante républicaine répudiait. Ce programme a reçu en fait T adhésion de tout ce qu'on appelait les républicains pur sang ; ils cherchent à le faire triompher. Je ne sais pas s'ils ont adopté toutes les doctrines du socialisme, mais je sais qu'ils ont adopté quelque chose de plus dangereux encore, ils adoptent sep candidats. (Approbation à droite.)

Eh bien, Messieurs, qu'est-ce que cela prc-tr^e ? TT't fait incontestable. Les républicains pur sang, les républicains modérés, comme on les appelle, se sont fondus presque entièrement dans le socialisme.

Il en résulte de deux choses l'une, ou que les républicains qui composaient la majorité de l'Assemblée constituante se sont convertis au socialisme, ou bien que le socialisme a trouvé moyen de se déguiser si habilement qu'il a séduit ceux qui étaient intéressés par leur amour-prope, par leur conscience et par l'honneur de leur propre révolution à repousser le plus énergiquement cette nouveauté. Et le second de ces dangers est peut-être plus grave que le premier

Je vous demande, Messieurs, si, en présence de ce progrès flagrant du socialisme, vous voulez rester impuissants et silencieux, si vous ne voulez apporter aucun remède au progrès du mal tel que je viens de vous le signaler par cet exemple éclatant, je le répète et je le constate, incontesté. Eh bien, non ! Quant à moi, je soutiens que vous ne le devez pas, et je suis sûr que vous ne le voudrez pas. Il faut donc faire, à ce mal qui croît tous les jours, la guerre la plus énergique, la guerre que permet la Constitution, par tous les moyens que ne réprouvtm pas la justice, l'honneur

Jet les lois qui nous gouvernent. Pour résumer ma pensée dans un seul mot, je dis qu'il faut recommencer l'expédition de Rome à l'intérieur, qu'il faut entreprendre contre le socialisme, qui nous menace et qui nous dévore, une campagne comme l'expédition de Home...

A gauche. Ah ! ah !

M. DE MONTALEMBERT. Ah ! Olli !

A droite. Oui ! oui !

Une voix a l'extrême gauche. La Saint-Barthélémy.

M. de Montalembert. De même qu'on a entrepris l'expédition de Rome contre une république qu'on cherchait à rendre solidaire de la république française, il faut entreprendre une guerre sérieuse contre le socialisme qu'on cherche à rendre solidaire de la république et de la Constitution. La position est identiquement la même, si identique (l'orateur se tourne vers la gauche), que vous avez dit de l'expédition de Rome qu'elle était une violation de la Constitution, comme vous le dites de cette loi. Nous avons entendu répéter les mêmes arguments, les mêmes accusations, et vous savez même quel' commencement d'exécution ces accusations ont reçu en juin dernier. Eh bien, la situation est absolument la même. Vis-à-vis de la république romaine, il n'y avait que trois partis à prendre : la neutralité, la complicité ou l'hostilité.

La neutralité ! c'était abdiquer, c'était dire que la République avait tué la France politiquement, en lui interdisant de prendre un parti clans les plus grands intérêts du monde au dehors.

La complicité ! c'était la honte, c'était se rendre soli-

daire d'une république inaugurée par l'assassinat et basée sur le sacrilège. (Y if assentiment à droite.}

Une voix a gauche. Vous savez bien que ce n'est pas vrai !

A droite. Si ! si !

M. de Montalembert. L'hostilité, la guerre! c'était le droit et le devoir de la France ; elle a exercé ce droit, elle a accompli ce devoir. Dieu a béni son œuvre, et, deux fois, 450 voix dans cette enceinte ont déclaré que cette prétendue violation de la Constitution était une gloire et un bienfait pour la politique française. (Assentiment à droite.)

Eh bien, vous êtes dans la même situation vis-à-vis du socialisme. La neutralité... Oh ! la neutralité, c'est la mort. Il ne vous reste plus qu'à faire votre testament, ou plutôt ne le faites pas, car vous pouvez être sûrs que votre héritier le déchirera. {Hilarité.)

Après la neutralité, vous avez la complicité. Ah! ceci, c'est la honte, qui ne vous préserverait pas moins de la mort ; car le socialisme vous prendrait bien un moment pour dupes et pour instruments, mais jamais pour associés ; je l'espère du moins pour vous.

Il ne vous reste donc' qu'une seule ressource: la guerre faite franchement, loyalement, énergiquement, la guerre légale faite par tous les moyens que la justice ne réprouve pas et que la Constitution permet. (Vive approbation à droite. — Longs murmures à gauche.)

Je dis la guerre légale, pour empêcher précisément la guerre civile.

En faisant cela, nous ne ferons que continuer la bataille des journées de juin 1818 dans les rues de

Paris, la campagne que l'honorable général Cavaignac, qui nous combattait hier, a si noblement et si heureusement conduite. Ce sont les mêmes ennemis, Messieurs ; ne le méconnaissons pas, c'est le même drapeau. Je ne veux rien dire ici qui puisse blesser l'honorable général Cavaignac, surtout après le langage si digne, si modéré, si convenable qu'il a employé hier; mais je suis bien obligé de lui demander, comme l'histoire le lui demandera, où sont aujourd'hui ceux qu'il a combattus alors, où sont ceux qu'il a vaincus, ceux qu'il a châtiés, ceux qu'il a transportés; où sontils? A ces côtés! il a voté hier avec eux contre nous ; il va voter demain avec eux contre nous.

A droite. Très bien! très bien ! (Rumeurs prolongées à gauche.)

M. de Montalembert. Oui, c'est la même œuvre que nous avons à accomplir, c'est le même combat que nous avons à livrer contre les ennemis qui assiègent la même citadelle, la citadelle sociale, mais qui n'ont plus la même tactique, je le reconnais, et qui comptent aujourd'hui se servir contre nous, ils le disent ouvertement, se servir de la Constitution en guise de barricades.

Eh bien, ils croient nous avoir enserrés, enfermés dans la Constitution comme dans une espèce de circonvallation ; mais il nous est resté une issue que nous avons pu trouver par cette loi, l'issue du domicile; nous avons le droit et le devoir d'en profiter. Ah ! je vous en adjure, vous amis sincères, dévoués et affectueux de la Constitution, faites des vœux pour que notre tentative réussisse, pour que nous puissions prouver à tous, aux plus défiants comme aux plus

incertains, que la Constitution est et sera compatible avec les conditions de la vie sociale, qu'elle n'est pas et qu'elle ne sera pas ce que le socialisme dit qu'elle est, son arsenal et son préambule. Car si cette dernière thèse était la vraie, et non pas la nôtre, celle des dixsept, celle du Gouvernement, savez-vous ce qui résulterait de cette conviction? C'est que la Constitution serait jugée et condamnée. (Rumeurs nouvelles à £7<7«c7?p)Oui.Messieurs,car il n'y a pas de loi au monde, quelque sacrée ouelle soit, qui puisse condamner une société à mourir. Or, condamner la vieille société française au socialisme, c'est la condamner à mort; et du jour où il serait bien démontré, ce qu'à Dieu ne plaise ! que la Constitution, par le jeu tout naturel de ses institutions, doit amener le triomphe invincible du socialisme: ce jour-là, quand il faudra choisir entre la Constitution et la société, ah! vous le sentez bien, Messieurs, il n'y a que les fous ou les scélérats qui pourront hésiter; et, quant à moi, à défaut d'autres voix plus éloquentes, je serai le premier à venir dire ici à cette tribune que ce n'est pas la société qui doit périr. {Applaudissements ironiques à gauche.}

A droite. Très bien ! très bien !

M. de Montalembert. Je dirai, Messieurs, du suffrage universel précisément ce que je viens de dire de \h Constitution. Voici ce que je lis dans un journal, L'organe le plus accrédité du parti socialiste: « De la réforme électorale est sortie la république; de même du suffrage universel doit, tôt ou tard, naître la réforme sociale, » c'est-à-dire le socialisme. (Voix du Peuple du 9 mai 1850.)

Vous le voyez, voilà l'affirmation de nos adversaires :

SLR LA RÉF0R1I3 ÉLECTORALE S85

le suffrage universel doit aboutir au socialisme ! Eh bien, s'il en est ainsi, je n'hésite pas à dire que le suffrage universel doit être modifié ; car, avant tout, nous ne pouvons pas admettre cette conclusion qu'on nous pose audacieusement en face de la Constitution, en face des pouvoirs constitués; nous ne pouvons, nous ne voulons pas, nous ne devons pas l'admettre. C'est donc à vous, défenseurs du suffrage universel, à nous prouver que le suffrage universel n'y conduit pas. Eh bien, dans les dernières élections qu'a-t-on vu ? On a vu des symptômes menaçants de ce triomphe qu'annonçait l'organe que je viens de citer. A partir de ce moment il a été du devoir des hommes sincèrement attachés à la société et à la Constitution telle que nous l'entendons et telle que je viens de vous l'exposer, c'est-à-dire à la Constitution compatible avec le maintien de la société, il a été de leur devoir de songer aux moyens de corriger, ou, au moins, d'avertir et d'éclairer le suffrage universel.

Voilà ce que nous avons dû faire, voilà ce qui était notre devoir et notre droit.

Maintenant on nous fait des objections ; on vient nous dire d'abord: « Ce que vous faites est inefficace. »

Cette objection part de deux côtés différents : les uns, qui voudraient plus, et les autres, qui ne voudraient rien du tout. A ceux qui voudraient plus, je dis : Trouvez donc autre chose, mais quelque chose de faisable, quelque chose de compatible avec la Constitution; nous l'adopterons des deux mains et sur-le-champ.

Aux autres, qui ne veulent rien du tout, et qui disent que cette loi est inefficace, je dis : Eh bien, s'il en est

Œuvre». III. —Discours, m, 25

ainsi, volez-la sans crainte; quel mal voulez-vous qu'elle vous fasse?

Mais non, elle n'est pas si inefficace que vous le dites; non! non ! Si elle était aussi inefficace, vous ne déploieriez pas contre elle tant d'hostilité, vous ne pousseriez pas tant de clameurs, vous n'évoqueriez pas contre elle cette guerre de pétitions sur toute la surface de la France. C'est précisément tout ce tapage qu'on fait contre la loi qui prouve son efficacité, qui prouve sa valeur; et quand son résultat devrait être nul en pratique, il donnera toujours au parti de l'ordre une grande victoire morale, une de ces victoires morales qui en valent bien d'autres, et qui contribueront à amener cet état de choses que définissait si bien le Président de la république dans une de ses proclamations, quand il disait : il faut que les méchants tremblent et que les bons se rassurent. [Vive approbation a droite.)

On nous dit ensuite : vous reniez le suffrage universel que vous avez loué ; vous êtes parricides, renégats, apostats, etc.

Eh bien, Messieurs, je repousse encore cette objection-là. Quant à moi, je n'ai jamais appartenu à ceux qui ont désiré ou invoqué le suffrage universel avant la révolution de Février. Je sais bien qu'il y a beaucoup de personnes dans cette Chambre, que je ne blâme pas pour cela, qui l'ont appelé et désiré; mais moi et bien d'autres qui font partie de la commission des dix-sept, nous n'avons jamais désiré ni invoqué le suffrage universel, nous l'avons accepté quand il est devenu la loi du pays, et nous avons surtout travaillé à le rendre sincère. Voilà pourquoi je l'ai invoqué,

pourquoi j'ai plaidé sa cause une ou deux fois à la tribune. J'ai demandé que les ouvriers des campagnes, que les habitants des campagnes, par le vote à la commune, ou par les circonscriptions électorales, que vous avez adoptées pour tenir lieu de ce vote à la commune, pussent jouir de ce privilège du suffrage universel créé par la loi et la Constitution, eussent le même droit que les habitants des villes.

Aujourd'hui nous faisons absolument la même œuvre que vous avez faite en votant la loi des circonscriptions électorales. Nous nous proposons de rendre le suffrage universel sincère en substituant des majorités sérieuses à des majorités factices, et des citoyens domiciliés, enracinés dans leur pays, à des électeurs nomndes. C?est là tout ce que nous faisons, et nous ne démentons en cela aucun de nos antécédents, aucun de nos discours antérieurs. (Approbation à droite.)

Messieurs, s'il se trouvait par hasard, et il s'en trouvera, je n'en doute pas, s'il se trouvait des hommes qui se crussent lésés par ce que nous allons faire, dépouillés d'un droit à eux appartenant et qu'ils apprécient, eh bien ! savez-vous à qui ils doivent s'en prendre? Pas à nous, non; ils doivent s'en plaindre à ceux qui ont égaré, qui ont profané, déshonoré le suffrage universel, c'est-à-dire au parti socialiste, c'est-à-dire aux orateurs qui ont figuré dans leur conclave et dans leurs clubs. (Vives réclamations à gauche?)

Je parle de ce corps qui s'est attribué le nom de conclave, emprunté aux institutions les plus augustes de l'Eglise, par cette parodie sacrilège qui caractérise tout snôcialement l'esprit révolutionnaire de nos jours.

A DROITE. Très bien ! très bien !

M. DE Montalembert. Eh bien! dans ce prétendu conclave, dans ces clubs électoraux qui ont dévasté, désolé Paris pendant un mois et plus, qu'a-t-on fait? On a commencé par y faire l'apologie des Robespierre, de Marat, p.nr réhabiliter les noms les plus abominables de l'histoire et les époques les plus honteuses do notre histoire. (Violents murmures à gauche.)

A droite. Oui ! oui !

M. de Montalembert. Voilà l'aliment qu'on a donné au suffrage universel; c'est par là qu'on a essayé de l'empoisonner et de lo pervertir, et on n'a que trop réussi. On a fait plus, on a spéculé, comme je l'ai dit une fois ici, on a spéculé dans ces clubs, dans ces réunions électorales et dans toutes les publications de la presse qui les ont appuyées, on a spéculé sur la crédulité et sur la cupidité des classes inférieures, des classes ignorantes ; on a spéculé sur leur crédulité en leur faisant croire à toutes sortes d'utopies ridicules ou coupables, et on a spéculé sur leur cupidité en irritant dans leur cœur, au delà de toute mesure, cette malheureuse passion du bien d'autrui que nous sommes tous obligés de comprimer dans notre Ame.

Uxe voix a gattcff. Parlez pour vous.

M. le Président. Les commandements de Dieu s'adressent à tout le monde. (Agitation.')

M. de Montalembert. Pas à ces messieurs, à ce qu'il paraît ! Messieurs, je ne veux pas, du reste, borner mes reproches à l'opinion qui n'est représentée, dans cette enceinte, que par une minorité, même en usant vis-à-vis de cette minorité de la précaution qu'employait M. Charles Lagrange quand il disait

hier qu'il ne s'adressait pas à la majorité de la majorité. Je m'adresse, moi, à une certaine minorité dans la minorité, et je dis qu'elle remplit très bien son mandat, qu'elle le remplit avec énergie, avec persévérance, quelquefois avec franchise. Mais quel est-il, son mandat ? C'est de détruire la vieille société. Ek bien! nous avons reçu pour mandat de la sauver, nous, majorité. Or, permettez-moi de vous demander si nous, majorité, nous avons rempli ce mandat tous avec la même énergie, *avec la même persévérance. Voilà la question que je viens de poser devant toute la majorité.

Il est bien entendu que je ne comprends pas dans la majorité les orateurs prudents qui prêchent le calme et qui prédisent que le peuple restera calme, en fr. i tout ce qu'il faut pour exciter sa frénésie, de manière à s'assurer un double profit, d'abord celui d'échapper au danger de la lutte, et ensuite celui de profiter de la victoire. (Vive approbation à droite.)

M. Charras. Je demande la parole!

M. de Montalembert. Je ne comprends pas non plus dans la majorité ces hommes équivoques, ces hommes que je n'ose pas appeler amphibies, mais qui ont toujours un pied dans le camp de l'ordre, et un pied qui approche beaucoup du camp de l'émeute» une main tendue à la société, et l'autre pas très éloignée de l'anarchie; qui sévissaient, comme on Fa dit, quand ils avaient le pouvoir, très volontiers, très énergiquement, en paroles et en actions, contre l'insurrection, dont ils arborent aujourd'hui les doléances et les appréhensions plus ou moins sincères, et qui contribuent plus que personne aux révolutions, sous la ré-

serve de s'étonner toujours, quand la révolution est arrivée, d'avoir récolté ce qu'ils ont semé. Je ne comprends pas, Messieurs, ces deux catégories-là dans la majorité à laquelle je m'adresse; mais je parle à cette grande et complète majorité qui s'est dessinée clans cette enceinte sur deux grandes questions, chaque fois avec un ensemble de 450 voix, la question de Rome et la question de l'enseignement.

A l'extrême gauche. Ah! ah!

M. de Montalemtsert. Eh bien, à cette majorité-là dans toutes ses nuances, à ces 450 voix, je demande de donner nu pays autant de sécurité dans la politique intérieure, par des votes énergiques et unanimes, qu'elle lui a donné de satisfaction sur une grande question de politique extérieure, et sur une grande question de morale sociale et religieuse. Je demande ensuite à cette majorité de vouloir bien dans toutes les, nuances (et je m'y comprends moi-même) faire quelquefois notre examen de concience. Ainsi, par exemple, demandons-nous tous si nous n'avons pas quelquefois et trop souvent pris nos défiances, nos scrupules, nos rancunes, nos préférences, pour des raisons de conscience; si nous n'avons pas paralysé la force dont le pn^, l'immense majorité du pays, nous avait investis; si uous ne l'avons pas paralysée par nos divisions intérieures, par nos défiances, par nos tâtonnements, par notre perte de temps. Voilà la question, Messieurs, que je livre à votre méditation. Je crains que le pays n'ait à ce sujet quelques appréhensions trop fondées, et je vous demande en grâce de le rassurer.

Croyez bien, Messieurs, qu'il n'y a pas de temps à perdre. Il faut savoir où nous allons, et nous serions

bien inexcusables de ne le pas savoir, car on a le plus grand soin de nous le dire tous les jours et sur tous les tons. Eh bien ! s'il y a dans cette enceinte, dans cette majorité, des hommes qui veulent laisser monter je flot, qui veulent laisser couler le torrent et qui se résignent à ce qu'en 1852 arrive par le cours naturel des choses le triomphe électoral du socialisme ; s'il en est ainsi, je vous le dis tout franchement, il vaut mieux en finir de suite, il vaut beaucoup mieux l'aire ce qu'on faisait au moyen âge, quand on était assiégé dans une place impossible à défendre et par d'indignes assaillants : on mettait les clefs de la place au bout d'une pique, et on les lançait dans le camp des assiégeants. Cela vaut mieux que de rnourir d une mort lente, certaine, qui n'aura pas même la triste consolation d'être la mort sans phrases, qui sera la mort avec phrases (rires approbatifs à droite),., la mort avec ce hideux concert, ce hideux accompagnement de déclamations, de sophismes et d'antithèses, que vous avez entendu hier.

Mais, si vous ne voulez ni vous rendre, ni mourir, eh bien, alors, permettez-moi de vous le dire, à vous, majorité, il faut changer la tactique, il ne faut plus rester sur la défensive, il faut prendre énergiquement l'offensive. (Très bien! très bien! — Vifs applaudissements à droite. — Murmures énergiques à gauche.)

Plusieurs voix a droite. C'est cela! c'est cela!

M. de Montalembeet. Il faut enlever à l'ennemi les positions qu'il a conquises, il ne faut pas souffrir que les lois du pays servent d'arsenal et de repaire au monstre du socialisme, afin qu'il en sorte... (rires et exclamations à gauche ; applaudissements à droite), afin

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qu'il puisse en sortir à son heure, tantôt à pas comptés, tantôt avec un formidable et irrésistible élan, pour fondre sur la société et la dévorer. [Exclamations ironiques à gauche.)

Voilà ce qu'il faut faire.

A droite. Très bien ! très bien !

M. de Montalembert. Nous avons pour nous le droit et le fait, la loi et la force. Je crois que nous avons pour nous le nombre, et je ne veux pas douter un instant que nous n'ayons pour nous le courage. (Interruption à gauche. ■

Plusieurs membres de la droite, s' adressant à la gauche. Soyez tranquilles... Vous n'avez pas le monopole du courage. (Bruit à gauche.)

M. le Président, se tournant vers la gauche. Vous ne vous apercevez donc pas de votre petit nombre, dans vos interruptions... (Rumeurs et exclamations confuses àV extrême gauche.} Vous avez beau parler tous ensemble, vous n'êtes encore qu'un très petit nombre, qu'une très petite minorité... {nouvelles exclamations à gauche), une très petite minorité.

M. de Montalembert. Je dis que nous avons pour nous le droit et la force, le nombre et le courage. Avons-nous pour nous le temps? Non; permettez-moi de vous le dire franchement : non, nous n'avons pas le temps pour nous, il est contre nous. Déjà nous avons : une année, le tiers de notre existence légale. Dans six mois nous serons arrivés à la moitié : la période d'accroissement sera terminée pour nous ; nous erons dans la période de décroissance; et, pour mblée qui n'a pas beaucoup fait, qui n'a peutêtre pas fait tout ce que le pays attendait d'elle, la

période de décroissance, savez-vôus ce que cela veut dire? Cela veut dire la période d'agonie! non pas d'agonie légale, mais d'agonie morale. On escomptera notre mort, dont on connaît d'avance le terme ; eh bien, avant de finir légalement, nous finirons comme l'Assemblée constituante a fini : nous périrons désavoués et aplatis entre les deux partis qui divisent la France, entre le parti qui veut la ruine de la société, pour lequel nous serons toujours un obstacle, et le parti qui veut le salut de la société, et qui nous reprochera peut-être de n'avoir pas rempli son mandat. (Très bien ! très bien!)

Messieurs, un dernier mot, un mot qui m'est personnel à moi et à dix- sept de vos collègues : on nous a dit dans un journal démocratique, le plus répandu de tous, et qui n'a été désavoué par aucun de ses confrères, que nous, vos dix-sept collègues chargés de préparer la loi que vous discutez aujourd'hui, nous avions dévoué nos têtes aux dieux infernaux de la Révolution. {Excl ■ à gauche. — Vice approbation à droite.)

Enfin, le niez-vous? l'avez-vous désavoué? Aucune feuille de votre bord n'a désavoué cette menace.

Or, on sait ce que cela veut dire. L'histoire des hauts faits de vos ancêtres est là pour nous apprendre ce que cela veut dire, ce que sont les dieux infernaux de la Révolution : c'est le choix entre l'échafaud de la Terreur, ou le poignard démocratique qui a frappé M. Rossi et que vous osiez nier tout à l'heure. Voilà les dieux infernaux de la Révolution ! {Approbation à droite.}

Eh bien! ce sort, je l'accepte, et je le préfère, je lé préfère mille fois à l'infamie et au mépris écrasant dont

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la postérité accablera ceux que la France avait chargés de la sauver, et qui l'auront livrée... (très vices marques d'approbation à droite), qui, en proie à une pusillanimité sans exemple et sans excuse, auront livré la patrie déshonorée, la société trahie, la France éperdue, à la servitude, à la honte et à la barbarie que vous lui préparez. (Bravos et applaudissements prolongé*. ■ — Un grand nombre de représentants viennent féliciter V orateur à sa place. — La séance reste quelques maintes suspendue.)

(iixtrait du Moniteur du 23 mai 1850.")

Après Tine réplique personnelle de M. le général Cavaignac, rdcstinée à prouver qu'il n'avait pas change, qu'en 1848 il avait défendu le suffrage universel audacieuseinent attaqué dans son expression, et qu'aujourd'hui il le détendait dans sa source, M. Emmanuel Arago répondit à M. de Montalembert en affirmant que, suui le nom de socialisme, il n'avait attaqué que la République, et en l'accu's'ant d'exciter à la guerre civile. Ce discours fut le dernier de la discussion générale.

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