PRONONCÉS
A.TJ CONGRÈS DE MÀLINES
I/Eglise libre dans l'État libre.
Les discours qui suivent n'ont pas été composés pour la tribune française. A l'époque où ils furent prononcés, en 1863, la tribune était renversée en France, et M. de Montalembert avait cessé de faire partie des assemblées politiques. C'est alors que les catholiques belges instituèrent le congrès international de Malines, appelant les catholiques de toute nation à délibérer ensemble à l'abri de la liberté belge et ouvrant ainsi à la libre parole de j leurs voisins, les catholiques français, un asile dont M. de Mon- I talembert devait être le premier h profiter. Non seulement, en effet, son alliance avec la fille d'un fondateur de l'Indépendance de la Belgique, le comte Félix de Mérode, avait fait pour lui de ce pays comme une seconde patrie ; mais, de plus, il y trouvait réalisé le régime qu'il avait toujours préconisé comme le mieux approprié aux besoins delà société moderne et aux intérêts de • l'Église dans cette société, le régime qu'à son instigation les évê- 1 ques et les catholiques militants de France avaient revendiqué alors qu'ils adoptaient pour mot d'ordre : « la liberté, comme en Belgique. »
Lorsque M. de Montalembert reportait son regard en arrière, l'histoire du peuple belge, autant que sa condition présente, lui paraissait digne d'intérêt et d'admiration. Il voyait ce petit et vaillant peuple, disputé par la tyrannie de Philippe II et du duc d'Albe et par la révolution protestante, échapper à l'une et à l'autre, repousser l'Inquisition telle qu'on prétendait la lui im-
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poser pour sauvegarder sa foi, une Inquisition tout autre que l'inquisition romaine, plus dure même que l'inquisition espagnole et néanmoins rester inébranlable dans cette foi. Dans le temps présent, d pouvait donc invoquer la Belgique en témoignage du profit que l'Eglise doit ennos jours retirer des institutions libres, et dans le temps passé, en témoignage de l'inutilité de la violence en matière de religion.
Quoiqiie les discours de Malines eussent été prononces sous la présidence du cardinal archevêque qui n'avait pas manqué de féliciter l'orateur, ils soulevèrent, dès qu'on les publia, de vives contestations. Le titre même que leur donnait M. de Montaient bert : l'Église libre dans l'État libre, fut incriminé. Cette devise ayant été abusivement adoptée par M. de Cayour durant sa lutte contre le Saint-Siège, on prétendit que le mot Etat signifiait, en ce cas, le gouvernement d'un pays, et non ce pays lui-même et le peuple qui l'habite, et Ton accusaM. de Montalombert d'avoir fourni une formule à ceux qui veulent mettre l'Église dans l'État, c'est-à-dire la subordonner au pouvoir civil, comme si ton ses discours, tous ses écrits, tous ses actes ne s'élevaient pas contre une telle erreur. Il dut déclarer et il déclara sans retard et sans ambages que par ces paroles : l'Église libre dans l'État libre, îl n'entendait pas autre chose que « l'Église libre clans un pays libre, la liberté de l'Église fondée sur les libertés publiques ».
Depuis cette époque, l'infaillible autorité que M. de Montalembert invoquait au terme de ses discours, en lui soumettant « toutes ses expressions et toutes ses opinions», s'est expliquée sur les questions délicates abordées par l'orateur. L'Encyclique cura du Pape Pie IX, les Encycliques Immortale 3e& et Libertas du Pape Léon XIII, ont déterminé la doctrine de l'Eglise au sujet de la constitution des sociétés chrétiennes, A la lumière de ces enseignements qu'aucun catholique ne saurait récuser, le recteur de l'Institut catholique de Paris, l'orateur des conférences de Notre-Dame, Mgr d'Hulst a examiné « ces deux admirables harangues, les plus belles peut- « être, dit-il, les plus enflammées, mais aussi ;les plus persua- « sives, les plus lumineuses dont l'histoire de l'éloquence mise « au service de la foi, nous ait gardé le souvenir », et de cet examen prolongé et scrupuleux il a tiré cette conclusion défini-
AU CONGRÈS DE MALINES. i,Ji
tive que, si quelques disciples de Montalembert avaient pu être entraînés au delà des limites que son expérience lui avait appris à respecter, lui-même avait parlé « en homme d'État passionné « pour la liberté de l'Église et en chrétien instruit qui connaît « les écueils de doctrine et qui les évite 1. »
Trois autres congrès catholiques ont été réunis k Malines, en 18G4, 1867 et l&yl, dans lesquels le souvenir de M. de Montalembert, réduit au silence par la maladie ou par la mort, n'a pas manqué d'être rappelé avec reconnaissance.
Dans l'allocution qui a ouvert le plus récent, l'archevêque actuel de Malines, le cardinal Goossens, s'est réjoui de ce que les assemblées précédentes tenues dans la même salle avaient été « si iêcondes en résultats pour la cause de la religion et de la vraie liberté <>. Et il a emprunté deux citations aux discours que nous publions ici. Le Président du Congrès, M. Jacobs, les a également rappelés et cités.
En les prononçant M. de Montalembert avait pris soin, ainsi que l'a observé M. Jacobs, de déclarer qu'il n'entendait pas « professer une théorie absolue, mais une doctrine pratique tirée « de la leçon des événements, ni transformer en question d'or- « thodosie unequestionde conduite ".Il donnait aux catholiques contemporains des conseils qu'il croyait conformes aux besoins de leur t^mns.Il est permis de penser que ces conseil.-, par lesquels il terminait, il y a trente ans, une carrière oratoire consacrée au service de l'Église et de la liberté., n'ont, aujourd'hui, rien perdu de leur opportunité.
V*e DE Meaux.
1 Le quatrième congrès de Malines, Correspondant du 25 septembre
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