‹ Discours de MM. le vte de Vogüé et de H. Mercier [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · LS DISCOURS · texte numérisé non relu

LS DISCOURS

nismes faibles périssent dans ces crises; les plus vigoureux en sortent parfois maladifs pour longtemps. Est-ce notre cas? Certes, on ne vous tromperait pas avec des dithyrambes, on ne vous persuaderait pas que tout est pour le mieux dans la meilleure des anatomies, qu'aucun os n'est sujet à se déboiter, que toutes les pièces sont de bon emploi. Mais vous jugerez sans doute, et l’histoire Jugera comme vous, qu'il a fallu la singulière vitalité de notre race pour que nous puissions vous présenter aujourd’hui une France guérie, robuste, laborieuse, confiante dans son lendemain, armée de la longue patience que donne le sentiment de la force retrouvée.

Le meilleur symptôme de notre santé, c’est le réveil de cet esprit d'entreprise qu’on nous déniait. Tout vous l’atteste. Comme aux plus belles époques, comme au temps de Jacques Cartier et de Chamylain, notre pays reprend sa mission dans le monde; ses enfants, missionnaires de la religion, missionnaires de la science, missionnaires de l'épée, missionnaires de l’industrie, battent l’estrade dans tous les recoins de la planète. Vous en voyez arriver au Canada, dans vos colonies agricoles : s'ils n’y vont pas en plus grand nombre,

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c'est le léniait.

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c’est que le monde nous invite partout, L'Afrique s'est ouverte, et nos pionniers jalonnent un quart de ce continent; ils y tracent les linéaments d'un nouvel empire colonial. Nous en fondons un autre à l'extrémité de l'Asie, Dans les régions mêmes où nous n'avons pas d'intérêts, nos écoles répandent notre langue, nos explorateurs refont les cartes en francais. J'apercois ici l’un des deux intrépides Voyageurs qui viennent de traverser les premiers, de part en part, les solitudes de la haute Asie. Un Jour, ils trouvèrent devant eux un grand lac inconnu; il fallait le baptiser; Savez-vous quel nom leur est monté aux lèvres? Le lac Montcalm! — Mon cher Bonvalot, c'est à croire que vous aviez prévu le banquet de ce soir ; c’est à croire que vous avez voulu mettre, — oh! pardonnez-moi cette abominable métaphore! — que vons avez voulu mettre ce lac sous la serviette de notre hôte; sous la serviette aussi d’un autre convive, de mon res- Pectable ami le marquis de Montcalm, malheureusement retenu loin de nous par sa santé; il espérail représenter ici son arrière-grand-père, Pillustre défenseur de Garillon, de Montréal et de Québec.

Oui, Monsieur Le Ministre, et votre regard expé-

rimenté l'aura bien vu : sous les agitations de l'es

surface et de détail, notre France ramasse toute sa d’e:

vigueur pour l’employer aux deux tâches tradi- Ac

tionnelles : d'une part, le souci toujours plus ète:

inquiet des petits, des souffrants; parce qu'elle | bils

est de droit la tutrice des faibles, la première but

légataire de la pitié divine pour les malheureux et not

les déshérités. D'autre part, les grandes œuvres de fàc]

la civilisation, la diffusion de notre génie sur le nou

monde, parce que ce génie nous a été prêté pour tax

éclairer, libérer, ennoblir tous les hommes. — Et ce

si quelquefois elle vous paraît un peu folle, la not

pauvre vieille mère, désordonnée et meurtrie dans me!

sa course, ah! vous savez bien pourquoi, vous qui hur

êtes fait de sa chair et de son sang : c’est qu'il lui | tior

a été prescrit de courir toujours plus vite, toujours l'ép

la première, avec la noble illusion d'atteindre et lati

de saisir l'idéal insaisissable qui recule sans cesse Des

devant l'humanité. ave

Je m'arrête. Il me vient un scrupule à devancer PAI

| ainsi votre jugement. Si vous étiez des étrangers, SiOr

1 nous ne vous tiendrions pas ce langage; devant les nou

| | “hangerss il sied de se taire modestement et de se rép

| faire juger par ses actes. Mais vous n'êtes pas des ven

| étrangers. Vous êtes les frères de l’autre côté de vou |

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l’eau, venus à un conseil de famille. Il convenait d'examiner dans re conseil les affaires de la famille. À cette réunion de l'Alliance francaise, dont vous êtes un rameau détaché, il fallait dresser notre bilan, tomber d'accord sur nos sentiments et surle but que nous nous proposons. D'ailleurs, avec vous, nous n'avons pas à craindre « interprétations fâcheuses; vous avez gardé notre langue intacte, nous le disions tout à l'heure; si quelqu'un nous taxait de chauvinisme, vous ne comprendriez pas ce vilain mot d’argot. S'il fallait définir d’un mot notre esprit, -avec ses ambitions légitimes et hautement avouables, vous nous appelleriez plutôt des

humanistes, en donnant à ce terme la large accep-

tion qu’il comporte depuis la Renaissance, depuis l’époque où notre langue prit la succession du latin comme instrument de civilisation universelle. Des humanistes, des semeurs d'idées humaines avec le grair français, voilà ce que nous sommes à l'Alliance. Continuons fraternellement tette mission, nous dans la vieille France, vous dans la nouvelle; conjuguons les deux foyers, pour qu'ils répandent une lumière plus intense. Revenez sou-

vent nous voir; nous irons le plus possible chez

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