DISCOURS DE M. DE VOGÜÉ
Rapportez nos paroles et nos vœux à vos concitoyens, par delà l'Océan; dites-leur qu'en buvant ce soir à votre santé, Monsieur le Ministre, Messieurs les Canadiens ici présents, les gens de l'Alliance française ont levé leurs verres avec effusion de cœur, à la prospérité, au long avenir de tous les Canadiens francais!
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Monsieur le Président, Messieurs,
Inutile de vous dire combien nous sommes sensibles, mes compagnons et moi, à la généreuse hospitalité qui nous est donnée ce soir par les membres de l’Alliance française, et aux paroles si bienveillantes qui viennent d’être prononcées par un membre distingué de l'Académie française.
Nous pensions, au Canada, avoir une idée assez juste de la politesse française; il est évident que nous étions dans l'erreur. Il fallait être les hôtes de votre Société pour mieux connaître ce que nous ne faisions que soupçonner.
Vous avez bien voulu, Monsieur le Président, faire suivre le toast dn chef d'État de la France de celui de la reine Victoria, notre gracieuse souve- ‘aine. Comme sujets anglais, nous vous remercions
de cette courtoisie internationale, qui nous est
particulièrement agréable dans les circonstances
présentes,
Nous avons, au Canada, un grand respect pour la reine; respect mêlé à une profonde reconnaissance, vu que c’est durant son règne que les Canadiens ont obtenu les libertés politiques dont ils jouissent depuis un demi-siècle, et qui font d'eux un des peuples les plus heureux de la terre.
Le but principal de votre Société, dont j'ai l'honneur de faire partie, est de répandrelet de maintenir l'usage de la langue française dans le monde entier; ayant cherché, depuis au delà d’un siècle, à atteindre, et ayant atteint, dans une certaine mesure, ce but patriotique, les habitants de la province de Québec ne peuvent manquer d'être sympathiques à votre œuvre,
En effet, Messieurs, tel a été l'objet principal de nos luttes au Canada. Vous nejl'ignorez pas : depuis 1759, époque de la! défaite des Francais
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sous les murs de Québec, jusqu'en 1840, époque de l'établissement du gouvernement responsable, la langue française n'a été conservée sur les rives du Saint-Laurent que par les énergies et les dévouements les plus admirables, dont les pages de notre histoire nous ont conservé le glorieux souvenir.
Lors de la cession du Canada à l'Angleterre, en 1763, il y avait à peine 70000 Francais disséminés de l'Atlantique au Pacifique, que le sort de la guerre et les exigences d’une politique maladroite et égoïste laissaient en Amérique sans appui, sans ressources et presq'ie sans espérances. Le drapeau fleurdelisé, en descendant de la citadelle de Québec, se replia et retourna vers la France. Ce fut une longue et douloureuse procession qui le suivit : gouverneur, officiers, soldats, nobles, négociants; en un mot, tout ce qu’il y avait de force politique et de richesse. Il ne resta que le peuple et quelques nobles, plus généreux que riches,*et le clergé.
L'on raconte qu’un des anciens colons , qui avait pendant des années lutté contre l'Anglais et l'iroquois, versait des larmes amères en voyant
disparaître à l'horizon le drapeau de la France
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qu'il aimait tant. Un prêtre français, s’approchant de lui, lui dit : « Pourquoi désespères-tu? Toute la France n'est point partie; regarde sur le clocher de l'église de la paroisse : la croix y reste. Elle te rappelle la civilisation chrétienne, et le prêtre, apôtre de cette civilisation, est près de toi pour t'aider à rester Français, »
Cette parole fut comme un pacte; elle vous explique l'alliance intime qui existe encore aujourd'hui entre le peuple canadien et son clergé. Permettez-moi d'ajouter que celui-ci a noblement tenu parole, et que, si nous sommes restés Françals au Canada, nous le devons en grande partie à son dévouement habile et à son patriotisme éclairé.
Oui, Messieurs, nous sommes fiers de dire, de le dire surtout à une société d'hommes travaillant à répandre et maintenir la langue française : nous sommes restés Français, et Français comme vos ancêtres l’étaient au xvr° siècle; nous apprenons à nos enfants à conserver cet amour de la vieille France comme un dépôt sacré, comme un héritage précieux qu'ils devront transmettre plus tard à ceux qui les remplaceront! Nous nous considérons, si vous voulez me permettre d'emprunter
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