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de la doctrine qui voudrait déterminer sa conduite par des mobiles sur lesquels sa volonté n'aurait point de prise; sauvons-le en politique de l'oppression de l'État qui, au prix de sa liberté, prendrait son bonheur à l'entreprise en réglant l'emploi de sa vie ; sauvons-le enfin en littérature de l'anéantissement auquel le voudraient réduire toutes les théories qui font de lui ou de ses œuvres un produit fatal et n'hésitons pas à le rétablir dans sa dignité de créature indépendante, ayant sans doute à lutter contre certaines tendances, soumise à un certain nombre d'influences, mais libre cependant et responsable sous l'œil de Dieu.
Quoi qu'on puisse penser, Monsieur, de vos doctrines littéraires, vous déployez pour les soutenir une singulière puissance. Vous avez en effet à vos ordres l'instrument par excellence de la propagation des idées: le
don de la parole. Ce don depuis quelques années s'est révélé chez vous avec éclat. C'est comme maître de conférences à l'École normale que vous avez fait vos débuts, et vos remerciements ont eu tout à l'heure raison de s'adresser à celui de nos confrères de l'Institut qui vous en a ouvert la porte. La chose en effet n'a pas dû lui être facile. Vous n'étiez pas du bâtiment I II est vrai que Sainte-Beuve, Nisard, Michelet, qui y ont exercé les mêmes fonctions que vous, n'en étaient pas davantage. De ces fonctions, Michelet a donné une définition bien jolie : « L'enseignement, disait-il, c'est l'amitié. » Je ne sais cependant si vous accepteriez cette définition. Vous diriez plutôt : « L'enseignement, c'est l'autorité. » Au fond, je crois que vous auriez raison et les jeunes gens eux-mêmes en conviendraient. Malgré certaines apparences, ils ont, j'en suis per-
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suadé, le sens trop droit pour ne pas préférer parmi leurs maîtres, à ceux qui flattent leurs faiblesses ou leurs préjugés, ceux-là au contraire qui leur parlant sans morgue mais avec fermeté, leur montrent le droit chemin et savent au besoin les avertir de leurs écarts. Mais l'autorité n'exclut pas l'amitié ; et parmi ceux de vos élèves qui se sont engagés dans la difficile carrière des lettres, plus d'un pourrait rendre témoignage de ce qu'il doit à votre appui. Aussi les sympathies dont vous entourent les générations nouvelles, sont-elles la juste récompense de l'ardeur et du dévouement que vous avez consacrés à leur enseignement.
Depuis quelques années, un auditoire plus large est admis à profiter du bénéfice de vos leçons. C'est bien en effet le nom qu'il convient de donner à ces substantielles
conférences où, dans la vaste salle de
rOdéon, cependant toute remplie, vous avez résumé en quinze séances, j'allais dire l'histoire, mais, pour vous être agréable je dirai l'évolution, du Théâtre français. G est là que, pour la première fois, le grand public a appris que vous étiez orateur, car vous l'êtes, Monsieur, et au plus haut point. Vous avez l'accent, le geste, l'émotion contenue qui n'enlève rien à la clarté de la pensée ; et, par-dessus tout, cette chaleur qui, peu à peu se communiquant de celui qui parle à celui qui écoute, finit par les enflammer d'une ardeur commune. Votre phrase parlée s'allège et se vivifie ; elle arrive nette à l'oreille ; elle pénètre dans la pensée ; elle subjugue, elle entraîne, et, quoi que vous puissiez dire, on finit par croire que vous avez raison. N'est-ce pas là le vrai triomphe de l'éloquence?
Ce public que vous avez conquis vous suit
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désormais partout. Il vous a aidé à forcer les portes de la Sorbonne, qui se sont entr'ouvertes devant vous. La Sorbonne n'a point à regretter l'hospitalité encore éphémère qu'elle vous accorde. Dans son vieil amphithéâtre vous aviez ramené l'année dernière une foule qui rappelait les plus beaux jours des cours de M. Caro. Il y avait peut-être un peu plus d'étudiants, mais il n'y avait pas moins de femmes. Comment n'auraient-elles point été attirées lorsque le sujet de vos conférences était : la poésie lyrique au xix® siècle? Mais elles n'ont pas obtenu de vous le moindre sacrifice. A grand renfort de termes techniques auxquels je les excuserais de n'avoir rien entendu, vous avez intrépidement continué d'appliquer la méthode évolutive à un sujet qui semblait au premier abord n'avoir rien de scientifique. Cette méthode inspire même une telle con-
fiance à votre esprit que dans votre leçon de clôture vous avez cru pouvoir prédire par voie d'induction ce que sera et ce que ne sera pas la poésie française au xx^ siècle. Ne craignez pas, Monsieur, que j'engage une nouvelle dispute sur ce point, où vos renseignements me paraissent beaucoup plus précis que les miens. Vous affirmez en effet qu'en l'an 1901 et suivants la poésie cessera d'être individuelle pour devenir scientifique. Cela est bien possible, à moins que ce ne soit précisément le contraire, et qu'elle ne tourne à être religieuse et mystique. En réalité nous n'en savons rien ni l'un ni l'autre. Elle sera ce que la feront les poètes qui ne sont pas encore nés. Souhaitons qu'il en naisse ; c'est assez ; en dépit de l'évolution ils seront tout ce qu'ils voudront :
A ce même public qui vous est fidèle et auquel il a fallu, par une exception singu-