‹ Discours de réception de m. Ferdinand BrunetièreChapitre 4 sur 13 · DE M. LE COMTE D*H AUSS ON V I L LE · texte numérisé non relu

DE M. LE COMTE D*H AUSS ON V I L LE

revenu à Paris, résolu à tenter la fortune littéraire, avec soixante-quinze francs et une montre en argent dans votre gousset.

Vous avez passé alors, Monsieur, des moments difficiles, et dussiez-vous me taxer d'indiscrétion, je ne s'aurais m'empêcher de rendre publiquement hommage à la fière sévérité de votre jeunesse. Bien d'autres à votre place, sachant ce que vous saviez déjà, auraient demandé l'aisance à des travaux faciles, et sans plus de préparation, n'auraient songé qu'à vivre de leur plume. Ce n'est point ainsi que vous l'avez entendu. Avant d'écrire il vous a semblé qu'il fallait apprendre et pour apprendre vous avez pensé qu'il n'y avait meilleur moyen que d'enseigner. Votre humeur laborieuse s'est accommodée d'une place de répétiteur dans un de ces modestes pensionnats oii l'on s'efforce de fabriquer en

quelques mois des bacheliers récalcitrants.

Vous donniez des leçons de tout, de grec, de lalin, d'histoire, d'anglais, d'allemand, au besoin de mathématiques et de chimie, apprenant parfois le matin la matière de votre enseignement du soir, mais l'apprenant de façon à en demeurer maître à jamais. Dès lors, plus de flâneries dans les galeries du Louvre, plus de soirées au Théâtre-Français, car il fallait consacrer au travail personnel les rares heures de liberté que vous laissaient vos élèves. Vous avez vécu cinq ans de ce rude métier, mais ces cinq années n'ont été perdues, ni pour vous, ni pour nous. Vous leur devez en eff'et cette variété dans l'érudition, cette abondance et cette sûreté dans l'information qui devaient donner plus tard à toutes vos études un fond si ferme et une substance si solide. Avant la bataille littéraire, c'était votre veillée des armes. Aussi le jour où vous êtes descendu dans la lice, étiez-vous

Page 1