‹ Discours de réception de m. Ferdinand BrunetièreChapitre 9 sur 13 · DE M. LE COMTE D " H A U SSO N V I L L E · texte numérisé non relu

DE M. LE COMTE D " H A U SSO N V I L L E

secret chacun de vos confrères dans une famille et qu'il reçoit de vos mains une étiquette, comme un bocal dans une collection. Il ne pourrait en effet s'empêcher de se demander avec inquiétude quelle est son étiquette et si son bocal lui convient. Mais ce que vous avez renoncé à faire pour les esprits, vous l'avez entrepris pour les genres. Vous avez cru apercevoir entre les espèces animales et les genres littéraires une analogie frappante. La grande doctrine de l'évolution s'y appliquerait également, suivant vous. De même que dans la nature les espèces se transforment sans cesse, qu'elles naissent, vivent et disparaissent suivant des lois fatales dont une des principales serait la lutte pour la vie qu'elles sont condamnées à poursuivre les unes contre les autres, de même en littérature un genre naît, se forme des débris de plusieurs autres, atteint sa perfection et enfin disparaît suivant

des lois encore obscures, mais qu'il s'agit de découvrir. A celui qui les éclaircira une moindre gloire n'est pas réservée dans la critique qu'à Darwin dans la science, et c'est à mériter cette gloire que vous vous êtes appliqué avec passion depuis quelques années. Vous nous avez successivement entretenu de l'évolution de la critique, de l'évolution du théâtre, de l'évolution de la poésie lyrique, trouvant à l'appui de votre thèse force arguments ingénieux, faisant montre avec quelque coquetterie d'une érudition scientifique que personne ne soupçonnait chez vous, et citant Agassiz ou Haeckel plus souvent que Boileau ou Voltaire. A vos plus sincères admirateurs vous êtes apparu là, Monsieur, sous un aspect tout à fait inattendu ; on vous croyait un simple lettré ; peu s'en faut, que vous soyez un savant. Au moins l'êtes-vous tout à fait par comparaison

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