‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 224 sur 247 · RÉCLAMATIONS DU CANADA · texte numérisé non relu

RÉCLAMATIONS DU CANADA

CAUSÉES PAR LES INVASIONS l'ÉNIENNES PRONONCÉ LE 6 Mar 1872

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

Les échauffourées féniennes de 1866 et 1870, jointes à celle dont la Rivière- Rouge fut le théâtre au printemps de 1871, coûtèrent au Canada une somme relativement considérable. M. Ross, député de Prince-Edouard, l’estimait même à $10,000,000, en tenant compte de l'armement des volontaires. Au mépris des notions les plus élémentaires du droit des gens, les Etats-Unis ne firent rien ou à peu près rien pour protéger un pouvoir ami contre l’organisation à main armée d’une partie de leurs gens, pour la plupart, hommes sans foi ni loi. Le gouvernement canadien ne fut pas lent à protester contre la conduite de nos voisins. Les autorités impériales comprirent qu’il ne serait pas juste de faire peser sur le Canada seul les dépenses occasionnées par ces invasions, car les féniens n'avaient aucun démêlé avec nous; ils s’attaquaient au Canada parce qu'il formait partie de la Grande-Bretagne dont ils voulaient se venger, Aussi, lorsque la conférence de Washington se réunit, le gouvernement anglais offrit au Canada, au cas où il consentirait à se désister de sa réclamation, de lui donner une compensation sous forme de garantie d’un emprunt pour la construction du chemin de fer du Pacifique. L'Angleterre ne pressa pas notre réclamation pour la bonne raison qu’elle-même n'avait pas observé une stricte neutralité envers les Etats-Unis dans l'affaire de l’A/abama, en plein milieu de la guerre du Nord et du Sud. A la séance de la Chambre des Communes, le 6 inai 1872, M. Cartwri,,ht déclara qu'il approuvait le langage énergique que le gouvernement canadien avait employé dans ses remontrances à l'Angleterre, mais qu'il le blâämait d’avoir accepté une compensatior d'un caractère sordide et humiliant, tout en étant d’avis que le gouvernement impérial pouvait raisonnablement donner urs garantie pour

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la construction du chemin de fer du Pacitlique, M. Cartwright exprima l'opinion que ce mode de réglement était de nature à encourager les féniens à entreprendre d'autres invasions, et que, si nous les avons assez bien repoussés jusqu'à présent, nous le devions plutôt à la lâcheté des chefs féniens qu'à la compétence de ceux qui avaient été sous les armes, Sir Georges Cartier releva vivement ce langage,

M. l'Orateur,

Je regrette beaucoup que l'auteur de la motion n'attendo pas que toutes les questions se rapportant au traité aient été soumises à la discussion, Son but, je crois, est de censurer plutôt le gouvernement impérial que le gouvernement canadien. La déclaration a été faite ici, comme dans le Parlement anglais, que les négociations à Washington avaient lieu sous la direction et sous l’immédiate responsabilité du gouvernement britannique, Je ne pourrais pas dire si le peuple canadien eût ou n'eût pas mivux aimé voir le Trésor américain lui payer l'indemnité pour les pertes causées par l'invasion fénienne ; mais il est certain que le Canada ne pouvait pas dicter à l'Angleterre la conduite qu'elle devait tenir. Le gouvernement, dans ses représentations, à exposé les choses d’une façon si claire & si énergique, qu'on pourrait croire que l’auteur de la motion s’est inspiré un peu du langage même du gouvernement canadien, ce langage qu'atteste le document déposé devant vous. Sans doute, cette Chambre a le droit de discuter la manière d'agir du gouvernement anglais ; mais il serait très injuste de censurer ici ses ministres qui ne peuvent s'y défendre. J'ai entendu avec peine des paroles qui tenduient à faire croire que la milice canadienne ne s’est pas conduite avec intelligence alors qu'elle repoussait les fénicns.

M. CarrwkiGuT.—Je n'ai fait allusion qu'à certains chefs, sans même dire s'ils étaient de l'armée régulière ou s’ils appartenaient à la milice.

Sir GEORGES CARTIER.—Que l'honorable député s'attaque à moi! il verra si je puis me défendre de la bonne manière, ( Rires.)

M. CarrwriGur.—L'honorable ministre a assez d’audace pour entreprendre quoi que ce soit.

SIR GEORGES CARTIER.—Je remercie l'honorable député de son compliment, Mais les volontaires ont bien autant d’audace

que moi. Oui, officiers et soldats ont déployé beaucoup d'intelligence et beaucoup de valeur dans leur expédition contre les féniens, L’honorable député prétend que c'est la maladresse des envahisseurs plutôt que l'habileté des défenseurs qui a sauvé le Canada. Il n’en est rien, mais supposant que cela soit vrai, pourquoi donc n’a-t-il pas employé sa grande intelligence, ses extraordinaires facultés d'organisation pour nous tirer tous des difficultés ? J'espère que nous n’entendrons plus de ces reproches, ou je serai obligé de proposer à la Chambre de faire entrer de force l'honorable député dans la milice pour nous aider à la réorganiser. (Aires bruyants.)

Ce même député s’est apitoyé aussi sur l’humiliation de l'Angleterre, obligée de puyer les dégâts et les pertes causés par l'invasion fénienne. Cette humiliation n'existe que dans son imagination, La conduite de l'Angleterre, celle de ses commissaires, les excuses faites pour les erreurs qui pouvaient être ou avaient pu être commises, tout cela a contribué à augmenter encore l'estime universelle pour ce pays. Ce que le gouvernement canadien avait à faire, c'était de présenter à l'Angleterre la note de ses réclamations—il l'a fait, et l'Angleterre, après avoir décidé tout d'abord d'en presser la reconnaissance, résolut ensuite de la retirer et de la prendre à sa charge. Ce procédé a été hautement approuvé par M. Gladstone et par lord Granville. En agissant ainsi, l’Angleterre se portait garante envers le Canada du paiement de l’indemnité que le Canada était en droit d'attendre des Etats-Unis. On ne doit pas non plus oublier que l'Angleterre a fait des dépenses comme nous, et qu’en pressant les Américains de nous indemniser, elle n'aurait pu agir autrement pour ses propres réclamations, tout en restant responsable envers nous, En face d’une pareille situation, pouvions-nous mieux faire que nous n'avons fait? La garantie impériale devrait avoir une inappréciable valeur à nos yeux, car notre pays a tout intérêt à ce que le monde entier connaisse ses grands travaux publics, et cette garantie est la meilleure preuve à donner aux Etats-Unis et au reste de l’univers, que l'Angleterre désire conserver sa liaison avec la confédération canadienne et la protéger.

Sans difficulté, l'Angleterre aurait pu voter directement la somme nécessaire pour indemniser notre pays, et cette décision eût fait plaisir à ceux qui aiment à la voir nous donner des marques d’attachement; mais tout bien considéré, l’arrangement au-

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quel elle s'est arrêté n'est-il pas préférable pour nous ? La garantie que la mère-patrie nous accorde n’a trait qu'à nos réclamations au sujet de l'invasion fénienne et ne doit pas être regardée, ainsi que le prétend à tort l'auteur de la motion, comme impliquant aussi que le traité devra être accepté tel quel dans son ensemble,

Vu toutes ces circonstances ot vu les termes dans lesquels la motion est conque, j'espère que la Chambre jugera comme moi que cette motion est inopportune et qu'il faut la rejoter.

SUR LE

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