LA COALITION DE
décidèrent que les mots clergé protestant s'appliquaient à toutes les sectes. Les réformistes du Haut-Canada, qui étaient pour la plupart méthodistes, baptistes, presbytériens, etc., ne tardèrent pas à s'emparer de cette question pour demander la sécularisation des réserves e ‘'abolition des reclories, les revenus devant être affectés au progrès de l'éducation et au profit des municipalités. En 1850, le ministère La Fontaine-Baldwin fit adopter, par 46 voix contre 34, des résolutions par lesquelles la législature demandait de disposer des terres réservées au clergé suivant qu'elle le jugerait convenable, aucune secte ne devant être considérée comme ayant des droits acquis, et les émoluments assignés aux titulaires devant leur être réservés durant la vie. Le gouvernement impérial, qui avait déjà refusé de sanctionner une loi passée en 1839 par la législature canadienne, trouva moyen de retarder la question, et ce n'est qu'en 1854 qu'elle fut réglée par le ministère MacNab-Morin, à la satisfaction de presque tous les intéressés. Les revenus provenant des terres devaient être affectés à payer les salaires et allocations accordés aux membres du clergé d'Augleterre et d'Ecosse, puis à former un fonds intitulé : “Fonds des municipalités du Haut et du Bas- Canada,” upplicable aux dettes des municipalités, à l'instruction, aux chemins, etc. Cette mesure fut présentée par l'honorable John A. Macdonald, procureur général du Haut-Canada.
M. l'Orateur,
La plupart des honorables députés qui ont parlé ont plutôt traité la question comme une question haut-canadienne. Je me placerai au point de vue du Bas-Canada. Il n’y a pas eu pour nous de coalition. Nous appuyons les mêmes ministres. La section bas-canadienne du cabinet n’a pas été atteinte par le vote de nonconfiance du mois de juin dernier. Cette section du cabinet était alors soutenue par une majorité des réformistes du Bas-Canada, elle compte encore un= majorité dans la Chambre, et elle n’a jamais été blâmée par eux ; pour ces raisons, je crois que l’on a tort de dire que le gouvernement est un gouvernement de coalition en ce qui concerne le Bas-Canada : l'appeler ainsi est une fausse désignation.
Il est vrai qu’une coalition a eu lieu dans le Haut-Canada, et que l'honorable M. Morin l’a acceptée. Je n'aime pas les coalitions. Je suis un homme de parti. J’air un gouvernement qui représente mes sentiments et mes principes. Toutefois, j'admets qu'une coalition, dans la partie haut-canadienne, était devenue
nécessaire, et je l'appuierai, tout comme les mesures que le cabinet croira devoir présenter dans l'intérêt matériel du pays. Je désire qu'il soit bien compris que l'appui que je donne aux ministres haut-canadiens ne s'applique pas aux personnes, mais aux mesures, Je ne soutiens pas le ministère comme entité politique, mais parce qu'il est nécessaire au fonctionnement de la chose publique.
Je regrette les divisions survenues dans les rangs des réformistes. Les réformistes du Haut-Canada qui ont blâmé la coalition pourraient facilement y remédier en cessant leurs querelles.
Quant aux réserves Au clergé, j'ai toujours cru qu'il faudrait les séculariser. Je n'ai pas exprimé d'opinion avant aujourd’hui à cet égard, car j'attendais une heure favorable. Je crois qu'on a eu tort de s'attaquer au mot ‘ajustement ” dans le discours du trône.
M. JoserH HARTMAN (député de York-Nord).—Ce mot a-t-il été employé là pour nous amorcer tous ?
M. CARTIER. —Je ne pourrais renseigner l'honorable député, vu que je ne suis pas dans les confidences du gouvernement. Je sais que beaucoup de membres de l’Eglise d'Angleterre, à Montréal, ont voté pour le principe de la sécularisation à la dernière élection. Cela montre que l'opinion publique est de plus en plus disposée à l’accepter, pourvu qu'il soit donné des compensations satisfaisantes aux intéressés. La question de la sécularisation des réserves n’a pas été soulevée par les catholiques du J'as-Canada, mais par la grande majorité protestante de l’autre prov:nce. C’est à elle qu’il faut en attribuer la responsabilité. Les dernières élections ont prouvé que l’idée de la sécularisation est devenue populaire. Si les protestants n'avaient pas élu une majorité écrasante en faveur de la sécularisation, les catholiques n’auruient pas appuyé cette mesure.
Si je me reporte à la législation sur les chemins de fer, adoptée à la dernière session, je dois dire que la construction du Grand- Tronc est le plus grand bienfait qui ait jamais été conféré au pays.
M. James M. FERRES (député de Missisquoi).—N'êtes-vous pas un agent payé de la compagnie ?
M. CarTiEr.—Non.
M. Ferres.—Ne recevez-vous pas de l’argent de la compagnie ?
M. Carrier.—Je suis l'avocat de la compagnie, mais je n’en ai
pas encore reçu un sou. J'ai cependant déboursé plusieurs cents