LE CHEMIN DE FER MONTRÉAL ET PORTLAND
je désire vous inspirer, s’il est possible, un zèle plus ardent encoro pour une œuvre véritablement nationale,
À l'époque actuelle, il est impossible qu'un pays jouirse d’une grande prospérité sans chemins de fer. Permuttez-moi de jeter un coup d'œil sur ce qui se passe en Europe. Là, ce sont précisément les nations qui ont été les premières à constraire des chemins de fer, qui sont à la tête du commerce et ue l’industrie, Voyez l'Angleterre, la Belgique et la Franco : chacun de ces pays a sillonné son territoire de lignes nombreuses, et qui se prolongent jusqu’à ses frontières. Dans les contrées où il n’y avait pas de voies ferrées, on commence actuellement à en établir. L'Espagne même, ce pays déchu et infortuné, est sur le point de construire des chemins de fer, et elle les considèr> non seulement comme des moyens de communication commerciale, mais comme des moyens de mettre fin à l'anarrkie et à la guerre civile.
Eh bien, résolvons-nous aussi d'avoir nos chemins de fer, pour les souder à ceux d’un peuple entreprenant, séparé de nous par une ligne imaginaire, par une ligne qui, hélas! ne devient que trop visible, lorsque nous faisons contraster notre apathie et notre paresse, avec l’activité incessante, l'énergie fébrile et l'esprit d’entreprise de nos voisins. Les Etats-Unis peuvent servir d'exemple aux peuples d'Amérique et même à ceux d'Europe. En soixante ans, leur population s’est augmentée de 2,000,000 à 20,000,000 d'âmes, et ce peuple, qui n'avait aucune importance parmi les nations, s’est placé au premier rang par son énergie politique, commerciale et industrielle, Ce n’est pas le moment de signaler toutes les causes de sa grandeur, mais nous devons en noter quelques-unes en passant, et l’une de celles-là est la facilité des communications par les chemins de fer et les canaux.
Les Américains n’ont pas seulement enrichi leur pays, en activant le commerce et l’industrie, mais ils l’ont aussi peuplé, en y attirant des émigrés de toutes les parties du monde. Un homme qui vient d'Europe choisira certainement le pays le plus commode, le pays où il pourra voyager le plus promptement, et l'émigré sait qu’il peut en trois ou quatre jours se transporter d’une extrémité à l’autre des Etats-Unis. Je dois faire remarquer aussi que chaque ville, qui a l'avantage de devenir l'aboutissant d’un chemin de fer, voit doubler la valeur de ses propriétés : témoin Buffalo, Albany, Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, et grand nombre d’autres villes.
Ï n'y a aucun doute que le même sort attend Montréal. Qseupons-nous donc un peu du chemin dont il s’agit et qui rrovoque trois questions: doit-il être fait? pouvons-nous le faire ? serait-il profitable ? ï
Je ne m'’attacherai pas à discuter si ce chemin doit être bâti, car cette question a été traitée par ceux qui ont parlé avant moi. Je me contentorai de dire avec eux que la prospérité de Montréal dépend de sa position comme entrepôt du commerce de l'Ouest, que les changements opérés dans les lois des céréales ont mis ce commerce en danger, et que nous ne pouvons le conserver, si nous ne nous assurons pas les meilleurs moyens de transport depuis les eaux de l'Ouest jusqu’à l'Atlantique par nos canaux et par ce chemin de fer.
À la seconde question, pouvons-nous le faire? je réponds oui, nous le pouvons. Tous les moyens sont entre nos mains. Que les grands et les petits capitalistes, que les grands et les petits propriétaires prennent des actions ! Elles ne sont que de cinquante louis ; ces actions sont payables par petits versements, et même avant de les avoir payées en entier, vous pourriez en disposer avantageusement. Dans tous les pays, spécialement aux Etats- Unis, on regardo les chemins de fer comme l’un des meilleurs placements.
A la troisième question, le chemin serait-il profitable ? il suffit d'examiner la condition géographique du pays, pour répondre affirmativement. Le Canada est placé sur une ligne de communication entre les Etats de l'Ouest et les Etats de l'Est, de manière à nous permettre de passer les produits des uns chez les autres. Si donc, par le moyen de ce ehemin de fer, nous pouvions établir des communications moins dispendieuses entre ces Etats, non seulement nous travaillerions pour nos propres intérêts, mais aussi pour ceux de nos voisins, puisque rien ne saurait être plus avantageux que de leur ouvrir la route la plus facile depuis les lacs jusqu'aux meilleurs ports de l’Atlantique.
Nous sommes précisément dans la position qu'occupait la Belgique en 1831. Séparée de la Hollande, elle se trouvait obligée de commercer avec quatre millions d'habitants au lieu de douze millions avec qui elle trafiquait auparavant. Pour échapper à la ruine, le gouvernement, par la loi du ler mai 1834, décida de construire un grand nombre de chemins de fer, qui, partant de Malines, comme point central, allèrent rayonner dans toutes les