AUX ÉLECTEURS DE WSLLAND
Mobdamee et Messieurs,
Je vous remercie des acclamations chaleureuses avec lesquelles vous venez de m'accueillir. Je présume que vous me connaisses de nom pour la plupart. On m*a dit que le Globe avait une grande circulation dans le Haut-Canada. En ce cas, vous avez dû y voir souvent mon nom, mais bien rarement à mon avantage. C'est à peine si, dans Tespace de quatre ou cinq années, il arrive à son rédacteur de dire la vérité à mon égard. Ainsi ce journaliste a dit un jour que j'étais un petit Français, ce qui est vrai. Il a eu la condescendance, ce jour-là, d'ajouter que j'étais dans une certaine mesure, audacieux et courageux comme un Anglais. C'est peut-être la seule fois qu'il ait parlé de moi d'une manière assez approchante dé la vérité ; en effet, il se trompe de peu. Comme j'ai été extrêmement vilipendé par le Globe et que ce journal compte des milliers de lecteurs dans le Haut-Canada, oserais-je me présenter devant vous si je n'étais pas un homme de quelque courage !
Le Globe m'accuse de n'avoir pas l'âme libérale ; il se trompe, je vaisprouver aujourd'hui aux milliers de personnes qui m'entourent, que je suis généreux, si je suis courageux. Le Globe a déversé contre moi ses mensonges et ses calomnies, non pas tant pour me détourner de visiter le Haut-Canada, que pour y soulever les préjugés de la population. S'il est une population méconnue, c'est, il me semble, celle du Haut-Canada. On dit dans le Bas-Canada que le Haut généralement marche à la suite de M. Geoi^ Brown. Eh bien ! moi je ne l'ai pas cru. Et c'est parceque je ne l'ai pas cru, que je suis venu de Montréal vous rencontrer aujourd'hui. Non, je ne me suis pas trompé sur ce sentiment du Haut-Canada envers nos compatriotes.
Laissez-moi dire aux dames qui nous honorent de leur présence en si grand nombre, que ce n'est pas toujours un heureux sort pour un ministre de la couronne ni pour un chef de l'opposition, d'avoir continuellement à traiter avec des hommes. La Chambre se compose de 130 membres et le Conseil législatif de 80, ce qui fait 211 hommes, dont il leur faut gagner l'esprit et le suffrage. Quoique le politique soit en toute occasion heureux de se retrouver en la présence des dames, il vous est facile de comprendre
qne ce n*e8t pas manque d'esprit chevaleresque si je m'adresse maintenant aux hommes, ces grands égoïstes !
YoQB le savez, Mensieurs, j'ai pris part avec mon ancien et habile collègue, l'honorable John-A. Macdonald, à l'administration de la province pendant plus de huit ans, je pourrais dire de 1854 à 1862. n n*a été donné à aucun autre ministre de la couronne, à aucun autre ministère dans ce pays, de gouverner plus longtemps. Et pourquoi ce long règne ? C'est parceque tous nos actes, comme ministres de la couronne, ont eu pour but l'avancement d'une florissante province ; c'est parce que nous avons eu pour ligne invariable de politique l'intérêt du pays tout entier.
Nous avons été attaqués de toute façon. On a dit que nous avions plongé le pays dans les dettes, que nous avions conduit cette heureuse province à la ruine. Je tiens à protester qu'il n'en est rien. Je devrais môme me servir d'une expression plus énergique et dire que c'est un mensonge éhonté.
Je regrette d'avoir à repéter le nom du Globe plus souvent que je ne le voudrais, mais j'y suis forcé puisqu'il ne cesse pas d'avancer chaque jour que mon gouvernement a ruiné ce pays. Ceux qui connaissent notre histoire savent que la politique dite des chemins de fer, inaugurée en 1851, a été soutenue par M. George Brown et son journal. Oui, M. George Brown demandait que le chemin de fer du Grand-Tronc, qui devait établir une communication entre le Grand-Ouest et Halifax, se construisît aux fVais du trésor public. C'est M. Hincks qui élabora en 1851 une mesure pour assurer la confection du Grand-Tronc à travers la province. Cette mesure renfermait trois plans pour l'exécution de l'entreprise. Suivant l'un, les municipalités, après avoir construit 25 milles de chemin de fer, auraient été en droit de réclamer du gouvernement la somme nécessaire pour en construire 25 autres. On peut facilement concevoir ce qu'aurait coûté l'application d'un plan pareil pour un parcours de 800 milles. Le second plan portait que, si les municipalités ne pouvaient pas entreprendre et mener à bonne fin les travaux de construction, des compagnies pourraient être organisées avec ces mêmes avantages, c'est-à-dire qu'elles devaient être admises, quand les 25 milles seraient faits, à tirer sur le trésor public pour on construire 25 autres. Ce projet, si on l'eût adopté, aurait mis le trésor du pays à la merci de quelque grande et puissante compagnie dont l'influence ensuite pourrait être fort dangereuse. Enfin le troisième projet laissait au Parle*