LES FORTIFICATIONS DU CANADA
grand pays comme le Canada aura à supporter pour posséder une bonne milice et de bons ouvrages de défense. Or, quel autre peuple, situé comme nous le sommes, ne dépense d'avantage pour assurer sa sécurité ? D'ailleurs, je crois que, quand les fortifications seront achevées, la milice nous coûtera moins chère que je ne Tai dit
On a avancé qu'aucune forteresse ne pourrait plus tenir, devant les puissants canons modernes, tels que le canon Armstrong. Mais je prétends et je pourrais facilement dém<mtrer, si on me le demandait, que c'est là une erreur. Quelqu'un a dit que la fidélité et le courage des Canadiens sont les meilleurs remparts que Sa Mujesté puisse souhaiter pour la défense do ce pays. J admets volontiers qu'il n'y en pas de meilleurs ; mais ils no suffisent pas cependant. Une armée inférieure en nombre ne peut, sans places fortes, tenir tête longtemps à des armées nombreuses. Elle doit pouvoir s'appuyer à des ouvrages redoutables, lorsqu'elle a à défendre le territoire national. Je ne saurais admettre un instant que les fortifications sont inutiles ; elles sont utiles, avantageuses surtout dans un pays comme le nôtre. Si le climat canadien a ses inconvénients, il a aussi cet avantage propre de ne permettre les opérations militaires que six mois de l'année. Voyez encore la nécessité des forteresses : dans la dernière guerre des Etats- Unis, les immenses armées que commandaient les généraux du Nord, ont été tenues en échec par Petersburg et Eichmood. Avec ses fortifications, le Sud, qui ne pouvait mettre en campagne plus de 400,000 hommes, a résisté cinq ans au Nord, plus riche et plus populeux, qui finît par avoir dans ses armées 2,600,000 hommes.
En cas d'invasion du Canada, les forces anglaises nous soutiendraient, tandis que les Etats-Unis auraient besoin de corps considérables pour défendre leurs côtes atlantiques et sur la mer Pacifique, la Californie et l'Orégon, plus accessibles à l'Angleterre que le Canada ne l'est aux Etats-Unia Je ne vois pas comment, en cas pareil, les Etats-Unis pourraient diriger plus de 150,000 hommes sur le Canada, mais après la guerre de la sécession et les impôts énormes dont elle les a grevés, je ne crois pas qu'ils songent à des hostilités contre la Grande-Bretagne. (Cris de ^^Ecoulez I '^Ecoutez l " sur les bancs de Toppoeition.)
D'autres ont dit que si les Etats-Unis nous attaquaient, le meilleur parti à prendre serait d'aller au devant de leurs armées
envahissantes pour les combattre en rase campagne, homme contre homme. Ceux-là oublient que nos ennemis auraient plus de monde que nous. Ils ont pour eux le nombre et, malgré cela, ils élèvent des fortifications.
Ici sir Georges* passe en revue certains événements de la guerre de Crimée pour montrer Timportunce des places fortes ; il parle aussi des négociations entre la France et la Prusse au sujet de Luxembourg et de la protection efficace que 1* Autriche a trouvée dans le Quadrilatère, dans la dernière guerre d'Italie.
J'espère, continue-t-il, que les résolutions que j'ai l'honneur de soumettre à la Chambre seront adoptées presque unanimement. L'honorable député de Lambton a annoncé qu'il proposerait un amendement pour les faire rejeter ; mais je suis sûr qu'il serait luimême heureux de les voir adopter à une écrasante majorité.
1 Pour la première fois, le ministre de la milice est désigné sous le nom de sir Georges Cartier. A la séance du 21 avril 1868, sir John-A. Macdonald avait annoncé qu'il avait plu à la Reine de le nommer baronnet et de conférer le titre de Compagnon du Bain à Thonorable M. Langevin. Sir Georges avait refusé Tannée précédente cette dernière distinction, en alléguant que le chef des Canadiens-Français ne pouvait accepter un titre inférieur à celui d*un autre ministre. La Minerve imputa cette injustice au gouverneur général, lord Monck. Les honorables MM.Mackcnzie, tiolton et Gbauveau félicitèrent chaleureusement le nouveau baronnet.
PRonoNcé LE 24 juin 18G8