‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 209 sur 286 · A OTTAWA · texte numérisé non relu

A OTTAWA

Il y a pou de groupes français restés aussi fiers de leur origine et aussi compacts que celui de la cité d*Ottawa. Nos compatriotes sentent que la minorité dans laquelle ils se trouvent leur commande Tunion s'ils veulent proléger leurs droits et jouer un rôle de quelque importance. Le maire de la capitale est présentement Tun des leurs, M. Olivier Durocher, et ils ont toujours eu un représentant fhinçais à la Ghamhre des Communes depuis dixneuf ans. Le Dr SaintJean fut leur député de 1874 à 1878, il eut pour successeur Fauteur de ces lignes, de 1878 à 1887, etcelui^i fut remplacé par M. Honoré Robillard. Sir Georges Cartier avait eu raison de prédire, dans son discours sur le choix de la capitale, qu'Ottawa finirait par devenir un grand foyer fhinçais, qui rayonnerait sur toute la contrée environnante. Chaque année, la f&te SaintJean-Baptiste y est célébrée avec éclat : il y a messe solennelle, sermon patriotique, procession entre deux haies d*érables, au son des fanfares qui jouent les airs canadiens, discours qui rappellent notre passé, nos gloires, nos luttes, et formulent les espérances de Tavenir. Sir Georges qui porta toujours beaucoup dMntérét à la Société SaintJean- Baptiste dont il fbt le président à Montréal, prit part à la fête d'Ottawa, qui se termina par une intéressante séance oratoire et musicale à la salle de l'Institut Canadien-Français. Il chanta môme un couplet de la belle chanson qu'il avait composée dans sa jeunesse : 0 Canada ! Mon pays ! Mes amours ! Le président lui présenta une jolie adresse pleine de sentiments patriotiques, à laquelle il fit une réponse semée d'observations et de faits intéressants. Sir Georges Ait suivi de M. Etienne Parent, un vétéran du journalisme et un patriote éclairé, qui reçut une véritable ovation.

A LA PSTE SAINT-JBAN-BAPTISTB

U. le Président et HeBsioura,

Cotte adresTO m'honore et je voua en remercie bien cordialement. Recevoir de si agréables félicitations en nn pareil Jour, est nn bonheur rare, et Je les accepte comme une récompense de ce que Dieu et mes concitoyens m'ont permis de faire pour mon pays.

Tous TOUS dites heureux de la hnute di^ité qui m'a été conféra par Notre Gracieuse Souveraine, m&ia vous avec sans dout« compris comme moi que je dois cette faveur royale, non pas tant i, mon mérite personnel, qu'H la loyauté et au mérite du peuple can adieu-français.

Il n'est plus possible de fermer les yeux sur l'importance et les destinées de la nationalité que vous êtes si tiers d'affirmer publiquement aujourd'hui. C'est comme représentant de cette nationalité, que j'ai été remarqué par l'Angleterre, après les grands labeurs de l'établissement de la Confédération.

Notre passé est noble, notre présent est plein d'encouragements, notre avenir sera prospère, ai la Providence continue à. nous montrer la bonne voie et et nous y guider.

Il ne faut pas que les plaintes des alarmistes vous jettent dans l'effroi. Il est malheureusement vrai que beaucoup trop de Cud^ dien s- Français émigrent ; mais, malgré cela, est-ce que l'accroissement de notre race n'égale point, s'il ne dépasse pas, le développement naturel de n'importe quelle autre nation au monde ? Les statistiques le prouvent, et, contre les chiffres, Iom déclarations farouches et les articles tout eu pleurs ne peuvent rien. Comme de raison, il est regrettable que ce mouvement d'émigration ait lieu. Tout le monde désire, tout le monde souhaite qu'on l'onraye au plus tôt ; et ceux qui sont chargés de la direction et du coutr6le des affaires de l'Etat ont compris que leur devoir était de travailler à retenir ici tous les enfanta du sol, et ils y travaillent de toutes leurs forces.

Mais ce phénomène d'émigration n'est point particulier à notre race. Il suffit d'étudier l'histoire des autres nations, d'observer ce qui se passe ailleurs, pour savoir que chez tous les peuples

il y a un flot de population que les courants politiques et sociaux entraînent tantôt dans un sens et tantôt dans un autre.

Une chose qui ne peut que nous réjouir, c'est qu'on retrouve chez nos voisins plusieurs groupes de ces frères émigrés, assez fiers de leurs origine, assez orgueilleux de notre passé, assez heureux d'appartenir à la famille franco-canadienne, pour avoir fondé là- bas des journaux français, des institutions toutes françaises, où la religion donne la main au patriotisme, comme ici.

On dit qu'il n'y a que le Français qui ne puisse s'américaniser dans cette grande république, où tant d'Européens, d'origines diverses, sont venus mêler leurs noms, leurs travaux et leurs énergies. Dieu merci, on ne peut nous accuser d'avoir dégénéré sous co rapport, quand tant des nôtres restent ainsi bons Canadiens. Français sur le sol étranger où ils ont planté leurs tentes.

n est consolant de se dire que les mêmes aspirations, les mêmes joies, les mêmes pensées que les nôtres font battre aujourd'hui des milliers de cœurs au sein de la république voisine.

Le Canadien-Français aime sa fête patriotique ; il la célèbre nonseulement par des réjouissances nationales, mais aussi par des cérémonies religieuses avec bonheur, avec enthousiasme, avec transport. Le culte de la patrie le frappe vivement. Il a du respect pour ce qui le constitue lui-même ce qu'il est, car la fête Saint-Jean- Baptiste ne revient jamais sans l'émouvoir et l'exalter. Je suis sûr qu'aujourd'hui, il n'y a pas un seul Canadien, soit à Borne, soit à Paris, soit ailleurs, qui n'ait senti son cœur tressaillir en songeant que c'est la fête du saint choisi par un grand patriote pour être le patron de cette jeune et noble famille, grandie dans les meilleures traditions de ses ancêtres, sur cette terre d'Amérique, déjà si féconde en grandes actions, en grands progrès, et en grandes espérances.

Jetons un coup-d'œil sur le passé, Messieurs ; c'est le meilleur moyen de saisir tout ce qu'il y a de remarquable, de providentiel en quelque sorte, dans l'élévation de la famille franco-canadienne au degré de prospérité qu'elle a atteint aujourd'hui.

De 1615 à 1640, quatre-vingt-cinq colons sont venus s'établir à Québec. De 1640 à 1666, il en est venu trois cent-quarante et un autres, ce qui fait en tout quatre cent vingt-six. Les registres de Québec et des Trois-Eivières prouvent l'exactitude de ces chiffres. De 1642 à 1666, Montréal reçut son principal fonds de

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