‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 82 sur 286 · LE CHOIX D'OTTAWA GOMME CAPITALB · texte numérisé non relu

LE CHOIX D'OTTAWA GOMME CAPITALB

établir le contraire, mais pour se ranger à son avis, il faudrait ignorer la loi ; aussi je soutiens que sa proposition est erronée et inconstitutionnelle.

Le gouvernement demeure dans une position logique et constitutionnelle en voulant se soumettre à la décision de Sa Majesté. Le 24 mars 1857, la Chambre a adopté des résolutions pour demander à la reine de fixer le siège du gouvernement par Texercice de sa prérogative royale, l'intérêt du Canada exigeant qu'il fût établi d'une manière permanente ; elle déclarait en même temps que le crédit nécessaire à la construction des édifices était voté. Ces résolutions ont été transmises à Sa Majesté, avec une dépêche dont certains passages témoignent que la législature du Canada n'entendait rien abandonner de sa souveraineté législative sur les affaires locales. La reine savait donc qu'en lui demandant de fixer le siège de notre gouvernement, nous n'avions pas l'intention de renoncer à nos droits.

Mais la législature n'a point le pouvoir de fixer permanemment le siège du gouvernement ; elle peut bien construire en dix endroits, des édifices propres à recevoir le Parlement si elle le veut ; elle ne peut pas elle-même en fixer le siège. Après les adresses des deux Chambres, il faudra, à moins de circonstances extraordinaires et imprévues, que le gouvernement se transporte à Ottawa. La position prise par le ministère est logique, de même que la conduite qu'il a suivie est constitutionnelle. Par l'adresse que nous proposons, nous demandons que cette Chambre adhère à la décision de Sa Majesté et qu'on la remercie d'avoir bien voulu agir comme arbitre. On dit que le choix d'Ottawa n'a pas été fait par Sa Majesté, mais bien par le ministre des colonies, et que Sa Majesté a pu y être fort indifférente. Si l'on pèse les termes de la dépêche du 10 septembre, adressée par le ministre des colonies à Son Excellence, on se convainc que ce choix est bien celui de Sa Majesté, puisque, dans l'intervalle entre le renvoi et la dépêche du 10 septembre, il y a eu un changement d'administration suivi d'un changement radical de politique.

Dans cette dépêche, on se sert du mot award, c'est-à-dire décision arbitrale, et il suffit de comprendre le mot arbitre pour s'assurer que Sa Majesté n'a pas exercé sa prérogative royale, mais qu'elle a rendu une décision conformément à notre demande respectueuse. Elle a donc décidé en arbitre, et elle pouvait dire qu'elle ne voulait pas se lier pour toujour.^ par le choix d'un lieu et qu'il lui appar-

tiendrait encore de convoquer le Parlement où elle le voudrait en exerçant sa prérogative royale.

Quant à moi, je crois le choix d'Ottawa excellent, et je puis ajouter que, dans tout le cours des débats, j'ai toujours voté pour Montréal et Ottawa, et que j'ai toujours dit qu'après Montréal Ottawa était l'endroit le plus convenable.

L'honorable député de Saint-Hyacinthe (M. Sicotte) a cité un auteur français qui affirme que '^ placer la capitale à l'extrémité d'un pays c'est avoir le cœur au bout des doigts." H a voulu dire sans doute que la capitale ne doit pas être placée au centre géographique, mais au centre des affaires ou du mouvement de civilisation. En Europe, c'est ce qui arrive généralement, mais en Amérique, il en est bien autrement. Washington se trouve en dehors de tous les centres d'activité, de civilisation et d'influence ; Albany, capitale de l'Etat de New-Tork, a été choisie de préférence à New-York, qui est la huitième ville du monde par sa population ; Harrisburg est la capitale de la Pennsylvanie, bien qu'elle soit moins considérable que Philadelphie, etc.

Quant à l'influence de l'opinion publique sur l'administration, je dois dire qu'elle n'est pas toujours à désirer ; car c'est la manifestation ou plutôt la surexcitation de l'opinion publique qui a fait perdre à Montréal le siège du gouvernement. Lorsque lord Elgin a convoqué le Parlement à Toronto et à Québec alternativement, il a agi en vertu de la prérogative de la couronne, bien qu'il ait été conseillé en ce sens par ses ministres. Si le vote de l'année dernière, au lieu d'être négatif, eût désigné une place plus convenable qu'Ottawa, le gouvernement aurait pu l'interpréter comme une instruction d'agir autrement qu'il ne l'a fait; mais tel qu'il est, comment ce vote peut-il guider le ministère et Son Excellence ? Il ne recommande rien, donc il est de nul effet. Il est libre à tout gouvernement de tenir compte du vote de la Chambre, mais ce vote en lui-même ne peut pas faire loi. Ce vote n'est pas aussi important que l'honorable député de Saint-Hyacinthe le prétend. La majorité émet une opinion, le gouvernement est libre de s'y conformer ou non. En 1849, la Chambre désignait des endroits où elle souhaitait que le Parlement fUt convoqué alternativement ; mais le vote du 28 juillet dernier ne contient rien de semblable. Une simple déclaration qu'Ottawa ne doit pas être le siège du gouvernement ne saurait suffire pour engager le ministère à tenir compte de sa teneur. Ce n'est pas manquer de déférence envers

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la Chambre que de loi demander de revenir sur son vote, car personne ne peut dire que la Chambre soit prête à choisir une autre ville qu'Ottawa.

Je pense qu'Ottawa est le meilleur endroit que l'on puisse choisir pour la discussion des affaires, justement parce que la pression de l'opinion publique se fera moins sentir là qu'ailleurs ; les représentants y seront plus libres pour délibérer sur les Ki*ftnde6 questions qui devront nécessairement occuper leur attention avant longtemps.

Si jamais le Bas-Canada a besoin d'alliés politiques dans le Haut, c'est à Ottawa qu'il les trouvera.

Ottawa est située dans le Haut-Canada, il est vrai, mais au point de vue des affaires, c'est une ville bas-canadienne. Ottawa est liée à Québec par son commerce de bois, et à Montréal par son commerce d'importation. Là, les Canadiens-Français se sentiront dans un milieu sympathique, car on y compte au moins 6,000 Canadiens- Français sur une population de 12,000 habitants. ' Les catholiques y sont en majorité ; ils y trouveront des collèges, des couvents, des églises, et tout ce qui leur est spécialement cher dans le Bas-Canada. Pour toutes ces raisons, Ottawa est un excellent poste, d'autant plus que le choix de cette ville comme capitale, est le moyen de faire prospérer cette région et d'y attirer la colonisation. C'est un choix heureux, désintéressé, et qui doit satisûûre tous le? hommes raisonnables.

1 Au recensement de 1891» la population fhinçaise de la ville était de 12,970, ce qui accuse un accroissement considérable. Ce chiffre ne comprend pas Rochesterville et New-Bdinburg, qui se trouvent dans les limites muniri|)Ales, mais qui ne sont pas annexées à la ville pour les fins politiques.

SUR LE

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