‹ Discours de Sir Wilfrid LaurierChapitre 6 sur 11 · LETTRE A LEON MERCIER-GOUIN · texte numérisé non relu

LETTRE A LEON MERCIER-GOUIN

pouvoir est suprême dans sa juridiction et dans sa sphère, il y ait égalité dans la juridiction attribuée aux provinces et celle attribuée au pouvoir central. Tu as saisi cette différence en faisant remarquer que dans notre constitution tout ce qui n’a pas été nommément Assigné aux provinces appartient au pouvoir fédéral ; tandis que chez nos voisins c’est le contraire. Par la constitution américaine, tout ce qui n’a pas été assigné au pouvoir central, continue d’appartenir aux Etats. Et tu ajoutes : “ N’est-ce pas plus logique, plus libéral et plus équitable,- en «vérité ? ”

Ici, je suis obligé de différer d’opinion in toto. Je crois bien supérieur notre système qui 'attribue au pouvoir fédéral tous les pouvoirs non énumérés. Le but du système fédératif est de faire un tout solide d’éléments hétérogènes, tout en conservant à chacun son existence propre, c’est-à-dire, union sans fusion. Le nouvel état sera nécessairement plus solide et plus fort si l’autorité finale est confiée au pouvoir qui unit tous ces éléments. L’idée est encore plus manifeste, si le but de la fédération est de créer une nation nouvelle d’éléments divers et jusque-là séparés en tout.

La Suisse n’est devenue la Suisse que le jour où elle plaça l’autorifé suprême dans le conseil fédéral. Jusque-là le bernois allemand, le genevois français, les essinois italien étaient avant tout ou de Berne, ou de Genève, ou du Tessin. Aujourd’hui chacun d eux reste avec les traditions, la langue et la fierté de Berne, de Genève ou du Tessin, mais au-dessus de. tout il y a la Suisse, une et indivisible.

De même aux Etats-Unis. La doctrine de la supériorité des Etats à l’encontre du pouvoir central fut à deux doigts de rompre l’union américaine. Mais depuis la guerre civile, par une évolution lente et graduelle, l’autorité suprême tend à être tacitement transférée des Etats au pouvoir central.

Daniel Webster, de tous les hommes d’Etat américains, est celui qui a tracé avec le plus de netteté et de force la voie dans laquelle son pays est définitivement entré, après de longs tâtonnements et une crise aiguë. Dans une phrase lapidaire il termine le plus beau de tous ses discours comme suit : “ Liberty and union now and forever, one and inséparable ”.

Il me semble hors de doute qu’en dehors de cette théorie toute association fédérative porte en son sein le germe, de la dissolution inévitable.

Cette vérité est attestée par 'l’exemple de la ligue Achéenne, et toutes les autres tentatives de fédération en Italie et ailleurs. Toutes périrent par la même cause : la faiblesse du pouvoir central.

E un autie côté, dans la sphère attribuée aux provinces par notre constitution, leur autorité doit être souveraine, et ce principe ne saurait être proclamé trop haut. Sur ce point, tu aurais pu appuyer davantage sur le danger du désaveu. Là se trouve le point noir de la confédération canadienne. Je ne m’explique guère qu’un esprit aussi clair et aussi net que Cartier ait pu y trouver une garantie pour les minorités. Il n’y a que deux minorités dans la confédération canadienne ; minorité de race et mino-

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