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de 1701, par laquelle les travailleurs avaient été privés du droit naturel d'association, et qui, malgré le code et malgré les répressions, se manifestait plus impérieusement chaque jour, secrètement d'abord , et peu à peu ouvertement à mesure que la loi reculait devant elle.
Voilà l'histoire de la loi de 1884. Seulement, on n'a pas voulu aller jusqu'au bout de l'œuvre que l'évidence des faits imposait aux législateurs.
Dans la discussion, à laquelle je m'honore d'avoir pris une large part, je disais : « Prenez garde! vous avez raison d'abroger la loi de 1791, de rendre aux travailleurs le droit d'association; mais, si vous vous bornez à cela, vous aurez manqué de prévoyance, vous aurez armé les combattants, vous n'aurez rien fait pour la paix sociale : encouragez les syndicats mixtes de patrons et d'ouvriers , donnez-leur des facilités , des avantages ; rapprochez ainsi les deux éléments du travail , et vous aurez préparé , pour les conflits de l'avenir, une force médiatrice ; c'était l'esprit des corporations; c'est ce qu'il faut en retenir pour fonder la corporation moderne. ))
On me répondait par le cléricalisme! C'était la grande réponse , qui dispensait de toutes les autres !
Et puis les événements ont marché ; les conflits sont venus, inévitables, violents, menaçants pour la paix publique et pour la prospérité nationale; et alors, de tous les côtés, vous avez entendu la même clameur : (( Il faut recourir à la conciliation , il faut rapprocher les deux facteurs de la production; il faut que les chambres syndicales s'entendent pour former des délégations communes, des chambres syndicales mixtes.
où les conflits seront examinés et résolus à l'amiable; il faut organiser l'arbitrage; il y va du salut public! » F]t le gouvernement a eu la main forcée; il a déposé des projets de loi où se retrouvent tous les principes, toutes les idées des propositions que nous présentons depuis dix ans; il a provoqué l'arbitrage, et la conclusion pacifique de la grande grève du Pas-de-Calais a été le témoignage évident de l'efficacité d'une idée dont personne ne voulait il y a quelques années.
Eh bien, Messieurs, chambres syndicales mixtes, arbitrage et conciliation, rapprochement et accord entre le capital et le travail , qu'est-ce que cela, je vous le demande, sinon l'idée corporative qui reparaît, qui rentre en maîtresse et qui reprend possession des esprits , des mœurs et des lois?
Voilà où nous en sommes, et n'avais-je pas raison de vous dire que nous avons le droit de célébrer les résultats obtenus par vingt années d'efforts persévérants?
L'œuvre commencée ne cessera pas de grandir : le mouvement ne s'arrêtera plus; en dépit des répugnances, les pouvoirs publics seront de plus en plus obligés de reconnaître et de sanctionner la renaissance du régime corporatif, et c'est ainsi que peu à peu la France nouvelle sortira, comme la France d'autrefois , de la puissante et irrésistible association des travailleurs.
Mais ce n'est pas à moi de vous l'apprendre. Messieurs, pour que ce mouvement soit réellement fécond, il faut qu'il soit chrétien; hors de là, il n'y a que des luttes en perspective; le sentiment chrétien seul est assez fort pour maîtriser les intérêts, calmer les pas-
sions et les amener à l'entente commune. Ceux qui ne le comprennent pas encore l'éprouveront dans la pratique des institutions corporatives, et, sans le savoir, le peuple lui-même, en travaillant à les restaurer, s'achemine vers le christianisme.
Pour vous qui avez le bonheur et la grâce de la foi , demeurez fermes dans vos convictions, soutenus par la pensée du bien que vous avez déjà fait en donnant, malgré toutes les contradictions, l'exemple de l'association commune des patrons et des ouvriers, et par la certitude que vous en ferez plus encore dans l'avenir, en montrant dans notre société troublée, livrée à toutes les agitations qui ébranlent le monde du travail, ce que peut, pour la concorde et l'harmonie, la pratique des vertus chrétiennes.
Vous resterez ainsi fidèles aux traditions de vos pères, qui avaient si étroitement uni la confrérie pieuse et le corps de métier. Gomme eux, vous garderez vos patrons, vos fêtes et vos pieux usages, où vous trouverez , dans votre rude labeur, le repos du corps et la joie du cœur.
Et puisque j'ai commencé, mes amis, par une légende, je veux finir par une vieille ballade, où vous retrouverez l'écho de la foi simple et naïve de vos aïeux. Les jardiniers du vieux temps la chantaient, à la fête de Notre-Dame, en portant à son sanctuaire le may tout enguirlandé de fleurs et de rubans. La voici ;
Royne des fleurs , ton peuple de Paris , Tes serviteurs par ta grâce nourris , Te présentent ce beau may de florettes. Car la fleur es qui jamais ne péris , Mais en tous tems reverdis et floris ,
Et pullulent tes vertus très parfaictes. Plusieurs choses en ce may avons faictes En suppliant que ta grâce nous donne Finabloment la royale couronne, Non pas celle que Moyse en sa jeunesse De Pharaon refusa, mais, princesse, Celle que Dieu promet à ceux et celles Qui bons seront : parquoy ne nous delesse , Mais nous donne par ta grand gentillesse Force et vertus contre les infidèles.
Je VOUS souhaite, Messieurs, de tout mon cœur, force et vertu contre les infidèles et, par la grâce de Notre-Dame, « linablernent la rovale couronne. »