‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 2)Chapitre 16 sur 40 · POUR LA FONDATION DE LA LIGUE DE DROPAGANDE · texte numérisé non relu

POUR LA FONDATION DE LA LIGUE DE DROPAGANDE

CATHOLIQUE ET SOCIALE LE 9 MA ris 1892

Un certain nombre de jeunes gens, ayant pris l'initiative de la fondation d'une ligue catholique destinée à mettre en pratique , sur le terrain politique et social , les enseignements et les conseils donnés par le pape Léon XIII dans les Encycliques du 15 mai 1891, sur la condition des ouvriers, et du 20 février 1892, sur le devoir politique, prièrent M. de Mun d'en prendre la présidence et la direction. Il accepta et prononça, dans la première réunion du comité fondateur, l'allocution suivante, qui servit de programme à la ligue.

Messieurs,

Vous m'avez exprimé le désir de vous réunir aujourd'hui sous ma présidence pour jeter les bases d'une Ligue de propagande catholique et sociale dont vous

voulez prendre l'initiative. J'ai répondu sans liésiter à volr-e appel ol je vous remercie de l'honneur que vous ine laites eu associant mon nom à votre généreuse entreprise.

Résolus à suivre lidèleuient la direction donnée aux catholiques par le Souverain Pontife, particulièrement dans ses deux dernières Encycliques, vous vous unissez sui' le terrain constitutionnel pour défendre dans la vie publique, avec toute la liberté que vous donne votre qualité de citoyens français, les droits de Dieu et les droits du peuple. (Applaudissements.)

Pénétrés de cette conviction que la question religieuse domine de toute sa hauteur les dissentiments politiques (Très bien! et applaudissements)^ vous en faites la première et la principale de vos préoccupations; votre programme est sur ce point tout indiqué d'avance : c'est celui que les cardinaux ont tracé dans leur déclaration et que tout l'épiscopat a fait sien. Vous l'adoptez sans réserve. (Applaudissements.)

Mais vous n'entendez pas, m'avez -vous dit, vous borner à la revendication des libertés religieuses. Je vous en félicite très vivement, car rien de ce qui touche à la vie nationale ne doit vous être indifférent, et vous devez avoir à cœur de montrer que sur tous les terrains le pays n'a pas de meilleurs serviteurs que les catholiques (Très bien!) : aussi avez -vous bien raison d'inscrire sur votre programme toutes les libertés légitimes , et au premier rang la liberté communale et la liberté d'association, fondements de toutes les autres. (Vifs applaudissements.)

Je me réjouis surtout de ce que vous ne séparez pas l'action catholique de l'action sociale, et je suis très

liouroux de vous voir aller résolument, avec toutc^ la généreuse loyauté de vos cœurs, au-dovant des ouvriers des villes, des usinées et des campagnes, pour étudier leurs besoins^, et prendre en leur nom l'initiative des réformes profondes que leur condition api)elle dans les institutions et dans les lois. (Applaudisseynents. )

Telles sont, n'est -il pas vrai, les idées que vous m'avez exposées en me demandant mon eoncoui's, et auxquelles j'applaudis de tout mon cœui'.

Votre œuvre n'est pas une œuvre de parti ; mais c'est une œuvre politique dans le sens le plus large du mot, puisqu'elle doit avoir pour fin, sous peine de demeurer stérile, de modifier, en y donnant la majorité aux catholiques, les assemblées électives de la nation.

Depuis un an un mouvement général se fait dans le même sens. Des organisations se sont créées à Paris et en province. Vous voulez mettre à leur service, pour les développer, toute l'ardeur et l'activité de votre jeunesse. Je vous en remercie, et je salue dans votre Ligue l'avant -garde de la France chrétienne. ( App laudissements . )

Votre tâche est immense; car vous devrez agir par la parole et par la plume, organiser des conférences, en faire vous-mêmes, répandre des journaux populaires, souvent aider à leur rédaction, accourir à tous les appels sur tous les points de la France, offrir partout vos dévouements, en susciter s'il le faut. Mais vous saurez, par l'énergie et la bonne organisation de votre travail, faire face à toutes les nécessités.

Dans la route nouvelle où vous entrez, les difficultés

ne vous manqueront, pas; je ne souhaite pas du reste qu'(^lles vous soient éparj^r)ées : les œuvres fécondes naissent dans la contradiclion. Mais je vous recommande d'unir Ja modération dans la forme à la fermeté des idées, de fuir les polémiques inutiles ou blessantes, surtout avec vos amis, de respecter ceux qui n'approuvent pas votre attitude, et d'éviter les discussions stériles qui divisent en pure perte, pour vous donner tout entiers à l'action, qui est le grand besoin de l'heure présente. (Applaudissements.)

Vous êtes jeimes : c'est une grande force, sachez en user. Vous êtes catholiques : c'est une force plus grande encore, la plus grande de toutes. Ne soyez rien d'autre, mais soyez -le pleinement, dans vos actes, dans vos idées et dans votre politique.

Pour moi , qui n'ai plus la jeunesse , je ne puis accepter de patronner votre œuvre que parce que je suis, comme vous, catholique avant tout (applaudissements); à ce titre, je vous appartiens : comptez sui' moi comme sur l'un des vôtres, et que Dieu vous aide! (Applaudissements répétés.)

iHscoins

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