‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 2)Chapitre 17 sur 40 · A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'ŒUVRE

DE L'nOSPrrALITÉ DE NIIT

Li<; 1(3 MARS 1892

L'œuvre de l'iiospitalitr de nuit fut fondée en 1878 pour olfi'ir un abri gratuit et tenij)oi'aire aux personnes sans asile. Cette institution charitable, aussitôt entourée de nombreuses sympathies, prit rapidement, grâce à la g-énérosité de ses bienfaiteurs, la plus heureuse extension.

En 1892, M. le comte A. de Mun fut invité à présider son assemblée générale ammelle, tenue dans un des principaux asiles de nuit.

Après le rapport de M. le baron de Livois, le dévoué président de i'œuvi-e, il prit la parole en ces ternies :

Mesdames , Messieurs ,

Je remercie très vivement ceux qui ont bien voulu m'inviter à présider aujourd'hui cette assemblée d'une

œuvre qui, dopuis quinze ans, est environnée de tant et (le si justes sympathies. Je les remercie d'abord à cause de l'honneur qu'ils m'ont fait, en m'associant ])oni' iiii moment à leurs travaux : je les remercie plus encore pour la satisfaction qu'ils m'apportent en me donnant l'occasion de leur offrir aujourd'hui, après tant d'autres, mais d'un cœur non moins sincère, le tribut de ma très ardente sympathie.

Je voudrais, je vous l'avoue, me sentir mieux préparé pour répondre à leur confiance et me montrer digne de leur œuvre , digne aussi de ce bel auditoire , qui lui fait aujourd'hui, sur le champ de bataille où elle remporte chaque soir une nouvelle victoire, comme une couronne décernée par l'admiration publique, digne enfin de ceux qui m'ont précédé à cette place et dont je n'ai pu lire les noms sans un secret tremblement, en pensant que je devrais aujourd'hui parler après eux.

Je me sens, malheureusement, bien au-dessous de ma tâche. Emporté par une vie publique tous les jours plus active, je ne puis être ici qu'un président de rencontre, qu'un orateur d'un moment, au lieu d'être, comme je le voudrais, un témoin n'ayant, pour parler de l'œuvre qu'il veut honorer, qu'à dire ce qu'il a vu.

Je me rassure toutefois en songeant qu'il ne reste vraiment rien à ajouter aux deux rapports que vous venez d'entendre, à celui de M. le trésorier, si frappant, si décisif à la fois comme témoignage des efforts accomplis et comme encouragement à ceux qu'on vous demande encore ; rien à ajouter non plus au rapport de mon ami, M. le baron de Livois, qui l'a fait précéder.

à mon adresse, de paroles dont je le remercie du fond du cœur; il a rappelé des temps et des souvenirs de confraternité qui sont demeurés vivants dans ma mémo-ire, et si ce n'ctait, mon cher ami, que nous n'avons jamais été, que je saclie, brouillés ensemble, je pourrais dire que nous nous retrouvons ici comme les deux frères dont vous nous contiez la touchante histoire, et que me voilà tout heureux d'être embauché, par surprise, à votre service K (Bravos et applaudissements.)

Je ne sais de cette œuvre que ce que je viens d'entendre, que ce que tout le monde en sait, que ce qu'en apprend à tous sa renommée grandissante. Ce n'est pas assez pour en parler savamment : c'est assez pour l'aimer, pour la comprendre, — ce n'est même pas le

1 Un fabricant du faubourg Saint-Antoine se présente (au bureau de l'Hospitalité), en quête d'un ouvrier menuisier. « Précisément, dit le gérant, j'en ai un qui est arrivé aujourd'hui avec ses outils, venant de Corbeil. — Puis -je le voir? — Certainement, je vais le chercher, attendez -moi là. »

En attendant, le patron se promène dans la cour. Il faisait nuit. Le menuisier arrive, et le fabricant l'interroge tout en marchant. Tout à coup, le bec de gaz projette ses rayons lumineux, et les deux interlocuteurs se reculent stupéfaits... Mais bientôt l'émotion domine la surprise du moment, et c'est la larme à l'œil que le fabricant tend la main au menuisier, qui n'y tient plus, et qui se précipite en pleurant dans les bras de... son frère.

C'étaient deux frères , en effet , brouillés à mort et séparés depuis sept ans.

« Eh bien ! dit enfin le patron , puisque je clierche un ouvrier, veux -tu venir travailler chez moi? — De grand cœur, » répondit le menuisier; et ils partirent, bras dessus bras dessous, pleurant et riant tout ensemble, et remerciant Dieu qui leur avait ménagé, à l'œuvre de l'hospitalité de nuit, une occasion providentielle de se reconnaître et de se rapprocher, (Rapport de M. le baron de Livois sur les travaux de l'œuvre pendant l'année 1891.)

mot qui rend justement ma pensée, — c'est assez pour la sentir, je veux dire pour (jircllc saisisse le rœiii- de cette étreinte particulière que l'ont é[)rouver les grandes choses et les grandes actions.

Car l'œuvre que vous faites ici, Messieurs, por'te un signe particulier qui la fait reconnaître et saluer comme une sœur par tous ceux qui ont été mordus, une fois dans leur vie, par la passion des œuvres sociales. Ce signe, c'est la pitié envers ceux ((iii souffrent, envers les faibles, les déshérités de la vie (vifs applaudissements), et j'ajoute que c'est la marque, le caractère et l'honneur de notre temps.

Laissez-moi rendre en passant cet hommage à notre siècle : c'est le plus grand que je puisse lui offrir. Ce pauvre siècle qui va finir, il a eu bien des erreurs, il a porté bien des responsabilités , il a soulevé bien des orages dont il ne verra pas l'apaisement, et pour faire son procè^ ., les paroles ne me manqueraient pas. A peine éch ^ppé aux tragiques émotions de sa naissance, puis aux dangereux enivrement de la gloire où s'était bercée sa jeunesse, il s'est abandonné tout entier à Tambition des richesses, plus meurtrière que la violence des révolutions , et à Torgueil du progrès , plus étourdissant que la gloire, et son histoire s'est confondue avec celle des luttes amères et souvent sanglantes, soulevées par les âpres convoitises de l'intérêt personnel. Un moment on a pu croire qu'il tomberait dans le passé, sans laisser sur son chemin laborieux d'autre trace que celle des déceptions et des souffrances accumulées par la richesse triomphante (mouvement), et voilà qu'à l'heure où une épreuve suprême semblait ne plus réserver à notre temps que la douleur et l'humi-

lialioii, voilà quo tout à coyp, de ce cœur brisé et de ce sein qu'on croyait lai'i , un ci'i s'est élevé qui a traversé tout notre âge, qui nous a secoués tous, quelles (jue soient nos croyances et nos opinions; et ce cri, c'était l'éclio de la pai'ole du Christ : Misereor, j'ai pitié! (Sensation prolongée, bravos et applaudissements.)

Voilà la dernière marque de notre temps, sa justilication et son honneur, et vous qui avez fondé l'hospitalité de nuit, vous aurez dans cet honneur une grande et large part, et une place marquée dans la reconnaissance du siècle qui va s'ouvrir, parce que vous êtes de ceux qui ont contribué, non par des paroles, par des discours, par des dissertations philosophiques ou des ti^aités savants, mais par des actes et par le don de vous-mêmes, à traduire dans les faits le i?rand cri de pitié qui sortait de nos âmes.

Mais qu'ai-je besoin de le dire? Est-ce qu'il ne vous semble pas , comme à moi , que ces murs vent m'imposer silence, et parler à ma place? Est-ce que cette salle n'est pas, à elle seule, plus éloquente que tous les discours? Voilà, certes, une belle assemblée, et votre présence ici, vous qui m'écoutez, est la récompense de ces hommes de bien , le gage de votre sympathie et de votre concours : c'est une joie, un honneur pour tout le monde : et cependant, laissez -moi vous le dire, cette salle, que vous rendez si belle, était plus belle encore hier soir; elle sera plus belle tout à l'heure quand vous l'aurez laissée dans son ordinaire nudité, et que les hôtes habituels de cette maison s'y trouveront une fois de plus, seuls avec ceux qui se donnent à eux pour l'amour de Dieu, et qui, avec le repos ('u

corps^-leur distribuent les témoiiïnacres du cœur. (Applaudissements.)

J'ai dit que je ne savais rien de cette œuvre, et cependant voici qu'il me revient à l'esprit un souvenir que je veux vous conter.

J'ai connu, il y a quelques années, un enfant de la Basse- Bretagne, que j'avais vu tout jeune encore, làbas, près de sa grève sauvage, insouciant de la pauvreté dans laquelle il grandissait, au milieu d'une famille soutenue par la foi robuste des chrétiens, et ne sachant du monde que la lande où s'écoulait son enfance, et dont les vieilles légendes berçaient sa vive imagination. Un jour, l'enfant devenu presque un homme, fatigué d'entendre dire autour de lui que le travail de la terre ne récompensait plus ceux qui lui donnaient leurs sueurs, que c'était trop longtemps rester rivé à la lande ingrate et toujours inculte, l'enfant a voulu quitter le sol natal , et s'en est allé au loin chercher fortune dans la grande ville aux puissants attraits, dont les échos troublants vont, au fond des campagnes, faire rêver les paysans lassés du sillon. Il est venu et courageusement il a cherché sa vie , voulant arracher à ce Paris dont il s'était tant promis le secret de sa richesse. D'abord je l'ai vu souvent, je l'ai aidé Se mon mieux, je l'ai encouragé dans les pi'emières traverses, soutenu dans les premières défaillances. Puis il a disparu, je ne l'ai plus revu, et j'avais perdu sa trace avec l'espoir de le sauver, quand un jour il est revenu me trouver, pâle, défiguré, les vêtements en lambeaux, ayant cependant dans les yeux quelque chose de son passé. Il me tendait les mains en me disant : (( Renvoyez-moi dans mon pays. » La veille il avait passé la

niiil dans une de vos maisons, et, sans même l'avoir iiilei'rogé, j'avais deviné l'iiistoire de son âme. Il avait connu les heures sombres du désespoir, et un soir, oubliant à force de misère les leçons de sa foi, il s'était demandé, comme il longeait tristement un quai de la Seine, s'il ne ckercherait pas le repos dans la lin de sa souffi'ance. La révolte de ses vingt ans l'avait sauvé, et pendant qu'il errait à la recherche d'un gîte de rencontre, votre lumière discrète lui est apparue. Alors, dans cette salle, au milieu de ces hommes inconnus, jetés là comme lui par le froid et la faim , une chose s'est faite, inattendue et qui l'a bouleversé, une voix s'est élevée, lente et grave, dans le silence de toutes ces pauvretés : (( Notre Père, qui êtes aux cieux! donnez-nous notre pain quotidien... » (Mouvement.) Et tout à coup il a tout revu à la fois, et la lande, et le clocher à jour, et la maison abandonnée, et la mère qui l'a porté dans ses bras , et le prêtre qui le premier lui a appris à dire : Notre Père... C'était fini, Paris n'existait plus, et le lendemain, ayant ici réparé ses forces et retrouvé son cœur, il a couru chez moi, le pauvre enfant, n'ayant aux lèvres qu'un mot que vous lui aviez jeté dans l'âme : « Renvoyez -moi dans mon pays! )) (Bravos répétés.)

Ah! cette histoire, vous la connaissez tous. Il n'y a personne qui n'ait vu cet enfant de la campagne échoué dans la misère parisienne, et vous sentez bien que je touche ici à une des questions les plus graves, au point de vue social, que votre œuvre puisse soulever. Je veux parler du rapatriement des paysans qui meurent de faim sur le pavé des villes. Le rapport de M. le baron de Livois jette sur cette situation une terrible lumière.

Après ses récits, si vivants, si palpitants d'intérêt, il présente des colonnes de chiffres, qui, avec la brutalité des statistiques, les complètent admirablement, et dont je voudrais (|ue, malgré leur aridité, i)ersonne ici ne se détournât. (Sourh^es.)

L'un de ces tableaux indique la profession de ceux qui ont été recueillis par l'hospitalité dans le courant de l'année. Or, sur un total de 98 000 hommes environ, il y en a plus de 37 000 qui appartiennent à la catégorie des ouvriers du sol, c'est-à-dire dont la plupart viennent des champs : 37 000, c'est près de la moitié. Sans doute , dans cette liste de professions , il y a des noms qui étr-eignent le cœur et qui font apparaître tous les drames de la vie civilisée, cette misère en habit noir, la plus poignante de toutes, cette détresse de l'homme qui a cru un moment à l'éclair de son génie, à la puissance de sa plume, et pour qui la pauvreté se double de toutes les souffrances de l'amour -propre : c'est cruel , mais ce n'est qu'un coin du tableau ; la grande place est prise , ici , par des hommes qui pourraient gagner leur vie en utilisant leurs bras, et qui meurent de faim faute de travail. Je sais que vous faites des efforts courageux pour rapatrier ces malheureux, mais ce que vous pouvez n'est que peu de chose, et il y a là un des côtés les plus alarmants de notre situation sociale. (Assentime^it.)

Paris est pour nos laboureurs, comme pour les soldats de l'armée d'Afrique, ces chotts qui donnent au loin dans le désert le mirage de l'ombrage et de l'eau. On se hâte pour les atteindre, pleins d'espoir et de joie, et on n'y trouve , après une course qui épuise le reste des forces, qu'un soleil plus implacable et un sable

plus brùlaiil. {Apjjlaudisscmcnts.) Les ouvriei's des campagnes viennent ici chercher la vie facile et les salaires élevés; ils n'y trouvent qu'un surcroît de misère. Laissez -moi vous le dire : là comme ailleurs, là comme partout, la responsabilité remonte avant tout aux classes élevées de la nation , aux riclies et aux propriétaires; ce sont eux qui ont donné l'exemple de la désertion des champs; ce sont ceux qui devraient être les gardiens du sol qui, les premiers, se sont détournés de lui pour chercher dans les villes une vie plus oisive et des plaisirs plus faciles. (Vifs applaudissements.)

Mesdames, puisque je suis sur ce chapitre de la statistique, il faut que je vous fasse part encore d'une observation qui vous touche directement. L'hospitalité a ouvert des abris pour les femmes , complétant ainsi son œuvre d'une manière très heureuse; or, dans le courant de l'année , elle a donné asile à 3 000 femmes environ, et dans ce chiffre je vois près de 350 ouvrières de la couture; c'est-à-dire que plus du dixième de celles qui , pressées par la misère , sont venues chercher ici un abri de passage , sont de pauvres filles qui travaillent à vêtir les riches, et que ce métier n'empêche pas de mourir de faim; et celles qui viennent, vous le savez bien , ce sont les meilleures , ce sont les honnêtes, ce sont les préservées, celles qui n'ont pas voulu chercher d'autres moyens de gagner leur vie, qui ont eu assez d'empire sur elles-mêmes pour résister aux séductions, et qui ont encore trouvé dans leur courage moral ou dans un reste de foi la force de résister à l'attrait de la mort, plus grand pour ces pauvres déshéritées que ne peuvent le supposer ceux

De M un. — Discours. ^ • — o

qui vivent au milieu des facilités de la vie. Eli bien! Mesdames, je livre ceci à vos méditations : ce sont des femmes comme vous, ce sont vos sœurs dont je vous parle.

Quelques-unes de vous, peut-être, ont lu cette chanson effroyablement poignante qui , en 1841 , a soulevé presque toute l'Angleterre et qui a servi dans ce pays de point de départ à la législation protectrice du travail des femmes. On l'appelle le Chant de la Chemise. C'est l'histoire d'une pauvre couturière qui chante elle-même sa souffrance et sa douleur, pendant qu'elle coud, qu'elle coud encore, qu'elle coud toujours, sans jamais s'arrêter, depuis l'heure oii le coq chante jusqu'à l'heure où l'étoile se lève. Ses yeux rougissent, ses mains s'engourdissent, le froid la saisit... elle coud, elle coud encore, elle coud sans relâche... Ses yeux s'emplissent de larmes qu'elle n'ose laisser tomber, parce que l'ouvrage en serait gâté , et pendant qu'elle travaille ainsi pour gagner un salaire qui lui permet tout juste de ne pas mourir, pendant qu'elle coud, du soir au matin , pour le vêtement des riches , elle se demande, la pauvre fille, combien il y en a parmi eux, qui pensent que cette chemise , que ce linge fin qu'ils portent , est fait avec le sang , avec les larmes , avec la chair des pauvres ouvrières! (Sensation prolongée, longue salve d'applaudissements.)

Mesdames, cela n'a pas changé et cela est vrai en France comme en Angleterre. Faites l'enquête vousmêmes, en interrogeant les ouvrières. Ah! il n'y a pas de leçon de choses plus terrible qu'une enquête smcère que l'on fait soi-même. Je voudrais que chacun vînt ici causer avec vos hôtes de passage et recevoir ces confi-

dences qui éclairent tout à coup d'une lumière crue notre état social! Que de révélations et quel enseignement! car, enlin, j'ai i)arié des détails; mais voyons l'ensemble. \J Hospitalité a logé, cette année, plus de 400000 personnes. Cent mille individus sans abri sont venus vous demander un asile d'un jour-; et ce n'est qu'une fraction des misérables de Paris. Voilà notre état social. Ah! sans doute, vous aviez bien raison, monsieur le président, de rappeler que la pauvreté ne disparaîtra pas de cette terre. Mais laissez-moi le dire : quand le mal s'accroît à ce point que, dans une ville qui se prétend le centre et la lumière du monde civilisé, des pauvres gens, par centaines de mille, meurent de froid, de faim et de misère, faute de travail, on a le droit de demander à la société si elle fait tout ce qu'elle doit pour empêcher un pareil désordre, et quand on a comme moi la conviction contraire, on ne peut s'empêcher de lui redire sans cesse qu'elle n'a plus qu'à choisir entre des réformes profondes ou la perspective prochainedes révoltes inévitables.

Ah ! Messieurs , voilà donc le terme de cette société matérialiste, si fière d'elle-même, si dédaigneuse de la loi divine , qui a tout fondé sur l'orgueilleux égoïsme des intérêts et sur le triomphe brutal de la richesse, et qui n'a plus rien à dire à ces milliers d'hommes vaincus dans la bataille de la vie, sinon qu'ils peuvent aller à l'hôpital, s'il y a encore un lit pour eux, ou mourir s'il n'y en a pas. {Mouvement.) Je vous supplie de penser à cela.

Un des plus éloquents, parmi ceux qui m'ont précédé à cette place , disait aux mères qui l'écoutaient : (L Envoyez vos enfants ici. » Je le répète après lui. Que

les jourios gons viciiiicnl |)assoi- imc soirée à l'Hospitalité de niiil, (iii'ils l'egardent et qu'ils écoutent! et, rentrés chez eux, dans leur demeure bien close où, réconfortés par la tendi'esse de leur rnèr-e, ils s'endormiront assurés du lendemain, qu'ils réfléchissent et qu'ils comparent. Leur cœur fera le reste. Il leur dira tout bas que l'aumône ne suffit pas à payer leur dette.

¥""5 Swetchine écrivait : (( Quand j'ai donné à un pauvre dans la rue, est-ce que ma soupe est moins bonne le soir? » Elle avait raison. L'aumône n'est complète que si elle porte avec elle le sacrifice et, en quelque manière, le don de soi-même. C'est l'exemple que l'on trouve ici, près de vous. Messieurs. (Applaudissements.) Vous ne donnez pas seulement un lit, du pain et quelques vêtements ; vous apportez , ce qui vaut mieux encore, votre cœur et vos mains tendues.

C'est par là surtout que votre œuvre est admirable et vraiment sociale. Vous ne lui avez pas donné la forme brutale et sèche d'une institution admmistrative, mais vous l'avez vivifiée par le souffle de l'amour. Vous avez senti que ce qui manque à ceux qui souffrent, ce n'est pas seulement l'abri matériel, c'est cette parole d'affection que la société matérialiste ne sait pas leur dire.

Ah ! sans doute , elle n'a pas , cette œuvre , un caractère confessionnel : elle s'offre à tous, sans distinction de croyance ; elle n'oblige personne à prier avec vous , mais je puis bien dire à l'honneur de cette Église catholique, dont je me glorifie d'être le fils, que vous en avez trouvé l'inspiration dans ses exemples et dans ses traditions. Vous faites ce que jadis elle faisait partout

pour les pauvres, alors quelle recevait librement les ressources que mettait entie ses mains la charité des fidèles. Pauvre Église, elle ne peut plus le faire aujoui*d'hui , et on lui reproche, comme par dérision, l'impuissance où on l'a réduite : la voilà comme saint Thomas Becket exilé à Pontigny , à qui le roi d'Angleterre envoyait les misérables dont jadis Févéque soulageait les infortunes, pour ajouter à son martyre le spectacle déchirant des misères qu'il ne pouvait plus secourir! Notre Église est ainsi, et vous, du moins, vous adoucissez sa peine en vous cliargeant d'une partie de sa tâche.

Je vous en remercie pour notre pays et pour ma foi, et je demande à tous ceux qui m'ont entendu d'emporter d'ici pour votre œuvre une affection renouvelée et un dévouement rajeuni. J'ai lu sur votre seuil une inscription qui m'avait frappé déjà dans le beau livre de M. d'Haussonville sur la Mhère à Pari^ et ses remèdes; beaucoup la connaissent. Je la dirai cependant pour ceux qui l'ignorent, et aussi pour la rappeler aux autres. C'est l'inscription gravée sur la porte d'un hospice du moyen âge, oi^i l'on accueillait, comme vous, tous les pauvres qui venaient y frapper :

Faites pour Dieu, bonnes personnes, A cest hospital vos aumosnes D'argent, de licts, de couvertures, Pour héberger les créatures Qui viennent en ce lieu guérir Et leurs santés entretenir.

Ils prieront Dieu que soyez mis Dans le ciel avec vos amis.

On m'a quelquefois reproché de faire des sermons.

J'en profite aujourd'liiii pour finir en vous disant : (( C'est la grâce que je vous souhaite. » {Applaudissements prolong ('s. — Uorcttenr est entouré et félicité de toKfcs parts.)

LETTRE

ADRKSSEK A M. JULES DOMERGUE

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