‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 2)Chapitre 35 sur 40 · TENUE LE 23 OCTOBRE AU FAOUKT (MORBIHAN · texte numérisé non relu

TENUE LE 23 OCTOBRE AU FAOUKT (MORBIHAN

Les élections générales eurent lieu le 22 août 1^93. Contre toute attente, M. de Mun éclioua dans la deuxième circonscription de Pontivy, qu'il représentait depuis douze ans, contre M. Le Clech, avocat de Quiniper.

Les attaques violentes que M. de Mun avait subies, de la part des journaux monarchistes, à cause de son obéissance aux conseils donnés par le pape dans l'encyclique du 20 février 1892, avaient réussi à troubler les électeurs.

L'échec imprévu de M. de Mun causa partout une vive impression.

Les catholiques furent indig-nés et douloureusement éimis. Leurs adversaires ex))rimèrent publiquement, dans les jouinaux les plus antireligieux, leurs regrets de voir M. de Mun éloigné de la tribune.

Il reçut de toutes parts, et particulièrement du clergé, des

ouvriers cl des iciim-s i^ciis, d iiiiioinltiiihlcs Iciiioignngos (le syiiij);itlii('.

Le 2^ octobre suiv.iiil, M. de Mim s'étnnt rendu à Tiîmder- Jie.MU ( l^'inistère) j>oui' une i;r;nide réunion, orj^;u)isée par l'Associntioii c;it,h()li<^ue de la jeunesse, où il lui l'ohjet d'une ovation trioin])liaie, ses amis du Moi'hilian [c. pressèrent de venir les revoir. 11 so reiulit à leur appel, et le lendemain eut lieu au Faouët, chef-lieu de la deuxième circonscription de i'ai-rondissement de Pontivy, une touchante manifestation dont nous em))runtons le récit à un journal de la région.

« Après la sinistre journée qui avait établi à mauvaise enseigne ((ue le ])lus grand orateur de France n'était pas à l'abri des caprices du suffrage universel; après la honteuse victoire qui avait remplacé un homme admiré de tous, estimé de ses ennemis eux-mêmes, « par un bout d'homme tout petit » (dirait Victor Hugo), les cœurs des Bretons fidèles souffraient d'un malaise indéfinissable, d'une angoisse comparable à celle des enfants qui ont gravement offensé un père aimé passionnément.

« Et voilà qu'une bonne nouvelle vient remettre au cœur un peu de soleil, bienfaisant et tiède comme celui du bon Dieu : Albert de Mun se relève plus courageux que jamais, plus fort après l'épreuve, et pour continuer son œuvre d'apôtre, c'est en Bretagne qu'il commencera sa nouvelle campagne catholique et sociale.

« Vive Albert de Mun!

« Nous l'avons vu à Landerneau fêté, acclamé par trois mille personnes venues de tous les coins du Finistère et des départements limitrophes : nous avons entendu ce général d'armée lancer à la jeunesse catholique un appel chaleureux pour la conquête de l'âme populaire, œuvre capitale et nécessaire du xix^ siècle, et des applaudissements enthousiastes accueillaient cette parole ardente, qui indique, en même temps

que le péril jir;iiuiiss;uil du socialisinc trompeur, les iij^nt'S g-énôralcs de la lutte futui'e.

« Pour renouveler connaissance avec leur ami (ju'ils savaient toujours le même, les fidèles de IM. de Mun l'avaient invité à un banquet fraternel donné en son homieur au Faouët, lundi dernier, dans le vaste et beau local de l'école chrétienne.

« Les communes des trois cantons avaient envoyé des délégués, et nous étions là })rès de deux cents à la porte de la Gourde récréation, lorscjue le noble comte a fait son entrée, toujours souriant et plus sympathique que jamais.

« Un enfant chrétien souhaite la bienvenue au bienfaiteur dévoué de l'enseignement catholicjue; le com|)liment est gentil, il est payé de retour par quelques paroles aimables et chaudes se terminant par une bonne pensée dont ces enfants, espoir de l'avenir, feront une bonne résolution : braves petits cœurs, souvenez -vous, et devenez comme vos pères des hommes de foi et de lutte pour la vérité, plus forts même que vos pères, car la bataille sera plus rude.

(.( On entre dans la salle, décorée avec goût et ornée des couleurs nationales : un banquet parfaitement compris et servi, que nous appellerons modeste pour ne pas olfenser la modestie des souscripteurs, nous témoigne que l'hospitalité bretonne a le cœur large.

« M. de Mun a devant lui M. le curé-doyen du Faouët, organisateur de la fête, à sa droite, M. le comte de Lescouët, maire de Gourin, et à sa gauche M. Quéré, conseiller d'arrondisse-^ ment de Guéméné, et ancien maire de Ploërdut, qui le regrette encore.

« Beaucoup d'amis se revoient, beaucoup de vieilles connaissances se retrouvent, et les conversations se mêlent et s'entrecroisent avec la plus franche cordialité.

ce Voici l'heure des toasts : M. le curé -doyen du Faouët se lève, il est visiblement sous le coup d'une profonde émotion, d'ailleurs bien partagée, et je vois à ma gauche un vieux patriarche s'essuyer furtivement les yeux; tout à l'heure il san-

glotf'rji -, biiivr |)('i(; à vcsU; hlitiiclic , (juc j(! vous embrasserais bien!

« L'ami de M. de Miiii b' l'cmci'cic (b- n'avoir ])as (b''S(;sp('*r('' d(! SOS ('bîctours, et d'avoir moiiliv, qu'il a toujours \v, co'ur ouvert à tous, même aux ég"arés. Jl lui promet (jue cette faute sera un jour ré|»arée d'uiut façon éclatante et lui demande de rester fidèle aux trois caillons ({ui attendront avec patience l'heure de Ja revanciie et de la réparation.

« On crie dans l'auditoire : « Oui, oui, nous le jurons! A^ive M. de Mun! » et les acclamations de tout ce monde })rouvent que c'est bien là rexj)ression d'un sentiment sincère, ([ue c'est là un serment solennel.

« M. de Mun a grand'peine à se contenir : il parle cependant, et sa parole, venant du cœur, telle qu'on la trouve après une grande soull'rance suj)portée en commun, remue toutes ces âmes, parole allectueuse, parole de pardon, parole haute et fière, telle qu'il convient à un chevalier chrétien qui ne se décourage pas d'une défaite due à la surprise, et qui accepte la lutte pour l'avenir avec les devoirs qu'elle comporte : il affirme qu'un lien indissoluble l'attache à ses amis, et les invite à })réparer par une organisation persévérante la victoire finale et vengeresse; il adresse un appel chaleureux aux jeunes, à qui appartient l'avenir, et il exhorte les mères chrétiennes qui sont venues en grand nombre à la fm de cette réunion de famille, à prendre part à l'œuvre commune par l'éducation solidement, énergiquement catholique, qu'elles doivent donner à leurs enfants.

« Des acclamations accueillent ce discours.

« Cependant il faut se séparer : une dernière acclamation retentit : « Vive M. de Mun ! » et tout le groupe de deux cents hommes, sans tapage, très calme, traverse le Faouët, entourant le vaillant ami qui reste leur honneur et leur espoir.

« On se serre les mains une dernière fois : M. de Mun embrasse M. le curé du Faouët et M. le comte de Lescouët, puis

monto dans sa voituir, <|iii s'chi-anlc aussitôt : tant (|n'('ll(' reste (Ml vue, on salue le voyageur, (jui réiioncl, très ému, et je suis sûr que là -bas on j)leure encoie.

« Kt maintenant le voici sur la route de Sainte -Anne d'Aul'ay, où il va demander à la honni» Mère force et courage pour continuer son apostolat, où il va la prier de ne jtas trop en vouloir à ses Bretons pour une délaillance momentanée. »

De Mun. — Diacouia ^ • — 11

LETTRE

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