DU COMITÉ CENTRAL DE LA LIGUE
Au mois de septembre 4893, avait eu lieu le premier congrès de la Ligue démocratique, nouvellement fondée jiar un groupe important de catholiques beiges.
M. de Mun avait adressé la lettre suivante à M. Hellei)utte,
membre de la chambre des représentants et président de la
Ligue.
46 octobre 4893.
Cher monsieur Helleputte ,
Vous savez déjà le regret très vif que j'ai éprouvé de n'avoir pu, au mois de septembre dernier, assister au congrès de la Ligue démocratique belge.
Je veux aujourd'hui vous en renouveler l'expression après avoir lu, avec autant d'attention que d'intérêt, les comptes rendus de cette assemblée qui a fait en Belgique une si forte impression, et dont l'écho a retenti profondément au dehors.
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C'est un fait (le la [)liis liante importance que le ^Monpemciil, en une fédération nationale et chrétienne, de cent vingt-cinq associations ouvrières, représentant cent mille travailleurs, et (lélei-minées à soutenii* un progrannne social commun.
L'initiative que vous avez jjrise, avec vos amis, en provoquant cette fédération , est pour tous un exemple fécond.
J'ai lu avec soin le résumé des débats, et j'en ai admiré la sagesse, non moins que l'esprit pratique.
Le spectacle offert par tous ces ouvriers exprimant, sans haine, leurs doléances et leurs besoins; revendiquant sans violence les réformes positives que réclame leur condition; opposant au collectivisme l'organisation professionnelle et corporative, à la passion révolutionnaire la force d'un mouvement pacifique dirigé par les principes chrétiens , cherchant enfin courageusement à développer, par l'étude et les institutions, leur éducation économique, un tel spectacle est fait pour éveiller toute la sympathie de ceux que préoccupe l'avenir social de notre temps.
La mienne vous est d'autant plus sûrement acquise que j'ai retrouvé avec une vive satisfaction, dans le programme arrêté par le congrès, les principaux articles de celui que je m'applique moi-même à défendre depuis tant d'années. Aussi est-ce du fond du cœur que je vous prie, cher monsieur Helleputte , d'agréer et de transmettre à vos amis mes félicitations et mes vœux les plus sincères, avec l'assurance de mes sentiments bien cordialement dévoués.
A. DE MUN
Le comité central de la lioue cliar^rea son |)résident d'adresser à M. de Miin la réponse suivante, que nous reproduisons à cause (\i' l'adliésion qu'elle renferme au pio^iamiuc de M. de
Mun.
[^onvaiu, le G novembre 1893.
Mon ciip:n monsieur de Mun,
Le comité central de la Lig-ue démocratique belge a tenu hier sa première séance depuis le cong-rès de septembre.
Je lui ai communiqué votre lettre du 10 octobre, et je viens m'acquitter de la mission dont il m'a chargé en vous remerciant, au nom de tous ses membres, des sentiments que vous avez bien voulu nous exprimer.
Aucun témoignage de symjiathie ne pouvait nous être plus précieux; vous êtes notre aîné dans la carrière, votre généreuse action nous a servi à tous d'exemple et de stinmlant, votre approbation nous arrive donc comme celle d'un maître , et nous en sommes aussi fiers que reconnaissants.
Ce qui nous réjouit surtout, c'est l'accord que vous marquez entre votre programme social et le nôtre. Il était dans nos désirs, nous sommes heureux de pouvoir vous dire qu'il est réalisé. Trois affirmations principales caractérisent les travaux de notre congrès :
La nécessité de reconstituer les groupes professionnels au sein d'un régime corporatif, approprié aux besoins de notre époque et embrassant toutes les fonctions sociales;
La nécessité d'une intervention législative pour sup})léer dans la mesure du possible à l'absence de ces organismes essentiels :
Enfin, la nécessité d'asseoir toutes nos institutions sur la base inébranlable de la vérité religieuse.
Le programme de la Ligue démocratique belge se résume en ces points fondamentaux. Il n'en est pas de plus conformes à nos traditions historrr|ues et à notre tempérament national.
Gardant à la question ouvrière la place (jui lui revient dans
l'ons(Mnl)lo Hf h\ (fuostion socinlo, il respecte les droits de loulcs les classes de \;\ sociôtr, donne; ;'i l'intervention de VVAid dans le rég-irne du travail son véritable caractère, se prête à une transformation progressive ct})aci(ique du réj^ime individualiste actuel , et tandis que le socialisme , avouant son impuissance à définir son idéal, se trouve réduit à n'Atre plus (ju'une négation, il se présente avec tout le prestige d'une doctrine positive nettement formulée , ayant subi réj)reuve du temps, seule capable de rendre au peuple le bonheur et la prospérité.
Il a encore, et ce n'est pas son moindre mérite, l'avantage d'avoir reçu l'approbation de la plus haute autorité qui soit au monde.
En le proposant, à Bruxelles, aux représentants de la démocratie catholique, nous n'avions pas oublié que, l'année dernière, après votre discours de Saint- Etienne, où, commentant les instructions du Saint-Siège, vous aviez affirmé ces mêmes idées, S. S. Léon XIII vous envoyait le précieux témoignage de son entière satisfaction en vous exhortant (( à poursuivre votre généreuse enti^eprise ».
En nous inspirant une fois de plus de votre exemple , nous avions donc l'assurance de rester fidèle à la pensée qui avait dicté au saint-père son immortelle encyclique sur la condition des ouvriers.
Telle est d'ailleurs l'influence de la parole pontificale. En faisant la lumière dans les intelligences, elle obtient l'union des cœurs et provoque l'accord des volontés. Il n'y a plus aujourd'hui de divergences sensibles entre les programmes de nos aniis dans les divers pays.
Ce fait est trop important pour n'être pas noté.
Aussi pouvons -nous espérer voir bientôt s'établir, active et féconde une entente internationale entre tous ceux qui veulent une réforme sociale et chrétienne et s'efforcent d'améliorer le sort des classes laborieuses.
Elle est la condition indispensable et le prélude nécessaire
lie cet accord ontro \o^ f^ouvcniemcnts, sniis IcmiucI dos (juostions inii>()rt;int(»s et nombreuses resteront sans solution au grand détriment des travailleurs.
Dieu veuille nous permettre d'y collaborer avec vous et de voir la connmmauté de nos sentiments se traduire; dans une non moins complète connnunauté d'action |»uur le jjIus jj-rrfnd bien de nos amis les ouvriers, pour le triomphe de l'Eglise et le salut de la société. C'est le désir le i)lus ardent des membres du comité central de la Ligue démocratifjue belge, auxquels s'associe de tout son cœur
Votre tout dévoué
Helleputte.