LE 23 NOVEMBRE
M. Hippolyte André, maître de forges à Gouzances (Marne], et lun des plus dévoués propagateurs de l'Œuvre des cercles catholiques , dont il avait plus que personne contribué , avec M. Léon Harmel, à répandre les idées dans la grande industrie, mourut à Paris au mois de novembre i891.
Les obsèques eurent lieu à l'église Sainte -Glotilde, à Paris; sur le péristyle de l'église, avant que le cercueil ne partît pour Gouzances, M. de Mun prononça l'allocution suivante :
Messieurs ,
Avant que le corps d'Hippolyte André ne soit emporté loin de nous, pour aller reposer à Gouzances, j'ai le devoir, au nom de l'Œuvre des Cercles catholiques, d'adresser un dernier adieu à celui qui fut pendant quinze ans , pour beaucoup d'entre nous , pour moi en particulier, un ami fidèle et dévoué, un conseiller tou-
jours écouté; pour tous un confrère aimé, un collaborateur assidu; par- dessus tout un exemple constant. Je n'ai pas à louer devant vous ses vertus privées : chacun de nous a connu la fermeté de sa foi , la bonté de son cœur, la droiture et Talfabilité de son caractère. Mais ce que je veux, ce que je dois dire hautement, c'est qu'il fut un des premiers, un des plus méritants parmi les industriels français dont la généreuse initiative donna le signal de cette organisation chrétienne des usines et des ateliers qui a pris dans notre pays un si large développement, et qui apparaît au milieu des divisions sociales de notre temps comme la grande et pacifique espérance de l'avenir. Aussitôt qu'à l'appel de Léon Harmel le cœur de notre ami eut été saisi par cette œuvre de salut, il s'y donna tout entier, et il y apporta dès le premier moment la plus grande de toutes les forces, celle de l'exemple, en établissant luimême dans, sa propre usine les institutions sociales et économiques à l'abri desquelles la paix devait régner désormais entre le patron et ses ouvriers.
Ce n'était pas assez pour son zèle. Ayant donné l'exemple, il voulut le propager; et c'est ainsi qu'il devint le président de cette commission industrielle des Cercles catholiques, qui fut sous sa persévérante direction le foyer des études et des œuvres sociales dont l'influence a si profondément pénétré le monde du travail. C'est là qu'est le titre impérissable d'Hippolyte André à la reconnaissance des patrons et des ouvriers, à celle de tous les catholiques. Il a eu, il aura encore des imitateurs, qui , plus heureux que lui , verront peut-être le complet épanouissement de ce grand mouvement de réforme sociale. Mais il gardera le sin-
gulier honneur d'avoir été l'un de ses plus fervents initiateurs, et la modestie même dans laquelle il enfermait son action en accroîtra le prix aux yeux de tous ceux qui voudront marcher sur ses traces. Pour nous qu'il a aidés, qu'il a soutenus de son exemple et de son autorité, à travers toutes les contradictions et toutes les difficultés, avec un mérite d'autant plus grand qu'il y était lui-même plus exposé qu'aucun autre, nous ne saurions offrir à sa mémoire un trop large tribut de gratitude.
Que ses enfants , que toute sa famille veuillent bien chercher dans ce témoignage public des sentiments que nous éprouvons tous quelque adoucissement à leur douleur. Elle n'a sans doute de refuge assuré que dans la foi chrétienne dont leurs cœurs sont pénétrés. Ils trouveront cependant une consolation dans la pensée du bien que celui dont ils pleurent la perte a accompli sur la terre, et des œuvres au milieu desquelles la mort est venue le surprendre. Atteint par les épreuves, frappé par la maladie, il est resté jusqu'au dernier jour fidèle au poste où l'a trouvé l'appel du divin Maître. Dieu, j'en ai la ferme confiance, recevra dans son sein ce bon serviteur, et, s'il en est besoin, nos ferventes prières, unies à celles de tous les siens, hâteront l'heure où il entrera dans la paix éternelle, pendant que lui-même continuera son œuvre, en attirant sur nos travaux la grâce qui peut seule les féconder.
PRONONCE