‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 3)Chapitre 3 sur 25 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

Le R. P. Goubé, de la Compagnie de Jésus, ayant proposé pour le mois de juin 1900, et à Toccasion de l'ouverture du xx*^ siècle , l'organisation d'un grand pèlerinage d'hommes de toutes les nations à Paray-le-Monial, M. de Mun lui adressa la lettre suivante :

Paris, 5 décembre 1899.

Mon révérend et rien cher Père ,

Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu me réserver une place dans le comité qui s'organise pour le pèlerinage international de Paray-le-Monial en 1900, et je n'ai pas besoin de vous dire que je l'accepte de grand cœur.

C'est un honneur et un devoir pour moi de l'occu-

per, heureux si je puis ainsi contribuer en quelque manière à favoriser l'accomplissement d'un si vaste dessein.

Car c'est vraiment une grande et féconde pensée d'appeler les catholiques du monde entier à célébrer l'ouverture du siècle nouveau en envoyant leurs députés aux lieux à jamais illustres où Notre-Seigneur apparut à Marguerite -Marie.

De tous les points du globe des hommes vont venir, délégués en foule par des milliers de leurs concitoyens, vers le sanctuaire auguste, pour y proclamer en toutes les langues, mais avec la même foi, leur amour envers le Cœur sacré de Jésus.

Cette dévotion, que le naturalisme dans son orgueil et l'impiété dans sa révolte voudraient, pour la mieux combattre, présenter comme une superstition nouvelle et le dernier effort d'une religion épuisée, Léon XIII, le pape dont nul ne conteste le grand et large esprit, en a, par une spéciale consécration, fait la sauvegarde de tout l'univers.

Et voici qu'à sa voix, approuvés et bénis par tous les évéques , des chrétiens vont accourir des extrémités de la terre pour confesser que le culte du Sacré- Cœur appartient depuis vingt siècles à leur patrimoine, étant né, au pied du Calvaire, du sang versé pour le salut des hommes par le Cœur divin transpercé.

Les martyrs l'ont attesté en pressant de leurs lèvres le côté blessé du Sauveur, pour y puiser le courage des tourments et de la mort. Après eux les plus illustres docteurs l'ont répété, et à leur tête saint Augustin, saint Bernard et saint Bonaventure : et

c'est cette tradition, vingt fois séculaire, que l'Eglise affirme encore aujourd'hui par la bouche de ses pontifes et de ses fidèles ; c'est à elle que les pèlerins de Paray-le-Monial rendront témoignage dans un public et unanime acte de foi.

Spectacle grandiose entre tous, qui, après deux siècles écoulés, révélera dans une subite explosion le long travail accompli dans les âmes, depuis le jour où, voyant l'Église et le monde ébranlés déjà par la Réforme, bientôt menacés par la philosophie rationaliste, Dieu voulut envoyer son Fils pour ranimer sur la terre, par sa directe intervention, le feu sacré de son amour.

Ainsi, dans nos temps troublés par la négation matérialiste, la puissance et la fécondité de la vie surnaturelle vont éclater avec une force nouvelle et imprévue ; comme l'acclamation d'une troupe altérée salue la rivière prochaine, du sein des nations ravagées par l'égoïsme, en leur marche pressée, une clameur va s'élever, d'espoir et d'enthousiasme , vers la source éternelle de la charité, de la justice et du dévouement.

Une telle manifestation sera, n'en doutons pas, sans parler des grâces individuelles répandues à profusion, un acte social d'une incalculable portée.

Quelle magnifique réponse, en effet, à ceux qui s'en vont répétant que la foi se meurt et disparaît, chassée par la raison émancipée, des esprits et des cœurs! Quelle singulière revanche du siècle qui commence sur celui qui finit, et dont l'incrédulité victorieuse entoura le berceau avec une si confiante espérance !

Il était juste assurément que la France eût l'initiative d'une si grande œuvre, puisque c'est elle, terre prédestinée, si souvent sanctifiée par le miracle, qui reçut l'honneur de la visite divine et le dépôt sacré des promesses d'amour. Seule, entre les peuples, elle pouvait leur donner co glorieux rendez -vous : c'est la marque de la grandeur et le gage de ses providentielles destinées.

D'ailleurs, puisque tant de visiteurs viendront chez elle dans quelques mois^ contempler les victoires de l'homme sur la matière et les triomphes de la science, du travail et de l'intelligence, sans doute aussi chercher l'attraitdes joies bruyantes et des plaisirs faciles, il était bon qu'en même temps, conviés à d'autres pensées, ils pussent admirer à Paray-le-Monial la victoire surnaturelle de Dieu et, dans la paix d'un humble monastère, le triomphe de la foi, de la pénitence et de la prière.

Soyez donc mille fois remercié, mon Révérend Père, vous et vos collaborateurs, de votre belle pensée, et comptez qu'elle n'aura pas de propagateur plus zélé que votre bien respectueusement dévoué ,

A. DE MUN

Ce grand pèlerinage compta plus de sept mille hommes; il eut lieu le 22 juin 1900.

* L'Exposition internationale universelle de 1900 s'ouvrit le 15 avril.

LA

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