‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 3)Chapitre 8 sur 25 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Les fondateurs de la chapelle de Notre-Dame de Consolation, érigée, en mémoire des victimes de l'incendie du Bazar de la Charité, sur le lieu de la castastrophe , voulurent, le jour même de son inauguration, publier un écrit commémoratif. Ils prièrent M. de Mun de le composer et M. François Coppée d'y ajouter quelques strophes. Une brochure spéciale réunit les deux œuvres. Celle de M. de Mun parut, en outre, dans le Correspondant du 25 avril 1900.

Trois ans ont passé depuis l'horrible soir où, dans la paix souriante d'un ciel de printemps, monta tout à coup la clameur tragique. Trois ans! pour nous qui avons vu, ce n'est qu'un jour; pour l'enfance d'hier, déjà la jeunesse, c'est presque un siècle, et la génération qui nous presse ne saura bientôt plus, de la date funèbre, que le récit bref et confus d'une catastrophe lointaine.

Cet effacement des grands deuils, sous les pas du loîiTips inexorable, semble cruel aux survivants; car pour eux, au contraire, l'âge enferme chaque année plus profondément dans les souvenirs leur pensée dépouillée du lendemain.

Il faut cependant l'accepter sans surprise et sans plainte. La vie ne s'arrête jamais; elle fait tous les jours son œuvre de perpétuelle résurrection, roulant son flot intarissable entre la douleur et la mort assises sur ses rives. Ni les souffrances privées, ni les malheurs publics ne sauraient marquer d'une ineffaçable trace ceux que n'a point touchés leur rude et décisive empreinte.

C'est pourquoi il est juste que des monuments durables conservent la mémoire des grands coups par où Dieu montre sa puissance, afin d'en fixer dans les âmes, ne fût-ce que d'un regard et pour un moment, la salutaire émotion.

Quand, d'ailleurs, la mort s'est abattue d'un si formidable vol, la terre qu'a frappée son aile paraît une terre sacrée, et l'esprit se refuse à penser que le mouvement des choses banales ou frivoles puisse y renaître jamais.

Au lendemain du 4 mai 1897, nul, semblait -il, ne devait fouler désormais ces lieux funestes que, seules, oseraient habiter la prière et la pitié; et, d'avance, le vers du poète venait aux lèvres :

Malheur à qui des morts profane la poussière * !

C'était l'instinct généreux des cœurs bouleversés et * Lamartine, Méditations. Le temple.

le désir du vénérable archevêque de Paris, comme des familles atteintes par l'irrémédiable désastre.

L'entreprise 5 hélas! était au-dessus des moyens humains. La mort avait, dans un geste trop large, dessiné son royaume d'un soir. Il fallut renoncer à l'occuper après elle et n'en dérober qu'une part à l'inévitable oubli.

Le sacrifice fut grand pour ceux qui laissaient là un lambeau de leur vie; le regret fut profond pour ceux dont l'intime compassion s'unissait à leurs vœux. Mais c'était la nécessité : dès le premier pas apparut, dans l'effort de la commémoration, l'impossibilité d'égaler le deuil à la douleur.

Ainsi fut résolue, au lieu du grand édifice couvrant de son ombre, dans un vaste et funèbre enclos, toute l'étendue du terrain sanctifié, la construction d'une petite chapelle abritant seulement ce que les ressources disponibles permettaient d'en sauver.

Je ne connaissais point cette chapelle, aujourd'hui presque achevée. La touchante invitation de ceux qui m'ont demandé ces lignes m'y conduisit, il y a quelques jours.

J'y fus, le cœur serré. J'en suis revenu, malgré l'horreur des souvenirs, l'âme remplie d'une très douce émotion, comme reposée par une impression pacifique, je dirais presque joyeuse, si un tel mot ne devait ici paraître trop étrange.

C'est par la crypte que je suis entré. Et, tout de suite, comme un flot sous l'obscurité des voûtes, la fatale vision a jailli devant mes yeux.

Là, sur le sol, elles s'entassèrent dans l'irréparable chute, avec des cris affreux, tout à coup changés en

un plus alTreux silence par rétouffement du voile de feu. Là les plus heureuses, déjà blessées par la flamme, s'échappèrent vers la vie par un couloir étroit, pendant que les autres retombaient, poursuivies, atteintes, dévorées par le brasier mouvant. Là montèrent à Dieu les sacrifices héroïques et la prière suprême des infortunées qui, se voyant perdues, s'offraient dans une résignation tragique. Là enfin, à cette place, une princesse royale, debout devant le rideau brûlant qui marchait sur elle, regardait passer l'inexprimable tourbillon, et, la tête levée, à celle qui lui criait : « Madame, vite, par ici! » jetait, immobile, cette parole de soldat : ce Non, je reste la dernière. »

Puis, quand tout, en quelques minutes, fut consommé, pour ceux du dehors commença le calvaire sans fm. J'ai tout revu, d'un regard de l'âme : le monceau fumant des débris effondrés et des restes sans nom , la course folle des parents et des amis, les visages convulsés, les questions horribles avec des appels étranglés, les réponses plus horribles avec des silences poignants, et le beau soir de mai, tranquille €t lumineux, rayonnant sur ce carnage, v

La nuit descend sereine et pure. Et voilà sur les dalles, dans ce palais encore debout*, comme réservé pour cette dernière et sinistre exposition, le hideux examen à la lueur des torches tremblantes, l'épouvante des recherches fiévreuses, le désespoir des certitudes, l'effroi des incertitudes; voilà, dans les quar-

' Le palais de l'Industrie, aux Champs-Elysées, détruit l'année suivante, où furent déposés les corps des victimes.

tiers habités par les riches, hélas! par les heureux, les portes assiégées :

« Est- elle rentrée? »

Et quand c'est non, le retour éperdu vers le terrain maudit! Et plus tard, dans la maison, quel drame ignoré, quand on la rapporte, reconnue à quelque détail familier, dans un pauvre cercueil de bois blanc requis à la hâte par la police, elle, cette mère, cette sœur incomparables, cette épouse parfaite, cette fille adorée, si belle, si joyeuse le matin, ayant mis des vêtements de fête qui la paraient pour la mort! Il y en eut ainsi jusqu'à cent vingt...

Le lendemain fut une journée radieuse : le soleil triomphant versait à flots l'universelle renaissance de la vie sur la cité frappée de terreur, un moment rassemblée dans l'élan d'une commune pitié, dont le cri douloureux se répétait à travers le monde !

Maintenant je songeais, courbé dans ce caveau, à ce qu'elles étaient, ces victimes de la plus horrible des morts ; je les appelais par leur nom , je les voyais accomplissant leur tâche auguste : et j'entendais la fausse sagesse , avec sa légèreté présomptueuse, prompte à murmurer, au spectacle de cette ruine :

(( Pourquoi ces bazars, et ces boutiques, et cette ostentation, au lieu de la charité vraie, modeste et cachée? Pourquoi cette mise en scène, oîi la bienfaisance spécule sur les toilettes, sur la mode et sur le bruit? »

Ainsi se scandalisèrent les pharisiens de tous les temps.

Vous tous, amis, compagnons de labeurs , vous êtes

ici les témoins que j'invoque : il faut répondre pour glorifier nos mortes!

Au théâtre ou dans les romans frivoles, la dame patronnesse est une mondaine dont on s'égaye et qui cherche dans les bonnes œuvres un moyen de gagner la faveur des salons bien pensants : celle-là, s'il y en a, peut sans doute paraître à une vente de charité; mais ce n'est pas elle qui l'organise, qui la dirige et la fait réussir.

La véritable dame patronnesse, c'est cette femme admirable qui s'est d'abord attachée, par ce qu'il y a de plus aimant dans son cœur, à la souffrance, à la misère, à l'infortune : celle-ci aux poitrinaires, celle-là aux cancéreux; l'une aux ouvriers, aux ouvrières, aux apprentis ; l'autre aux hôpitaux, aux prisons, aux pauvres des campagnes. Elle s'est donnée, elle ne se reprendra plus; elle visite ses clients, elle panse les malades, elle monte dans les mansardes, elle s'épuise en démarches, elle procure des places, elle se charge des loyers, elle obtient des lits d'hôpital. Pour cela il faut de l'argent : elle vide sa bourse, elle quête, elle mendie. Depuis quinze ans les anciennes méthodes sont devenues insuffisantes; livrées à elles-mêmes, les œuvres, chaque jour plus nombreuses, ne trouvent plus de quoi vivre. Ici comme ailleurs, l'association est la condition de la force. On s'unira donc, on s'entr'aidera; on mettra en commun ses relations, ses amis, ses parents : pendant toute une semaine, il y aura dans Paris un lieu, connu de tous, où la charité appellera, bon gré mal gré, à lui payer tribut, ceux qui l'entendront ; et bien peu pourront ne pas l'entendre, car elle criera très haut. Bon gré mal gré,

oui : les uns le feront volontiers , les autres à contrecœur; les uns par devoir de conscience, les autres par obligation de société; certains par orgueil. Il faut les décider tous : les malheureux attendent, et, pour eux, il n'y a jamais trop. C'est pourquoi on inventera des attractions, on vendra des objets jolis, utiles, modestes, luxueux, on les vendra très cher, ou bien très bon marché, suivant la tactique de chacune et ce qu'elle sait de sa clientèle; c'est pourquoi aussi la mode s'en mêlera, et la toilette, et la grâce, et l'élégance : car on veut que tout le monde vienne, et il en est qui ne viendront qu'à ce prix. Le Bazar de la Charité est sorti de là et de l'intelligente initiative de quelques hommes de dévouement : il a duré douze ans. La première année, les frais payés, il a rapporté aux œuvres 123915 francs; la douzième année, il en a rapporté 917025! Dans les douze ans, il a produit 7 339582 francs.

Mais ces merveilles, qui les a rendues possibles? Elle encore, la dame patronnesse! Pendant des mois elle a travaillé , tout préparé , recruté ses vendeuses ; elle a écrit des lettres, multiplié les visites; elle a prié, supplié ses amies de paraître à sa vente, seulement un jour, et d'y inviter ceux qu'elles reçoivent, qui sont leurs familiers et qui ne peuvent leur refuser une si facile politesse; elle a pris chacun, quand il l'a fallu, par son faible; elle a même peut-être, — Dieu lui pardonne! — flatté quelque vanité. Et puis, elle a garni son comptoir, elle l'a décoré, elle a obtenu des marchands ou des fabricants quelques objets donnés, elle en a payé qu'on revendra plus cher; elle s'est épuisée à cette besogne, rebutée par

les uns, (iélaissée par les autres, maudite par ceux qu'elle ennuie, et portant chaque matin au pied de la croix le fardeau de sa peine journalière! Que les pharisiens se scandalisent! Le Maître est content d'elle.

Enfin le jour est venu : la dame patronnesse est à son poste, commerçante inialigable ; elles sont là deux ou trois dans l'étroite boutique, elles y resteront tout le jour et pendant une semaine, malgré la chaleur étouffante, l'une tenant les livres, l'autre offrant la marchandise, celle-ci allant chez la voisine pour acheter quelque objet afin qu'on lui rende la pareille, celle-là organisant une loterie, plaçant des billets, et, à bout de forces, riant, causant encore, pour mettre de l'entrain... Dites, si, dans son industrieuse charité, elle a éveillé quelque orgueil frivole, compté sur quelque attrait mondain, dites, la croyez -vous bien coupable?

0 mon Dieu ! vous qui la voyez à l'œuvre, qui savez ce qu'elle a fait et pourquoi elle le fait, vous qui jugez les cœurs, n'est-ce pas que vous l'absolvez? Et vous, pauvres du Christ, malades, infirmes, miséreux, qui traînez vos douleurs, qui peinez à la tâche, là-bas, dans vos taudis, sur vos grabats, dans vos ateliers et sur vos sillons, ah ! vous ignorez ce qu'on fait ici pour vous! Mais vos anges gardiens sont accourus; ils sont là, rangés autour de ces comptoirs, les mains jointes et les ailes pliées, admirant dans sa beauté leur sœur, la charité, comptant ce qu'elle vous rapporte, mais plus encore ce qu'elle leur coûte, à elles, vos dames patron nesses , et prêts tout à l'heure à retourner près du trône de Dieu pour lui dire ce qu'ils ont vu.

Ce soir-là, quand ils s'envolèrent, ils emportaient leurs âmes, âmes de mères et de veuves, âmes de jeunes filles et de jeunes mariées, âmes de servantes et de religieuses : la vôtre, pauvre enfant, qui écriviez à dix- huit ans, sur votre carnet de résolutions : a. Je veux faire, ô Jésus, tout pour vous, par vous, et toujours mieux..., afin que vous puissiez vous servir de moi comme de votre victime ! » la vôtre. Madame, qui disiez chaque jour cette prière : (c 0 Jésus! dans l'incertitude où je suis si j'aurai l'esprit libre lorsque je sortirai de ce monde, je vous offre dès ce moment mon agonie et toutes les souffrances de ma mort! » la vôtre aussi, vous qui, ayant oublié votre chapelet, quittiez un moment votre comptoir pour l'aller prendre chez vous, et rentriez à quatre heures, en le récitant, dans cette salle où déjà s'ouvrait votre tombeau!

Quelle moisson, grand Dieu! et quel triomphe lorsque toutes, l'horrible pas franchi, arrivèrent devant vous ! Était-ce donc pour les recevoir que vous aviez ce soir- là tendu sur votre ciel une si éclatante parure?

Mais ne saviez- vous pas qui elles étaient, quel bien elles faisaient, quelle place elles tenaient dans leurs œuvres et à leur foyer? Qui les remplacera? Et pourquoi les avez- vous condamnées, dans l'instant même qu'elles vous servaient, à une mort si affreuse? Pourquoi? C'est la parole audacieuse du prophète des Lamentations : ce Voyez, Seigneur, et considérez qui vous avez vendangé ainsi ' ! »

* Jérémie, Lamentations, c. ii, v. 20.

Mystère redoutable où se perd la raison, et qu'elle est par elle-même impuissante à résoudre!

Mystère poignant, qui se dresse, inévitable, dans toutes les catastrophes, étreignant de cette angoisse qui fut la nôtre les malheureuses accourues près de la mine, après un coup de grisou, pour voir remonter les corps défigurés du mari, des frères ou du fils, indispensables soutiens de leur pauvreté, et les femmes de Bretagne mandées un soir au bureau du commissaire de marine, pour y apprendre le naufrage où a péri celui qu'elles attendaient depuis de longs mois et qu'elles ne verront plus!

Insondable question de la souffrance, dont s'exaspère l'inexorable cruauté, si, pour y répondre, celui qu'elle torture ne sait invoquer que le hasard ou la fatalité, réduit à les maudire, en subissant leur aveugle puissance! La stérile consolation des paroles humaines essaye en vain d'apaiser son tourment : l'instinct secret de l'au delà le presse malgré lui, et, derrière ce voile impénétrable, son cœur meurtri aspire à découvrir le pourquoi qui échappe à sa raison. Dans sa détresse il a besoin d'espérer, et pour espérer il faut qu'il croie.

C'est ici vraiment la victoire de Dieu ; car il ne marque pas seulement son empire par les coups qu'il lui plaît de frapper, mais par l'irrésistible aveu, qu'il arrache aux âmes brisées, de leur orgueil vaincu, en les précipitant dans la Foi comme dans l'unique recours contre l'inexplicable.

Bossuet, ayant montré que a l'obscurité de la foi et la netteté de la vue » sont incompatibles : « Écoutez, mes frères, dit- il, voici le mystère du christia-

nisme. Dieu a partagé entre la vie présente et la vie future : l'évidence dans la patrie, la foi et la soumission durant le voyage. Au jour, la vérité sera découverte; en attendant, pour s'y préparer, il faut que l'autorité soit révérée : le dernier fera le mérite, et l'autre est réservé pour la récompense ^ »

L'esprit tout occupé de ces pensées, je montai, suivant mes guides, de la crypte à la chapelle supérieure,

Tant qu'enfin j'aperçus les belles choses Que porte le ciel -\

Ce fut comme la réponse étincelante au trouble et aux méditations de mon âme.

Ici, plus de deuil ni de ténèbres, mais la gloire et la lumière. Dans l'ordonnance du lieu saint, dans la richesse de ses ornements, dans les vêtements de marbre qui en recouvrent les murs, jusque dans le mouvement des images funèbres, éclatent l'espérance et la vie.

Au fond, s'élevant très haut dans l'abside et la remplissant de sa beauté, la Vierge se dresse dans un rayon d'or, et il semble qu'elle dise :

(( 0 vous qui souffrez, regardez-moi ! Ma douleur et ma souffrance ont surpassé les vôtres! J'ai suivi pas à pas jusqu'à la mort, et quelle mort! mon Fils traîné dans l'ignominie; et pourtant j'étais pure entre toutes les femmes, et Lui, c'était le Juste par excellence! Vit- on jamais obscurité plus cruelle et mystère plus

* Bossuet, Carême des Minimes, sermon pour le II^ Dimanche. 2 Dante, l'Enfer, chant XXXIY.

inhumain? Cependant j'ai cru sans fléchir, j'ai accepté sans murmure, et voici que je suis à jamais consolée, dans la gloire de mon Fils! »

Alors, de cette chapelle souterraine, de ceLLe terre où elles sont tomhées, s'élève, en un chœur inattendu, le chant des mortes aimées, qui répond à la Vierge, paisible et joyeux, et, toujours grandissant, fait taire peu à peu l'écho lointain des lugubres clameurs.

Les souvenirs ont fui des corps calcinés et des restes lamentables : il n'y a plus rien que les formes légères qui montent vers la haute coupole, dans une musique très douce, sous le regard de Marie.

Des chrétiens seuls pouvaient concevoir cette apothéose de la douleur. Je ne savais, tandis que j'en recevais l'émouvante et profonde impression, qui je devais le plus admirer : du jeune et brillant architecte dont l'art, si bien secondé par la peinture et la sculpture, l'a traduite avec tant de vérité, ou de ceux qui me l'expliquaient dans la touchante simplicité de leur âme, tous deux pourtant frappés par l'horrible désastre.

c( Nous n'avons voulu, disaient -ils, exprimer en ce monument que la consolation et la foi. »

Derrière la chapelle , le reste du terrain forme un jardin modeste environné d'un couvent, où s'abriteront des religieuses perpétuellement occupées à la prière et à la charité, gardiennes toujours présentes des souvenirs qui vivront en ces lieux. Un cloître s'ouvre tout autour, où, sous les stations d'un chemin de croix, chacune des familles a placé le mémorial de celles qu'elle a perdues. Ici même, malgré la solennité de ces tristes tableaux, c'est le repos qui règne

et la douceur; quand, dans les soirs de mai, on y viendra prier, et qu'au-dessus du petit cloître un coin de ciel bleu versera sa lumière sur le morceau de terre sacré par le martyre, le contraste violent du premier jour n'offensera plus le cœur et la pensée ; il n'y aura sur la terre comme au ciel que la paix et l'espérance.

Je songeais dans cette contemplation à la vertu du christianisme, aussi vieille que son histoire, et comment, partout, il sait transfigurer la mort.

Ainsi les corps enflammés des martyrs de Néron fécondaient pour la gloire la terre vaticane, et le pèlerin qui la foule aujourd'hui oublie, dans la splendeur du triomphe, l'horreur du supplice.

L'Église, avec la superbe poésie de la religion qu'elle enseigne, garde à ses enfants ces joies surnaturelles et ces incomparables émotions.

Ma visite était finie, il fallait sortir. Le dôme extérieur complète la vision de la haute coupole. La A^ierge reparaît, portant dans les airs sa rayonnante image, et sur le portique on lit cette inscription :

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