NE VOUS ATTRISTEZ PAS COMME CEUX
QUI n'ont pas d'espérance ^
J'ai vu, dans la lande d'Auray, le temple de granit, froid et nu, élevé sur le lieu funeste où périrent les soldats de Quiberon : il est là, dans un enclos solitaire, bordé de sapins où soupire le vent, près d'un marais
1 I Thess., IV, 12.
tragique que percent par endroits, à travers les grandes herbes, des rochers gris; sous le ciel bas, le silence est profond. Au fronton du temple désert sont écrits ces seuls mots : « Hic ceciderunt. — Ici ils tombèrent. »
Le cœur, oppressé par la mélancolie, en demeure accablé.
Dans cette rue, où s'écoule la banalité de la vie quotidienne, le cadre, au contraire, fait défaut au monument. Rien ne parle à l'imagination : il faut savoir. Mais, pour qui sait, il n'est pas de leçon plus consolante que celle du verset gravé sur cette porte.
Quand le temps aura passé, quand les survivants auront disparu, il arrivera quelquefois qu'un passant s'arrêtera et demandera pourquoi cette chapelle. On lui dira l'horrible histoire et que là elles sont tombées : Hic cecideru7it.
On lui dira que ceux qui bâtirent le monument perdirent en ce lieu, et d'une mort terrible, des mères, des épouses, des soeurs et des filles. Puis on lui fera lire la fortifiante inscription : il s'informera quels étaient ces hommes dont la pensée suprême fut, dans un si grand deuil, d'interdire aux visiteurs la tristesse désolée : on lui répondra que c'étaient des chrétiens.
Ainsi, les victimes du 4 mai 1897 recevront le plus beau des hommages. Car la pierre qui gardera leur souvenir sera du même coup, pour les âges futurs, un perpétuel acte de foi.