III. - l
M. DE LA RoCHETTE, s' adressant à la gauche. Ce sont vos journaux qui le disent !
M. LE COMTE Albert de Mun. Vous n'avez encore trouvé pour la prévenir que des procès d'opinion , et vous n'avez encore rien essayé pour guérir les maux qui l'engendrent.
Vous êtes trop faibles pour vous défendre, trop faibles pour vous guérir; et, suspendus dans un équilibre d'un moment, debout sur des majorités prêtes à s'écrouler, vous n'inspirez confiance ni aux radicaux ni aux conservateurs. {Applaudissements à droite.)
Voilà où vous en êtes. Et vous nous accusez, vous accusez les princes et les partis ! Vous nous accusez de conspirer ! Mais c'est vous qui conspirez contre vous-mêmes. {Nouveaux applaudissements à droite.)
Vous nous reprochez de ne pas rester dans le silence ! Mais si nous nous taisions , nous m^anquerions à notre conscience et au mandat que nous ont donné nos électeurs! Oui, nous avons parlé au pays; oui, nous avons fait appel à l'opinion contre vous ; nous lui avons dénoncé les fautes et les périls, nous l'avons fait dans la plénitude de notre droit, appuyés sur la clause de revision , sur les lois que vous avez faites , sur les libertés que vous nous avez promises. Qu'avezvous à nous reprocher? {Assentiment à droite.)
Vous cherchez des conspirateurs? Vous n'en trouverez pas , mais vous trouverez des hommes déterminés à ne pas désespérer de leur pays... {Approbation à droite), des hommes qui, dans leur indépendance de citoyens, continueront à faire ce qu'ils regardent comme l'accomphssement d'un grand devoir i)atriotique.
Messieurs, laissez-moi vous le répéter, et c'est par là que je vais finir.
Il ne faut pas donner le change , il ne faut pas parler ici d'agitation factice, il ne faut pas évoquer des conspirations imaginaires : il faut répondre nettement. Je vous ai dit que vos lois de proscription n'étaient pas justifiées par les événements , qu'elles étaient injustes en elles-mêmes, qu'elles étaient un péril pour tous les citoyens; je vous ai dit qu'elles étaient inefficaces, qu'elles étaient en contradiction avec tous vos principes républicains.
J'attendrai vos réponses. La question qui se pose ici est parfaitement simple : elle peut se juger dans un moment, au pied de cette tribune, quand on vous présentera les urnes du scrutin; M. Clemenceau l'a formulée hier avec une netteté saisissante : il s'agit de savoir si, dans cette Assemblée, il y a une majorité pour la liberté ou une majorité pour l'oppression. {Applaudissements prolongés à droite. - L'orateur, en retournant à sa place, est félicité par ses collègues de la droite.)
La discussion dura trois jours; elle fut longue et orageuse. Épuisé par les émotions, M. Fallières, chargé du double fardeau de rintérieur et de la présidence du conseil, eut une syncope à la tribune ; il fallut suspendre la séance et la remettre au lendemain, où la fin du discours ministériel fut lue par un sous- secrétaire d'État. Enfin, le l*^"- février, à la fin d'une séance tumultueuse qui ne fut levée qu'à minuit, 358 voix contre 142 adoptèrent le projet de la commission, qui enlevait « tout droit politique, toute fonction civile ou militaire aux membres des familles ayant régné sur la
France », et qui les livrait à Parbitraire du gouvernement, investi du droit de les expulser par décret.
Le Sénat modifia profondément la loi votée par la Chambre, en adoptant, le 12 février, par 158 voix contre 121 , l'amendement présenté par MM. Waddington et Léon Say, qui condamnait au bannissement toute personne « faisant publiquement acte de prétendant ».
La Chambre refusa d'accepter le texte voté par le Sénat (15 février) et maintint son premier vote. Le Sénat, à son tour, dans la séance du 17 février, repoussa toutes les propositions d'expulsion.
Sur ces entrefaites, M. Jules Ferry assuma la lourde tâche de composer un ministère. Il y réussit en quelques jours, ayant laissé le portefeuille de la guerre à M. le général Thibaudin et confié celui de la marine à M. Charles Brun, sénateur du Var.
Le premier acte du nouveau cabinet fut une satisfaction donnée aux passions qui venaient de se manifester si violemment. Sur la proposition du général Thibaudin, un décret du Président de la République, en date du 23 février 1883, mettait en non -activité, par retrait d'emploi, M. le duc d'Aumale, général de division en disponibilité, M. le duc de Chartres, colonel du 12° régiment de chasseurs, et M. le duc d'Alençon, capitaine au 12e régiment d'artillerie.
INTERPELLATION