‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 4)Chapitre 25 sur 37 · AU PANTHÉON · texte numérisé non relu

AU PANTHÉON

(Discours prononcés à la Charabro des députés les 23 et 28 mai 1885.)

Victor Hugo était mort le 22 mai 1885. A Touvertiire de la séance du lendemain , le gouvernement déposa un projet de loi ainsi conçu :

Article l^''. — Des funérailles nationales seront faites à Victor Hugo.

Article 2. — Un crédit extraordinaire de 20000 francs est ouvert à cet effet au budget du ministère de l'intérieur, exercice 1885 (chapitre 62 : Funérailles de Victor Hugo).

Il sera pourvu à cette dépense au moyen des ressources générales du budget ordinaire de Texercice 1885.

La discussion eut lieu immédiatement, et le projet fut voté par 408 voix contre 3, la droite presque tout entière s'étant abstenue. Aussitôt M. Anatole de la Forge, député de Paris, s'élança à la tribune, et au nom d'un certain nombre de membres de l'extrême gauche, y lut une nouvelle proposition aux termes de laquelle Victor Hugo devait être transporté au Panthéon, « rendu à sa destination primitive et légale. » Un grand tumulte suivit cette proposition : ses auteurs, après avoir obtenu l'urgence, demandèrent la discussion immédiate; le ministre de Tintérieur, embarrassé, objecta qu'il y

avait lieu d'attendre Tavis de la famille et des amis de Victor Hugo. Au milieu de Pagitation de rassemblée, M. Anatole de la Forge répliqua par ces mots : « L'opinion de la famille, c'est celle de la France entière : c'est au nom du pays tout entier que j'ai demandé la discussion immédiate. »

M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, j'apporte ici une très courte parole de vive et douloureuse protestation.

M. Anatole de la Forge, pour obtenir la discussion immédiate de sa proposition, vient de dire qu'elle répondait au sentiment de la France tout entière.

C'est contre cette parole que je proteste en même temps que contre la proposition elle-même. La France tout entière aurait pu sans doute se trouver réunie dans un sentiment d'admiration pour le grand génie qui vient de s'éteindre. On ne l'a pas voulu : ce n'était pas assez d'avoir transformé l'hommage qu'on lui préparait en une manifestation politique , on en a fait une provocation religieuse! {C'est cela! à droite. — Mouvements divers.) On a fait des funérailles de Victor Hugo l'occasion d'un outrage au culte catholique et d'une offense aux consciences chrétiennes.

Messieurs, nous qui parlons au nom des catholiques, nous qui, j'imagine, comptons bien en France pour quelque chose... (Oui! oui! Très bien! très bien! et applaudissements à droite), nous protestons contre la provocation qu'on nous adresse. Ce n'est pas au nom de la France qu'on a parlé. {Nouveaux applaudissements à droite.)

Tout à l'heure nous nous sommes abstenus dans le vote sur la proposition du Gouvernement.

M. Galla et M. deBaudry d'Asson. Pas tous. (Ah! ah! à gauche.)

M. LE COMTE Albert de Mun. A l'exception de trois de nos collègues. Nous pouvions rendre hommage au génie ; nous ne pouvions nous associer à une manifestation de parti : nous nous sommes abstenus. Mais la question est transformée, il ne s'agit plus d'obsèques nationales, il s'agit d'une violence religieuse qui atteint tous les catholiques, je proteste pour eux : ils sont tous contre vous, et la responsabihté en appartient à ceux qui les ont provoqués par la proposition qu'on a apportée à la tribune. {Vifs applaudissements à droite.)

La demande de discussion immédiate fut repoussée et la séance levée aussitôt en signe de deuil.

Trois jours après, le 27 mai, parurent au Journal officiel deux décrets du président de la République en date du 26, contresignés par MM. Allain-Targé, ministre de Tintérieur, et Goblet, ministre de Tinstruction publique et des cultes, et ainsi conçus :

Le président de la République française, sur le rapport du ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes, de Tintérieur et des finances; vu, etc.

Considérant que la France a le droit de consacrer par une sépulture nationale la mémoire des grands hommes qui ont honoré la patrie, et quMl convient, à cet efTet, de rendre le Panthéon à la destination que lui avait donnée la loi des 4 et 10 avril 1791,

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