Ô'ZO
mander son avis sur le devoir des catholiques dans cos graves circonstances.
Paris, le 8 septembre 1885.
Amiral
Vous me faites l'honneur de me demander mon avis sur les devoirs qu'impose aux catholiques la perspective des élections prochaines. J'hésite d'autant moins à répondre à votre appel, que j'ai toujours regardé comme une obligation de la vie pubhque de dire loyalement ma pensée et de ne fuir aucune responsabilité.
Permettez -moi d'ajouter combien je me sens heureux, en exprimant mes idées sur un si grave sujet, de les placer sous le patronage d'un homme dont la vie , tout entière consacrée a Dieu et à la France, est digne de servir d'exemple à ceux qui cherchent dans la religion le plus ferme appui du patriotisme.
J'ai signé de grand cœur, avec vous et quelquesuns des plus généreux serviteurs de l'Église et du pays, un manifeste adressé aux électeurs catholiques et que toute la presse a reproduit.
C'est une première réponse à nos communes préoccupations. Défendre les droits imprescriptibles de l'Église et ses libertés nécessaires, jeter une digue audevant du torrent d'impiété qui ravage la France et qui , demain , rompant les derniers liens formés par le Concordat, laissera le culte sans asile et ses ministres sans subsistance, frapper d'une irréparable déchéance les hommes néfastes qui ont outragé toutes nos croyances et fait de la guerre contre Dieu le but de
leur politique, c'est, en effet, le devoir évident de tous les catholiques.
Aucun terrain ne me parait plus propre à l'union si désirable des bons citoyens. Aucun ne leur olïre, avec une cause plus juste, des armes plus légitimes et de meilleures chances de succès.
Mais la France chrétienne attend de nous mieux qu'une protestation. Elle veut un combat sérieux, peutêtre décisif. Notre devoir est de l'y conduire, en levant le drapeau de la Croix contre les ennemis de la religion, de quelque nom qu'ils se couvrent, et conviant à nous suivre tous ceux qui ont souci de leur Dieu et de leur âme.
L'appel aux électeurs catholiques répond à cette pensée : je voudrais, comme vous, que tous les candidats qui sollicitent leurs suffrages fissent adhésion publique à cet acte solennel.
Ce serait la consécration la plus pratique et la plus efficace qu'il pût recevoir.
Toutefois ce n'est là, dans ma conviction, qu'une partie de notre tâche. Il faut porter nos regards au delà de la lutte qui s'apprête et, en combattant pour le présent, songer à l'avenir.
La France veut vivre, et la Révolution la tue. Elle la tue par l'athéisme officiel qu'elle lui inflige et qu'aucune autre nation n'a connu; elle la tue par le inépris de la loi divine, sur lequel sont fondées ses institutions et ses lois ; elle la tue par la violence qu'elle oppose au libre ministère de l'Église, par l'éducation antichrétienne , par la désorganisation de la famille , par la destruction des coutumes traditionnelles ; elle la tue enfin par la tyrannie de l'individuahsme, par l'égoïsme et la
haine qu'il enfante, par la guerre sociale et la ruine matérielle qui en découlent nécessairement.
Voilà ce qu'il faut dire nettement. C'est l'œuvre du parti catholique dont vous appelez, avec tant de raison, la constitution définitive.
Le peuple est à la fois l'instrument et l'enjeu des luttes électorales, c'est à lui qu'il faut parler; les politiciens le trompent pour l'exploiter à leur profit : c'est aux catholiques, que leur foi met au-dessus des intérêts personnels, à lui dire la vérité. Je voudrais donc qu'au milieu des agitations publiques , un parti se levât qui posât franchement la question sur ce terrain et qui, s'adressant aux peuples des villes, des usines et des campagnes, lui montrât, d'un côté la Révolution, sa véritable ennemie, l'abusant depuis un siècle par des promesses chimériques , ne donnant à ses soufi"rances ni remèdes ni apaisement, et ne lui laissant contre l'injustice d'autre recours que la haine ; de l'autre l'Église cathohque, sa tutrice naturelle et séculaire, lui offrant, dans des institutions sociales placées sous son égide, le repos, la concorde et la stabilité; dans une législation inspirée par son esprit, la protection dont il a besoin contre les abus de la force; dans des mœurs gouvernées par sa doctrine, l'exemple et le patronage que lui doivent les classes élevées de la nation.
Je voudrais que les cathohques , convaincus que là est le véritable terrain du combat, y portassent toutes leurs forces, et que, laissant de côté les conventions et les petitesses de la politique, ils offrissent ainsi aux conservateurs, menacés par les tempêtes sociales, le rempart qui leur fait défaut.
Je voudrais enfin que, non contents de revendiquer avant tout les droits et les libertés de l'Église, ils vinssent dénoncer publiquement au pays le mal que la Révolution lui a fait, le néant de ses œuvres et l'avortement de ses espérances , et sommer ses tenants d'accepter la lutte, non plus avec des mots et des promesses, mais avec des faits et des résultats.
Sa banqueroute est complète et manifeste. Jamais elle n'a paru plus clairement que dans la législature qui vient de se terminer. Maîtres absolus du ÎDouvoir, les hommes de la Piévolution n'ont rien su faire pour le peuple; opportunistes et radicaux, si acharnés aujourd'hui dans leurs controverses personnelles, se sont rencontrés pendant quatre ans dans une égale impuissance ; empressés à obéir aux engagements de de la Franc -Maçonnerie par la persécution rehgieuse hypocrite ou avouée, habiles à épuiser les richesses du pays et à abaisser son honneur, ils n'ont donné au peuple ni une loi protectrice, ni une institution féconde et ne lui ont laissé, en partant, que la déception d'une enquête sans conclusion. Le monde industriel, livré tour à tour aux excès du travail et aux chômages forcés, dévoré par la spéculation et rongé par la misère, retentit du bruit des menaces et des violences. La question agraire se lève sur le pays, engendrée par la destruction des foyers et l'oubU des coutumes chrétiennes. La ruine est universelle, la plainte générale, et ce siècle, enivré de sa révolte contre Dieu, va s'achever dans la colère, la discorde et la stérilité. Voilà les fruits de la grande apostasie nationale consommée par la Révolution.
L'heure est venue pour les catholiques de se jeter au
gouvernail et de sauver du naufrage cette France que rÉglise a portée dans ses bras et qu'elle avait faite grande, forte et prospère.
Il y va du salut de la patrie.
L'Église catholique n'a pas été fondée pour une époque, pour un peuple et pour une forme de gouvernement ; elle porte en elle, dans tous les temps, le salut de toutes les nations. Ce qu'elle a fait jadis pour tirer la vieille société du sein de la barbarie, elle le fera demain pour arracher la société moderne à la barbarie révolutionnaire. Il suffit que nous le croyions, que nous le proclamions hautement, et que, confiants dans notre Mère, pénétrés de ses leçons, nous soyons résolus à nous dévouer à son service. Les luttes sociales sont la fatalité de notre temps ; désormais elles domineront toutes les questions politiques, et c'est elles qui décideront de la destinée des nations : il faut que les catholiques y soient préparés et que, dès aujourd'hui, ils s'organisent pour y faire face. Or la condition nécessaire de toute organisation, c'est un programme net et précis. Il faut donc que les catholiques en aient un, et qu'opposant à la politique matériahste qui s'appuie sur les droits de l'homme et qui ne donne d'autre règle aux rapports sociaux que l'intérêt individuel, la politique chrétienne qui s'appuie sur les droits de Dieu, garantie de tous les droits humains, et qui détermine suivant sa loi le régime de la famille, du travail, du crédit et de la propriété, ils arrachent à leurs adversaires, avec le masque dont ils se couvrent, ce grand mot de justice, qu'ils leur ont dérobé, pour en faire le but et le dernier terme de la réforme sociale. C'est ainsi qu'entre les menaces ou les tentations
du socialisme grandissant et l'optimisme impuissant du libéralisme aux abois, ils montreront à la France une solution pratique et efficace des problèmes qui l'agitent.
Il n'y a pas, à mon avis, d'œuvre plus urgente, plus nécessaire et plus féconde.
Vous connaissez mes convictions et mes espérances au sujet de la forme de notre gouvernement. Mais quel que soit le pouvoir qui régisse la nation, il ne saurait se dérober à ces questions vitales pour un pays; ni les résoudre sans rendre à Dieu sa place et sans reconnaître l'empire de sa loi. Le parti catholique aura donc toujours sa raison d'être , soit pour faire entendre ses revendications et arracher à un gouvernement de fait le minimum de réformes dont il est capable, soit pour seconder dans son oeuvre réparatrice un gouvernement national et chrétien. C'est à former ce parti que j'ai consacré, avec mes amis, mon travail et ma vie. J'aurais souhaité qu'une première manifestation de sa force pût se produire à l'occasion des élections. Si les conditions de la lutte, les nécessités de l'union et les exigences de la politique ne le permettent pas toujours, je me réjouirais du moins de voir un certain nombre de candidats se placer sur ce ferme terrain .
Dans tous les cas, au lendemain de la bataille, dès que la poussière en sera dissipée et quelle qu'en soit l'issue, les cathohques n'auront pas, à mon avis, de devoir plus pressant que de s'établir fortement dans cette position; dussent-ils d'abord être peu nombreux pour l'occuper, ils verront bientôt, par la force des choses, leurs rangs se grossir et les conservateurs
chercher derrière eux un abri contre la désorganisation sociale.
Pour moi, qui ai fait jusqu'ici de ces idées la règle de ma vie politique, je ne les déserterai pas, quoi qu'il arrive. Au sein du Parlement, si mes électeurs m'honorent d'un nouveau mandat, je ne cesserai de défendre les droits de Dieu, la liberté de l'ÉgUse et l'indépendance des consciences chrétiennes, et de revendiquer, au nom de Jésus -Christ, la réforme de la législation sociale, la justice pour le peuple et la protection des petits et des faibles. Je supplierai les cathoUques de se grouper autour de ce programme et d'organiser, pour le défendre, une énergique et active propagande, et j'espère que. Dieu aidant, l'heure ne sera pas loin où, devenus dans notre malheureux pays une force et une espérance , ils paraîtront vraiment , à tous , les hommes de l'avenir.
Veuillez agréer. Amiral, l'expression de mon plus respectueux dévouement.
A. DE MUN
Cette lettre n'était pas seulement un manifeste électoral , elle était un programme d'action et une promesse d'organisation. Reproduite par toute la presse, elle fut accueillie par les catholiques avec beaucoup de satisfaction, et de toutes parts arrivèrent en quelques jours les adhésions, les souscriptions et les offres de concours. Pour répondre à ce mouvement général, M. de Mun crut devoir constituer un comit(5 provisoire, se réservant de lui donner au lendemain des élections une organisation complète et définitive. Il annonça la formation de ce centre d'action catholique par la lettre suivante, adressée au rédacteur en chef de V Univers:
Le Faouët (Morbihan), 19 septembre 1885.
Monsieur le Rédacteur en chef,
La lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser récemment à M. l'amiral Gicquel des Touches, et que vous avez bien voulu reproduire, a rencontré l'adhésion d'un grand nombre de catholiques. Tous ont exprimé le désir que, dès aujourd'hui, et à l'occasion des élections du 4 octobre, un comité se chargeât de constituer pour eux un centre d'action et de souscription, en même temps que de propager le programme exposé dans ma lettre. J'ai cru de mon devoir de répondre à cette attente, et, dans la nécessité d'agir promptement, en raison des circonstances actuelles et du peu de temps qui nous reste, j'ai fait appel à mes plus anciens et plus intimes compagnons de lutte, pour former avec eux un comité auquel ont bien voulu s'adjoindre, dès à présent, M. l'amiral Gicquel des Touches et M. le vicomte de Béhzal.
Les adhésions et souscriptions pourront être adressées soit aux journaux qui auront inséré cette lettre en y adhérant, soit à M. Albert Hyrvoix, boulevard Saint-Germain , 262.
Vous voudrez bien, j'espère, honorer nos efforts de votre sympathie et leur accorder votre appui.
Veuillez agréer, monsieur le Rédacteur en chef, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
A. de MUxN.
Le 4 octobre, la liste catholique et royaliste du Morbihan fut élue avec une majorité de plus de 25 000 voix. M. de Mun
en obtint 60341. La joui née électorale avait donné dans toute la France aux conservateurs un succès inattendu, bientôt démenti, malheureusement, par les élections de ballottage, où les républicains, effrayés des résultats du premier tour du scrutin, firent trêve à leurs divisions et réussirent presque partout. La Chambre nouvelle n'en contenait pas moins 200 députés de l'opposition. La situation politique était embarrassée. M. de Mun y vit un motif de plus de persévérer dans son attitude et, au milieu de l'inévitable confusion des partis conservateurs un moment réunis par les besoins de la lutte, d'offrir aux catholiques, comme il Tavait annoncé, un point d'appui solide pour grouper leurs propres forces, tant au Parlement que dans le pays lui-même.
Il adressa, dans ce but, la lettre suivante à M. le vicomte de Belizal, député des Gôtes-du-Nord, qui le premier, et avec beaucoup d'énergie et de décision, lui avait donné un témoignage public d'entière sympathie à l'occasion de sa lettre à l'amiral Gicquel des Touches.
Paris, le 3 novembre 1885.
Mon cher ami,
Vous avez bien voulu adhérer, en termes particulièrement chaleureux, aux idées exprimées dans la lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser, le 8 septembre dernier, à M. l'amiral Gicquel des Touches. C'est à ce titre que je viens aujourd'hui faire appel à votre concours.
Nous avons promis aux catholiques d'organiser leurs forces sur le terrain politique. L'heure est venue de passer des paroles aux actes.
Le résultat des élections nous prépare, en effet, de grandes obligations. Soit que nos adversaires cher-
chent, dans un redoublement de la persécution religieuse, un terrain de ralliement, soit qu'ils s'efforcent, par une apparente modération, d'apaiser un moment la révolte des âmes, il faut être prêts à leur résister.
Et si le réveil du pays devait être le signe avantcoureur d'un changement profond dans nos institutions publiques, notre devoir n'en serait que plus grand; car nous n'aurions plus seulement à repousser les tentatives du présent, mais à préparer les œuvres du lendemain.
C'est pourquoi notre programme doit être un programme de gouvernement. Le temps des protestations est passé ; celui des revendications commence.
Le Pape Léon XIII en a lui-même tracé le vaste cadre dans la magnifique Encyclique Humanum geniis, donnée le 20 avril! 884.
Il a désigné l'ennemi : c'est la Franc -Maçonnerie; il a défini son but et ses moyens d'action : c'est « de réduire à rien, au sein de la société civile, le magistère et l'autorité de l'Église, d'exclure des lois et de l'administration publique la très salutaire influence de la religion catholique, et de constituer l'État tout entier en dehors des institutions et des préceptes de l'Éghse. »
Voilà donc le terrain de la lutte.
C'est la rencontre suprême de l'Église et du rationalisme : le Pape, voulant joindre à l'exposé du mal l'indication du remède, s'exprime encore en ces termes :
(( Notre meilleur et plus solide espoir de guérison est dans la vertu de cette religion divine que les francs-
maçons haïssent d'autant plus qu'ils la redoutent davantage; il importe donc souverainement de faire d'elle le point' central de la résistance contre l'ennemi commun. »
Et il ajoute un peu plus loin :
(( Que les gens de bien s'unissent donc, eux aussi, et forment une immense coalition de prières et d'efforts. »
Le programme et l'organisation du parti catholique sont tout entiers dans ces paroles du Souverain Pontife.
Nous demandons :
Pour VÉgVise :
L'entière liberté de son ministère et la protection publique du culte cathoUque qui en est la garantie ; comme conséquences :
L'exemption pour les prêtres du service militaire ; l'organisation des secours religieux dans les camps, les casernes et les hôpitaux; le droit pour les associations religieuses de se constituer et de se développer librement ;
Dès aujourd'hui l'application loyale et sincère, dans sa lettre et dans son esprit, du Concordat consenti par le Saint-Siège à la France.
Pour la famille :
La liberté complète de l'enseignement à tous les degrés, et, comme minimum, le retour aux lois de 1850
et 1875 ;
L'instruction religieuse dans les écoles pubhques, et, aussi promptement que possible, l'abrogation de la loi du ^8 mars 1882 ;
Le respect du sacrement du mariage, qui consacre l'indissolubilité du lien conjugal, et, dès que nous pourrons l'obtenir, l'abrogation de la loi qui rétablit le divorce ;
Enfin la conservation du foyer domestique par la revision des articles du Gode civil relatifs au droit de tester.
Pour le j^euple :
La limitation du travail par le respect légal du repos dominical ;
L'interdiction du travail de nuit pour les femmes et la suppression progressive du travail à l'usine pour les mères de famille et les enfants des deux sexes ;
Une législation protectrice contre les accidents , la maaldie, le chômage involontaire et l'incapacité de travail résultant de la vieillesse ;
Et, pour rendre cette législation pratique et efficace, une organisation corporative destinée, suivant les termes de l'Encyclique Humanum genus, ce à protéger, sous la tutelle de la religion , les intérêts du travail et les mœurs des travailleurs. » —
Pour soutenir ce programme, il faut nécessairement former dans la nation un parti compact et puissant, qui ait dans le Parlement ses représentants autorisés, qui s'appuie dans le pays tout entier sur le peuple chrétien, et qui mette au service de ses revendications une active et incessante propagande.
Ce parti, qui pourrait prendre le nom d'Uiiion catholique, aura dans tous les départements, tous les arrondissements, tous les cantons et toutes les communes.
des représentants chargés de répandre son programme, de lui recruter des adhérents, d'assurer la diffusion des brochures et des journaux, et d'entretenir une action constante en vue de la préparation des élections législatives, départementales et communales.
Il usera de tous les moyens que la loi autorise pour se développer et étendre son influence.
Des congrès spéciaux permettront à ses membres d'arrêter les résolutions dictées par les circonstances , et des réunions fréquentes offriront aux orateurs catholiques l'occasion de vulgariser les idées qu'il se propose de défendre.
Enfin une souscription permanente, ouverte dans tout le pays, lui donnera le moyen de soutenir, avec toutes les armes légales et sur tous les terrains, une lutte pohtique vigoureuse et ininterrompue.
La presse catholique ne refusera certainement pas son concours dévoué à cette œuvre patriotique.
Mais ce ne serait pas assez qu'elle eût ses cadres et son organisation; il faut aussi qu'elle ait un centre d'où parte la direction du mouvement. La place de ce centre d'action est naturellement dans le Parlement, où les représentants catholiques trouvent, avec une tribune pour exposer leurs revendications devant le pays, l'autorité que leur mandat leur donne pour les faire valoir.
Un groupe de députés , adhérant au programme cathoUque, et décidés à en poursuivre l'application, peut demain, sans jeter aucunement la division dans les rangs de la droite parlementaire, mais en s'unissant pour cette œuvre spéciale, annoncer pubhquement sa formation et entreprendre immédiatement l'organisa-
lion du parti. C'est la marche que je vous propose de suivre.
Nous ne ferons ainsi que répondre aux vœux d'un très grand nombre de catholiques français , et imiter l'exemple des nations voisines, comme la Belgique, où l'action cathohque a porté des fruits politiques si abondants; comme l'Autriche, où les membres catholiques du Parlement se sont concertés pour prendre l'initiative des réformes sociales; comme l'Allemagne enfin, où le Centre cathohque oppose au Culturkampf une si admirable résistance, en même temps qu'il s'est constitué le défenseur intrépide de tous les intérêts populaires.
Je sais , mon cher ami , que vous partagez mes vues sur tous ces points, et j'espère que plusieurs de nos collègues voudront bien s'y associer. Le temps presse , car les événements sont plus incertains que jamais. Il faut que la réunion prochaine du Parlement nous trouve prêts à entrer en campagne. Je vous promets, pour ma part, d'y travailler de toutes mes forces, et je vous prie, mon cher ami, de me croire toujours votre bien cordialement dévoué.
A. DE MuN.
Cette lettre, reproduite par toute la presse, devint aussitôt l'objet des polémiques les plus ardentes. A Paris V Univers et la Croix furent seuls, parmi les journaux catholiques, à soutenir le projet de M. deMun : la presse conservatrice presque tout entière le combattit avec beaucoup de vivacité , moins au point de vue des idées qu'à celui de l'opportunité , et lui reprocha de jeter, au lendemain d'un succès inespéré, la désunion dans le parti conservateur. En province, au con-
traire, la majeure partie de la presse catholique applaudit avec enthousiasme à Tentreprise de M. de Mun. Dès les premiers jours, les adhésions arrivèrent en foule : de nombreuses souscriptions furent envoyées au siège du comité; enfin quinze députés nouvellement élus se déclarèrent prêts à s'inscrire au groupe catholique.
Cependant un avis de la cour de Rome, officiellement communiqué à M. de Mun, lui fit connaître que le Souverain Pontife, tout en louant Tidée générale qui l'avait inspiré et le programme qu'il avait proposé, en considérait l'application actuelle comme inopportune et que Sa Sainteté désirait l'y voir renoncer pour le moment.
M. de Mun n'hésita pas; le jour même il adressa à tous les journaux catholiques la lettre suivante, qui mit fin à l'incident et coupa court à l'organisation commencée.
Paris, le 9 novembre 1885.
Monsieur le Rédacteur en chef,
Afin de ne pas soulever une division entre les catholiques, je renonce au projet d'organisation que j'avais annoncé par ma lettre au vicomte de Bélizal. Agréez, etc..
A. de Mun.