AOÛT
M. de Mua , se trouvant dans l'impossibilité d'assister au « Congrès antirnaçonnique o tenu k Trente, au mois d'août 1896, voulut du moins donner aux membres du « Comité français d'organisation » son adhésion motivée. Il le fit par la lettre suivante , adressée au président du comité :
Monsieur ,
Je regrette beaucoup de ne pouvoir rne rendre au Congrès antimaçonnique de Trente. Je serai, à l'époque où il doit avoir lieu, retenu en France par d'impérieuses obligations.
Mais je tiens, du moins, à m'associer d'avance à ses travaux par une adhésion morale et à vous prier d'être, près de ses membres, l'interprète de mes vives sympathies.
La lutte contre la franc -maçonnerie, tant de fois recommandée par le Pape Léon XIII et par ses prédécesseurs. S'impose tous les jours avec plus d'évi-
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dence, comme une nécessité |)nl)liqiie, non seulement aux catholiques, mais à tous les hommes soucieux de préserver, avec les croyances religieuses, les hases de la morale et de l'ordre social.
Aucune illusion ne peut subsister sur ses principes et sur son but dans les esprits môme les plus sceptiques, et, à cet égard, l'audace croissante du langage affiché dans ses congrès aura rendu un véritable service.
Il ne saurait plus être question pour elle de dissimuler ses desseins politiques et antireligieux derrière l'apparence philanthropique qui, à la fin du siècle dernier, lui a valu tant d'adeptes et a continué, depuis, à faire tant de dupes.
La destruction du catholicisme est désormais le programme avoué, dans leurs propres déclarations, par les meneurs de la secte qui savent à merveille utiliser, suivant les circonstances, pour arriver à leurs fins, le concours de tous ceux que la crédulité ou l'intérêt enrôlent dans ses rangs.
Les catholiques ont le devoir d'opposer une résistance énergique à cette guerre, tantôt ouverte et tantôt déguisée.
Pour le faire, ils n'ont pas à fonder une œuvre spéciale, car l'action de la franc -maçonnerie est universelle et se fait sentir sur tous les terrains, dans l'enseignement sous toutes les formes, dans les institutions de bienfaisance publiques et privées, dans les associations de prévoyance, de mutualité, et jusque dans les sociétés de délassement ou d'exercices physiques; mais ils ont à multiplier les œuvres analogues, animées de l'esprit chrétien, à soutenir avec
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dévouement celles qui exisleiil déjà en si grand noniiire, à pénétrer de leur influence les sociétés neutres dont la franc-niaronnerie s'empare trop facilement; à se mettre, en un m(»t, partout et toujours, avec courage et activité, au service de l'Église qui est la véritable contre-franc-maçonnerie, et la seule puissance capable de la combattre avec succès dans son ensemble.
Toutefois, afin d'étudier et de connaître exactement les actes de la secte, ses résolutions et ses programmes. de les dénoncer à l'opinion, d'éclairer ainsi les hommes de bonne foi et les catholiques eux-mêmes, il faut une organisation particulière, bien conçue, bien outillée, pourvue des moyens d'information nécessaires pour rassembler les documents authentiques, réunir les faits et leurs preuves, les signaler au dehors en déchirant les voiles, en arrachant les masques dont se couvre ordinairement Faction maçonnique et en usant ainsi, pour le bien, des ressources nombreuses qu'offre trop souvent au mal l'immense publicité de notre temps.
Les œuvres antimaçonniques fondées dans ces dernières années ont déjà fait beaucoup en ce sens : il est à désirer qu'elles se fortifient et qu'elles s'unissent en un faisceau commun. Le congrès de Trente leur fournira, certainement, d'utiles exemples et de précieux renseignements.
Il aura, d'ailleurs, une portée plus haute et plus considérable. Ses travaux mettront en lumière le caractère international de la franc -maçonnerie et le péril général qu'elle fait courir aux nations chrétiennes, en les acheminant, peu à peu, vers la ruine
des croyances et des institutions religieuses, et par là vers le triomphe des doctrines matérialistes qui ouvrent la porte au socialisme.
La franc-maçonnerie lui fraye les voies par le rationalisme et la morale indépendante de toute loi surnaturelle. Elle est ainsi le grand danger de la civilisation.
Les hommes d'État qu'effraye l'approche de la révolution sociale demeurent cependant indifférents au progrès de la société maçonnique, quand ils ne s'en font pas les complices. C'est une étrange et funeste aberration.
Les Papes n'ont cessé d'en avertir les gouvernements et les peuples. Il appartient aux catholiques de répondre, les premiers, à leur voix, en redoublant d'efforts pour combattre la secte condamnée par l'Église et faire reculer sa marche rapide. Ils accompliront ainsi l'œuvre sociale par excellence.
Je me serais fait un devoir d'exprimer ces idées au congrès, si j'avais pu y assister; je vous prie. Monsieur, de lui en faire part en lui communiquant ma lettre et d'agréer l'assurance de tous mes sentiments les plus cordialement dévoués.
A. DE MUN
TOAST
PRONONCÉ A l'occasion