DE ROSCOFF LE 8 SEPTEMBRE
Monseigneur \
C'est ordinairement clans les fêtes de famille le privilège du plus jeune d'exprimer les sentiments et les vœux qui sont au cœur de tous.
Aussi n'oserais-je pas prendre la parole si je ne songeais qu'au fardeau des années, et si, à défaut d'un titre, hélas! perdu depuis longtemps, je ne pouvais en invoquer un autre : dernier venu des paroissiens de RoscofT, je suis ainsi, au moins par l'ancienneté, le plus jeune de la famille, et j'ai quelque droit de saluer le premier M. le chanoine Morvan, en lui disant avec quelle joie sincère et cordiale tous ici
^ Mar Valleau, évêqiie de Quirnper et Léon.
applaudissent à la distinction que vous venez, Monseigneur, de lui conférer*, moins à cause de l'honneur qu'il en reçoit, que parce qu'elle est le témoignage public rendu par Votre Grandeur à ses mérites et aux œuvres de son long ministère.
Aussi bien, j'ai un autre devoir à remplir, en ajoutant quelques mots que, seul, il ne pouvait pas dire, aux paroles émues de M. le recteur.
Il a remercié tout le monde, et il n'a oublié que luimême.
Je vous demande, Monseigneur, la permission de réparer ce silence forcé, certain d'être ainsi l'interprète fidèle de ceux dont le concours a secondé le recteur de Roscofî dans l'œuvre créée par sa courageuse initiative, et qui vient d'être fécondée par votre bénédiction.
Je m'excuse, toutefois, de parler pour eux, quand d'autres dont je n'ai fait que suivre les charitables traces, et dont les noms sont vénérés par la contrée tout entière, comblée de leurs bienfaits, auraient bien plus que moi qualité pour le faire.
Ils me pardonneront, j'en suis sûr, d'avoir cédé à la tentation et saisi l'occasion d'exprimer tout haut les sentiments d'affectueux attachement qui, depuis trois années, m'unissent, en se fortifiant toujours davantage, à celui dont je m'honore d'être le paroissien intermittent, il est vrai, par devoir d'état, mais non le moins fidèle.
On disait autrefois, au temps où les moines avaient
* Après la bénédiction de l'école, Ma*" l'évêque de Quimper avait remis à M. l'abbé Morvan , recteur de la paroisse , les insignes de chanoine de la cathédrale.
la liberté de posséder, pour le plus grand bien des pauvres, des propriétés qu'on ne leur confisquait pas : Il fait bon vivre sous la cros.-e! Nous disons ici : Il fait bon vivre sous la houlette du pasteur de Roscofl'î
C'est le témoignage de tous ceux qui font l'expérience quotidienne de sa charité.
Je nomme à dessein la charité entre toutes vos vertus, monsieur le recteur! Nulle circonstance, en effet, ne pouvait être plus heureuse pour lui rendre hautement hommage : car la charité faite aux âmes est la plus belle de toutes, et il n'en est pas à qui cette charité soit plus nécessaire que les âmes des petits enfants.
C'est bien la pensée qui vous a inspiré et qui vous a soutenu, dans la fondation de l'école dont votre persévérance vient, au prix de tant de labeurs et d'obstacles, d'enrichir votre paroisse.
C'est elle aussi qui vous assure notre constante assistance.
Nous n'avons pas d'autre préoccupation. Ce n'est pas votre faute, ni la nôtre, si le programme de neutralité religieuse, imposé par la loi aux écoles publiques, les rend incapables d'assurer aux enfants le bienfait, précieux entre tous, de l'éducation ouvertement et pratiquement chrétienne. Mais, puisque la loi est ainsi faite et que la vieille terre de la catholique Bretagne doit la subir comme les autres, c'est le moins que nous devions à notre conscience d'user de l'incomplète liberté qu'elle nous laisse pour conserver à Dieu les jeunes âmes des enfants du peuple.
L'œuvre que vous avez faite ainsi sera, monsieur le recteur, le plus beau fleuron de votre couronne
pastorale, et les épines parmi lesquelles vous l'avez cueilli ne feront que le rendre plus précieux.
Notre-Dame de Gros-Batz la bénira, sainte Barbe la protégera, et la reconnaissance des Roscovites ajoutera sa récompense à celle que vous apporte aujourd'hui le cœur paternel de votre évêque.
Je bois à la santé de M. le chanoine Morvan, recteur de Roscolî.
PRONONCÉ