LE 25 NOVEMBRE
M?i" d'Hulst mourut, épuisé par les fatigues de son apostolat multiple, le 6 novembre 1896. Il occupait un rang éminent dans le clergé de France, et les diverses fonctions qu'il exerçait avec éclat dans la chaire, à l'Institut catholique, au Parlement, demandaient des hommages distincts. A Saint-Sulpice, Mgi' Touchet prononça l'éloge funèbre du prélat. A la séance de l'Institut catholique de Paris, le vice -recteur, M. l'abbé Paguelle de Follenay, et le doyen de la Faculté de droit, M. Merveilleux du Vignaux, rappelèrent les services rendus par le recteur à l'enseignement libre. Pendant cette même cérémonie, M. de Mun fut appelé à prendre la parole pour honorer la mémoire de celui qui avait été son collègue dans la députation du Finistère , où M?»' d'Hulst avait succédé à M&'i" Freppel :
Eminknce', Messeignkurs ^, Mesdames, Messieurs,
Je n'élèverais pas la voix dans cette grave assemblée, et, pour m'iinir à son deuil, je n'aurais qu'à lui offrir l'hommage de mon respectueux silence, si je ne devais remplir devant vous la charge douloureuse que m'impose un titre devenu, pour aujourd'hui, l'explication d'un triste privilège.
Appelé par les circonstances à partager dans le Finistère la vie publique de Ms^ d'Hulst, je viens, après les témoins de ses grandes œuvres d'apostolat, d'enseignement et de charité, vous apporter au nom des représentants catholiques du même département le tribut que doivent à sa mémoire les témoins journaliers de son œuvre politique.
Je viens aussi déposer ici, n'ayant pu le faire sur sa tombe, le lourd et précieux fardeau de regrets désolés dont a chargé mes mains la reconnaissante affection d'une population cruellement frappée à la tête et au cœur, parce qu'elle se voit, pour la seconde fois en quelques années, dépouillée de la couronne conquise par son attachement à l'Église et donnée pour récompense à sa foi.
y S. Ém. le cardinal Richard, archevêque de Pari?.
2 NN. SS. les archevêques et évêques de Rouen, de Besançon, de Sens, de Vannes, de Bayeux, de Nancy, de Troyes, de Blois, de Versailles, de Nevers, de Verdun, de Limoges, d'Amiens, de Quimper, de Saint -Dié, de Clermont, d'Orléans, d'Évreux, de Ghàlons et de Chartres.
PardolUil'z-iiloi d'ajouLer à 1 rxiircbsiuii de ces sentiments l'éniotion des souvenirs personnels, dont mon ùine n'a pu se déprendre, depuis cette heure funeste où, surpris par la nouvelle d'une mort imprévue, je suis venu contempler, en priant, sur le visage immobile qui en portait encore la trace, le combat tragique de la pensée, jusqu'au l)0ut vivante, et de la souffrance, hélas! victorieuse.
C'est qu'en effet la chaîne est longue de ces liens formés par le temps; et ne me semble-t-il pas cependant voir encore le jour, vieux d'un quart de siècle, où, entrant avec quelques compagnons sur le sentier déjà battu, mais pour nous ignoré, des œuvres populaires, je rencontrai l'abbé d'Hulst et l'abbé Gourtade. — laissez-moi saluer en passant cet autre disparu, — tous deux dans leur humble maison de Ménilmontant, à peine échappés des périls de la guerre et de ceux de la Commune, offrant au peuple, tout frémissant des combats de la veille, leur jeunesse dévorée de zèle et de charité ?
Puis, ce furent les assemblées catholiques, où si souvent j'ai trouvé, dans la présidence du vicaire général et du prélat romain, avec un modèle de beau langage et de fortes idées, le bienveillant appui de son cœur, alors même que se mêlait à son encouragement la libre et pénétrante critique de son brillant esprit. Entre toutes, comment pourrais -je oublier, aujourd'hui, ces réunions d'étudiants dont son âme était avide, comme des promesses de l'avenir, et où ce fut mon honneur d'appeler quelquefois avec lui, au chemin des grandes choses, la jeunesse, gardienne des destins de la patrie?
Et quand enliii l'heure fut vciiui' où le hasard des hitles poliliques et le conliant appel des enfants du Léon nous rapprocha pour d'autres combats, je ne puis ici dire que d'un mot, mais j'y veux mettre toute la reconnaissance de mon cœur, quelle générosité chevaleresque couronna, de sa part, d'un trait décisif, tant d'autres témoignages de la grandeur de son àme !
Mais c'est trop m'abandonner à des pensées intimes. L'hommage que j'apporte s'adresse à de plus hauts et plus larges souvenirs.
N'attendez pas cependant que j'essaye, en i)arlant du député de la troisième circonscription de Brest, de tracer ici, même d'une main rapide, l'histoire entière de sa vie politique : ce serait l'amoindrir que d'en étudier les détails , et c'est par les sommets qu'il la faut regarder.
L'attention distraite et mobile d'un temps qu'occupent surtout les violentes apostrophes des passions n'en pouvait pas mesurer la hauteur; et, dans la carrière si abondamment remplie de M»'' d'Hulst, les courtes années de sa vie parlementaire ne paraissent à beaucoup qu'un incident qui, s'il mit en valeur une forme nouvelle de son courage et de son talent, demeure étranger au reste de son œuvre : on dirait qu'on peut l'en détacher sans qu'elle cesse d'être complète.
Puis comme, absorbé par le travail dévorant de ses jours, il se tenait écarté des petites préoccupade la politique, on en conclut trop légèrement qu'il n'exerça point, dans ce milieu nouveau, l'influence dont ailleurs cette illustre assemblée atteste la portée.
C'est à mes yeux juger seulement la surlace et décider par les apparences.
Évoquant hier, pour préparer ces quelques paroles, la mémoire des dernières années, et parcourant les principaux discours prononcés par Me"" d'Hulst à la tribune nationale, une autre conception m'est apparue de son rôle politique, plus précise et plus formelle qu'elle n'avait pu l'être dans le tumulte des événements quotidiens.
Il m'a semblé que Dieu, qui dispose toutes choses pour de grands desseins, et qui n'offre pas en vain aux hommes de bonne volonté les occasions de le servir, avait voulu, par le surcroît de labeur jeté dans une vie déjà si près du terme, lui donner comme un achèvement nécessaire, en permettant à l'enseignement supérieur catholique d'affirmer, devant les représentants de la nation, sa doctrine et sa vie par la voix du plus éminent de ses fondateurs.
Et cette impression déjà si forte, pendant que je songeais au passé, s'affermit encore ici même dans cette séance solennelle, où se groupent, en un faisceau magnifique, autour de l'Institut catholique de Paris, toutes les œuvres de son illustre recteur.
La mort venait à peine de fermer ses lèvres, que déjà le sentiment profond du caractère dominant de cette vie s'imposait à tous ; et la première parole dite officiellement pour saluer sa mémoire le consacrait en termes frappants, quand M. le Président de la Chambre^, rendant à l'adversaire de la veille un courtois hommage , disait de son prédécesseur et de lui :
^ M. Henri Brisson.
ce Ils étaient également péncUrés de cotte pensée du philosophe : Qui a l'enseignement a l'avenir. » Parole qui suffit, à la place où elle fut prononcée, pour caractériser l'œuvre politique de M&'' d'Hulst, et qui marque du même coup, dans le salut des armes respectueusement adressé au soldat frappé sur la brèche, le champ clos où se joue le sort de la société moderne.
Ms^ d'Hulst n'en voulut point sortir; il ne fit qu'y revêtir une armure nouvelle, quand, répondant aux vœux d'un collège électoral , justement renommé pour l'énergie de sa foi catholique, il accepta, malgré tant décharges déjà placées sur ses épaules, la lourde succession du grand évêque d'Angers.
Il était trop mêlé à la vie publique pour ignorer les difficultés, les amertumes et les fatigues qui l'attendaient, et sans doute, un moment, son âme habituée aux régions sereines des combats de l'esprit fut- elle tentée de reculer et de garder ainsi, pour l'œuvre essentielle de sa vie, les forces, amoindries, d'un corps déjà surmené de labeur. Mais ce ne fut qu'un instant, et cette âme guerrière, comme celle du héros, maîtresse du corps qu'elle animait, alla bravement au-devant du danger, ainsi qu'autrefois sur d'autres champs de bataille, soutenue peut-être, dans un pressentiment du sacrifice accepté d'avance, par la devise, bien digne assurément d'un cœur catholique, quoqu'elle fût d'un protestant, de ce Louis de Bourbon, prince de Condé, frappé au soir de Jarnac : (c Doux est le péril pour le Christ et le pays. ))
Je m'imagine que, dès ce premier pas, Ms^ d'Hulst
découvrait dans la tribune ouverte à sa parole le sommet, aperçu de tout l'horizon, où il allait arborer le drapeau des Universités catholiques.
Ce n'est pas qu'il bornât à cette seule perspective la défense des droits et des libertés de l'Église : on le vit immédiatement quand, trois jours après son admission, justifiant aussitôt la confiance qu'il avait inspirée, il fît, pour revendiquer l'indépendance de la parole sacerdotale, ce premier et courageux discours où, parmi les interruptions et les clameurs, il alla jusqu'au bout, sans s'émouvoir, apprenant à ses auditeurs, dans une réplique qui révélait déjà la maîtrise de son esprit métaphysique, la nécessité des distinctions philosophiques; car, disait- il, (( qui ne distingue pas, confond. » et jetant entin, au milieu du moderne Forum, la parole de saint Paul : a. Verhiim Dei non est alligatum! La parole de Dieu n'est pas enchaînée. »
En toute circonstance, M?'' d'Hulst accomplit aussi vaillamment son devoir de député catholique. Mais il fut bientôt évident que sa pensée et son ambition allaient au delà des incidents quotidiens d'une lutte mesquine et terre à terre : dans le Parlement comme dans l'Université, il parut, dès le premier jour, tourmenté de ce désir d'atteindre les âmes par les intelligences qui fut, si je ne me trompe, l'idée maîtresse de sa vie, d'appeler ses contradicteurs sur les hauteurs où l'esprit cherche les conditions de la certitude et les preuves de la vérité, pour s'y rencontrer avec eux dans la commune préoccupation des éternels problèmes de la vie humaine, et, ce contact une fois établi, leur enseigner le christianisme par
roxamon scieiililique de ses oiigines et l'exposition philosophique de sa doctrine.
Il se peut qnc tous ses collègues n'aient pas toujours cornj)ns la largeur de cette attitude, et que, pour certains, des i)réjugés enracinés aient entretenu jusqu'au bout, sur ral)Soiutisme prétendu du prélat romain assis au milieu d'eux, une persistante erreur; mais tous ceux qui voulurent le regarder de près et l'écouter attentivement se rendirent bientôt compte de ce qu'il était, et l'émotion produite par sa mort, les conversations intimes recueillies depuis sa disparition, témoignent déjà de l'action qu'avait exercée, sur les esprits, son trop court passage.
La réflexion la téra sentir bien davantage.
Si j'osais marquer le moment où commença de se produire cette impression favorable, je dirais que ce fut, — tant le philosophe était uni à l'homme politique, — le jour où parut dans le Correspondant la célèbre étude sur Ernest Renan. L'homme de qui l'on attendait un impitoyable anathème s'était montré un juge miséricordieux, et, sans amoindrir en rien (( la réprobation de l'erreur » et la (( condamnation de l'apostasie », il avait, comme il le dit, ce exposé à rencontrer des incroyants pour lecteurs, » soigneusement évité de « blesser par une parole dure la bonne foi d'une seule âme ». Puis, recherchant les causes de l'exode moral de M. Renan, il insistait sur la nécessité de proportionner toujours les progrès de l'apologétique aux développements de la science, et, pour atteindre ces esprits cultivés dont il poursuivait la conquête comme la clef même de la victoire , il faisait appel à « cet esprit traditionnel et hardi qui rend
la philosophie de sainl Tlioinas susceptible de se rajeunir perpétuellement au contact de l'expérience ».
Ce fut une surprise et qui, dans les milieux incroyants, ne profita pas seulement à Mf^ d'Hulst, mais à la cause même de l'enseignement chrétien : qui peut mesurer les effets produits, dans le silence des cœurs, par certaines paroles dites à propos, où la sérénité des jugements fait éclater, avec la sincérité des croyances, la puissance de la charité?
On sut désormais, à moins de vouloir l'ignorer, qu'on avait en face de soi, quand Me'" d'Hulst paraissait à la tribune, non point le discuteur dur et tranchant qu'on avait supposé, mais un philosophe chrétien, aussi ferme dans sa foi que passionné pour la science, et capable, par tendance autant que par mérite, de trouver dans l'union de l'une et de l'autre ses armes les meilleures.
Aussi quand une nouvelle législature eut ramené dans la Chambre actuelle le député du Finistère, sa place y était faite à l'avance pour tous ceux qui savent estimer à leur valeur la hauteur de l'esprit , l'étendue du savoir, la dignité du caractère et l'éloquente pureté de la parole.
Le jour où revint en discussion le débat, que d'autres Assemblées avaient essayé vainement de conduire à bonne fin, sur le mode de prestation du serment judiciaire, M^"" d'Hulst, libre sur ce terrain où se rencontrent, à la fois, la morale sociale et la croyance en Dieu, de donner cours à ses pensées, put le faire en termes magnifiques devant un auditoire attentif et recueilli ; il put dire, avec l'accent d'autorité que donne un savoir par tous reconnu, « qu'aucun
De Mun. — Discours. VI. — /
progrès scientilique ne s'est attaché à l'abandon de la croyance en Dieu », et, comme une question lui était jetée : a De quel Dieu parlez -vous? » répondre, au milieu du silence, par cette profession de foi respectueusement accueillie : (( Je pai'le du vrai Dieu, du Dieu personnel et créateur, antérieur au monde et maître de son ouvrage; il n'y en a pas d'autre qui mérite ce nom. »
Pour des chrétiens, une si simple déclaration ne semble pas une victoire remportée ; mais la faire entendre et respecter, au temps où nous vivons, dans une assemblée politique, c'est, en soi, un acte considérable. Et cet acte devient doublement puissant et efficace, quand celui qui l'accomplit peut ajouter aussitôt : (( Je prétends être aussi passionné que personne pour le progrès scientifique : je lui ai voué ma vie,... je resterai fidèle à cette tâche. »
J'ai très présente à l'esprit cette séance du 19 juin 1894. Quand l'orateur, ayant montré que, si le progrès scientifique n'était nullement intéressé dans la question, il en était autrement du progrès moral, parce que (( toute atteinte portée à la croyance en Dieu a son retentissement dans la conscience et devient une atteinte portée à la morale » ; quand l'orateur, revenant alors au serment judiciaire, mit en présence deux sentences, rendues l'une au nom de Dieu, l'autre sans cette garantie, il sembla, dans la gravité du moment, qu'un souvenir venait aux esprits de l'apostrophe de Bossuet, parlant du saint ministère de la justice et de Celui qui pèse ses arrêts : « 0 juges, quelle majesté de vos séances ! quel président de vos assemblées! maisaussi quel censeur de vos jugements!»
J'ai dit que la place éminente conquise au recteur de rinstitut catholique, dans la Chambre des députés, par l'élévation et la largeur de son esprit, devait profiter, autant qu'à lui-même, à la grande œuvre de l'enseignement supérieur catholique, et qu'il semblait que tout, dans sa vie politique, dût converger vers ce grand objet. C'est ce que fit décidément apparaître le grand discours qu'il prononça, le 11 février 1895, à l'occasion du budget de l'Instruction publique.
Ce jour -là, il put enfin porter à la tribune nationale, avec la certitude d'être écouté comme le représentant d'une grande puissance, les revendications des Universités libres. Il le fit en face des chefs de l'Université d'État : ayant parlé d'elle avec un respect dont nul ne pouvait méconnaître la sincérité, ayant rappelé quels trésors de savoir, d'expérience, de goût littéraire, elle ouvre à ceux qui suivent ses leçons, il montra, en face d'elle, cette grande œuvre à laquelle il avait dévoué sa vie, qui ne demande aux pouvoirs publics que justice et liberté, et, faisant à l'émulation un généreux appel, il termina par ces fières paroles : a Quelles que soient vos convictions politiques, philosophiques ou religieuses, j'oserai presque vous défier de refuser votre estime, — j'allais dire votre respect, — à l'entreprise laborieuse, difficile et coûteuse, que nous soutenons depuis vingt ans, sans autre appui que la générosité de nos amis et notre ardeur à promouvoir la science dans les rangs des croyants. »
M?"" d'Hulst ne fût- il entré à la Chambre que pour y prononcer de telles paroles, auxquelles seul il
pouvail donner l'accent des choses vécues, qu'il faudrait lui garder une inaltérable reconnaissance on la partageant avec ceux dont, pour le service de l'Eglise, il tenait son mandat.
Du reste, la réponse que reçut ce discours en fit bien apparaître la haute et décisive portée. Ce ne fut pas le chef de l'Université qui s'en chargea, nriais M. Jaurès.
ilejetant à la fois, et les doctrines positivistes, et le spiritualisme gouvernemental d'autrefois, et le matérialisme superficiel d'aujourd'hui, il rendit en passant un hommage en quelque sorte historique aux grandes religions sorties du fond de l'humanité ; puis, s'attachant, comme au bien inestimable, à la souveraine liberté de l'esprit, dont aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort, il fit entendre un éclatant et audacieux défi porté à Dieu lui-même, évoqué sous une forme sensible. Alors, dans l'embarras des orateurs officiels, réduits à cacher derrière une neutralité chimérique leur impuissance à déterminer les fondements de la morale, le débat apparut nettement posé entre la philosophie chrétienne qui appuie sur la loi divine celle des individus et des sociétés, et la philosophie évolutionniste qui, déclarant Dieu inutile, ne découvre au-dessus de l'homme rien de plus grand que la collectivité.
Ce jour-là, la politique était bien loin des esprits, ou plutôt le fond même de toute politique apparaissait au grand jour, dans la question vitale où réside l'avenir même de la société.
C'est ainsi que, par l'évidence des situations, se montre le lien étroit par lequel l'œuvre politique de
M»'" d'Hulsl se rattache à son œuvre d'enseignement.
Car les doctrines socialistes n'ont pris réellement leur essor, dans la vie publique de la nation, que du jour où elles ont trouvé, pour les soutenir, des esprits cultivés, nourris dans l'étude des lettres, des sciences et de la philosophie. Il en sera de même de nos doctrines, en ce temps de libre discussion : elles ne triompheront dans les masses qu'en passant par les rangs de la jeunesse studieuse, pour y former, par un savoir puisé aux sources de la philosophie et de la science chrétienne, des convictions capables de se défendre elles-mêmes et de gagner des adeptes.
M?»" d'Hulst fut dans le Parlement le représentant actif de cette grande pensée. C'est assez pour sa gloire politique.
Je pourrais cependant, si je ne devais me borner, en montrer ailleurs le rayonnement. Comme le recteur de l'Université se confondait avec l'homme politique, tous deux se retrouvaient en la même unité de vues et de doctrines dans la chaire de Notre- Dame.
Ce serait une tâche assurément intéressante que d'en essayer la démonstration, en parcourant devant vous ces belles conférences sur la morale du citoyen et la morale sociale, avec les notes lumineuses qui forment le complément des premières; sans doute, hélas ! elles eussent accompagné les secondes, si la mort n'avait glacé la main, jusqu'à la dernière heure occupée de ce grand travail, que seule elle put interrompre.
Mais je sortirais, en lu'abandonnant à cette tentation, du rôle que m'a tracé le pontife vénéré à qui je dois l'honneur d'avoir pu, devant vous, rendre hommage à la grande mémoire de Mfe'' d'Hulst.
J'ai dit ce que j'ai vu de son action parlementaire. Ajouterai -je que la grave dignité de son maintien et la tournure lineinent enjouée de son esprit lui concluaient les respects de tous, avec la sympathie de ceux qui le fréquentaient , et que , là comme partout, la généreuse bonté de son cœur lui gagnait pour toujours l'affection profonde de ceux qui l'avaient une fois éprouvée? Personne ici ne s'en étonnera.
Mais il est un dernier témoignage qui ne peut être tu : c'est la constante et muette prédication de toute sa personne.
Quand on voyait arriver à son banc, exact à cette besogne nouvelle ajoutée à tant d'autres, ce prêtre un peu courbé déjà par la fatigue croissante ; quand on songeait qu'il descendait la veille, pour venir affronter les orages politiques, de la première chaire du monde, et qu'il sortait à peine de cette vieille et modeste maison des Carmes, où l'avait assailli un formidable travail ; quand on savait quelle était la vie de ce grand prédicateur, de ce savant recteur, de ce directeur de tant d'œuvres et de tant d'àmes, dans quelle austérité il cachait l'éclat de sa carrière, et quels exemples de pauvreté volontaire ce riche, ce gentilhomme, cet homme du monde, donnait à notre siècle possédé de la passion du bien-être et de l'argent ; quand on assistait à ces grandes leçons de choses, qui pouvait n'être pas saisi de respect et n'en
pas reporter quelque chose sur la religion, capable d'inspirer de tels détachements 7
J'ai cité quelques-uns des discours de M&i" d'Hulst : il n'y en eut pas dans sa vie publique de plus beau , de plus éloquent, que sa vie elle-même.