PRONONCÉE LE 5 SEPTEMBRE
Cette allocution , prononcée à l'occasion du grand pèlerinage qui, chaque année, à la même époque, amène au sanctuaire vénéré de Notre-Dame du Folgoët (Finistère) des milliers de pèlerins, emprunta aux circonstances un intérêt particulier. M. de Mun était, en effet, à ce moment, à la suite du vote qu'il avait émis au mois de juillet en faveur de la loi contre les anarchistes, en butte à une recrudescence d'attaques d'une violence inouïe de la part des journaux qui, depuis un an, ne cessaient de l'outrager à cause de sa soumission aux conseils politiques du Souverain Pontife , et qui lui reprochaient ce vote de défense sociale comme une coupal^le condescendance envers le gouvernement. Les pèlerins, prêtres et laïques, réunis au Folgoët, saisirent cette occasion pour venger M. de Mun de ces attaques par les témoignages de la plus enthousiaste affection.
Messieurs ,
Je me lève profondément ému de l'accueil que vous voulez bien me faire et des paroles qui viennent de m'être adressées.
Le témoignage que m'apportent ici , dans leur loyauté et leur indépendance, vos cœurs de Bretons, vos âmes de caLlioliques, est la plus belle récompense que puisse ambitionner celui qui s'honore, comme d'un titre de gloire, du nom de soldat du pape que vous lui donniez tout à l'heure. [Bravo! bravo! Vive M. de Mun!)
Je ne sais pas de meilleure réponse à ces marques éclatanles de votre confiance que de renouveler, au milieu de vous, aux pieds de la Vierge du Folgoët, mon serment de fidélité au Souverain Pontife, d'obéissance absolue à ses enseignements, de soumission parfaite à ses conseils. {Aj)plaudissements répétés.)
Quand les hommes d'armes qui parcouraient, au temps de la guerre de Succession, les campagnes du Léon, apercevaient, ici même, le pauvre Salaun, sur son arbre, ils l'interrogeaient brutalement, tout entiers à leurs discordes, pour savoir s'il était de leur parti, et lui répondait : (( Je ne suis ni Blois, ni Montfort; je suis serviteur de Madame Marie. »
Messieurs, que ce soit aussi, dans nos temps difficiles , notre devise et notre réponse aux combattants de la politique ! Catholiques et patriotes avant tout , nous ne sommes d'aucun parti ! Nous sommes les serviteurs de l'Église et de la France, et résolus à accepter, pour elles, toutes les contradictions, toutes les attaques, s'il le faut, tous les outrages! {Sensation prolongée. Les applaudissements empêchent, à diverses reprises, V orateur de continuer.)
Les outrages, messieurs, moins que personne ici, quoi que j'en aie pu souffrir, j'ai le droit d'en parler.
devant vous qui m'en avez, d'un élan de vos cœurs, dédommagé au centuple.
Les contradictions, les attaques, il faut les accepter comme la rançon de notre indépendance! Ce sont elles qui donnent le prix au devoir accompli, ce sont elles qui sanctifient notre tâche et qui féconderont notre œuvre.
Saluons -les comme l'ornement de notre route, comme le témoignage de notre force, et marchons de l'avant. Celles qui viennent de malentendus sincères ou de scrupules regrettables, faisons-les taire, en les dissipant peu à peu, par le spectacle de notre foi, par la dignité de notre attitude, par la persévérance de notre dévouement à l'Église et à la France.
Tout à l'heure, mon jeune ami Desgrées du Lou, que j'ai plus de raison que jamais d'appeler mon ami, lui qui, au jour des sanglantes injures, a su trouver dans son cœur, pour me défendre, des accents dont je le remercie publiquement; tout à l'heure Desgrées du Lou portait la santé du clergé breton, me ravissant ainsi la plus belle partie de ma tâche.
Je veux du moins m'associer à son langage et saluer, avec lui, ces prêtres admirables, l'honneur et la providence de vos campagnes, dont je me glorifie d'être l'ami, vieilli déjà dans les luttes communes, mais fidèle et dévoué comme au premier jour. {Longs applaudissements.)
Quand saint Pol délivra l'île de Batz du dragon qui la désolait, ce ne fut ni par les armes, ni par la violence, mais par la vertu de son étole jetée sur les épaules domptées du monstre, tout à coup docile et soumis.
Souvent, debout sur la grève de Roscofl', en face du rivage illustré pai- ce grand souvenir, j'ai admiré, légende ou tradition, cette belle image du dévouement sacerdotal et de la puissance du ministère sacré; et je me suis dit qu'ainsi les fils de saint Pol, et avec eux tout le clergé de France, si modeste et si grand, sauraient un jour, avec la force qui leur vient d'en haut, des mains des évêques, et, par eux, du successeur des apôtres, désarmer et vaincre l'esprit révolutionnaire qui ravage notre pays.
Mais il faut tout dire ! Saint Pol n'était pas seul pour cette œuvre de géant. Il avait près de lui cet homme longtemps cherché , dont les Léonards n'ont pas le droit d'oublier la mémoire, et qu'il ne trouva qu'en Cléder, où M. de Parcevaux, que je vois en face de moi, fait revivre son courage et sa foi (applaudissements), dans ce manoir de Kergornadec'h dont le nom veut dire « la demeure de l'homme qui ne fuit pas » !
Messieurs, cet homme sans peur, c'était le laïque, prêt à tous les combats pour l'Église de Dieu, et debout aux côtés du prêtre pour le soutenir et le seconder dans sa tâche. Qu'il soit notre modèle, et qu'on puisse un jour dire de nous que le clergé français a trouvé, lui aussi, pour l'assister dans son apostolat, des hommes qui ne fuient pas. (Longues salves d'applaudissements.)
C'est l'esprit même des conseils et des enseignements du Souverain Pontife, quand il nous commande de nous jeter au premier rang des œuvres sociales, et, certain d'être votre interprète fidèle, tout fier du droit que vous m'avez donné de parler au nom des Bretons du pays de Léon, j'envoie du fond du cœur, de cette
extrémité de la terre de France, jusqu'au delà des monts, au grand Pape qui gouverne l'Église, l'hommage de notre foi , de notre amour et de notre obéissance.
Que Dieu Le conserve encore longtemps à notre rête!
A la santé du Pape !
Vive Léon XIII!
( De longues acclamations répondent à cet appel : Vive Léon XIII! Vive M. de M^m! répèlent les assistants, dans un enthousiasme indescriptible.)
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