‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 5)Chapitre 3 sur 43 · SUR LES ŒUVRES DU CARDINAL MERMILLOD (28 MARS · texte numérisé non relu

SUR LES ŒUVRES DU CARDINAL MERMILLOD (28 MARS

Dom Alexandre Grospcllier, ayanl annoncé à M. de Mun la (•rochaine publication d'une édition définitive des « Œuvres épiscopales ^) du cardinal Mermillod, reçut de lui la lettre ■suivante, où est rappelée la part considérable prise par l'illustre prélat au mouvement social de l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers.

Mon Révérend Père,

Je vous remercie très vivement d'avoir bien voulu m'annoncer votre intention de compléter la publication, déjà commencée, des Œuvres du cardinal Mermillod, par celle des discours et des écrits qu'il a plus spécialement consacrés aux questions ouvrières.

Ce sera un ensemble magnifique où revivra, avec léclat qu'y ajoutait la parole du grand évêque, toute une époque de notre histoire catholique.

Si le tableau des luttes que le vicaire apostolique

De Mun. — Discours. > I. — ^

de Genève a soutenues pour la liberté de l'Église donne aux premiers volumes de cette publication un puissant intérêt historique et religieux, en montrant, dans l'admirable constance du prélat exilé, un mémorable exemple de ce que peut, contre la persécution, l'énergie d'une âme épiscopale, la partie qui contiendra les œuvres sociales mettra justement en lumière le grand rôle joué par M^'' Mermillod dans le mouvement catholique de notre temps.

C'est à ce point de vue, surtout, que je puis apprécier l'opportunité de votre grande entreprise.

Vous savez quels liens de respectueuse affection m'attachaient à celui dont vous avez longtemps partagé les travaux, et vous avez été témoin des bontés qu'il me prodiguait.

Je n'oublierai jamais avec quelle ardeur il encouragea les débuts de ma vie publique et les idées naissantes que je m'apprêtais à défendre, lorsqu'au cours d'un voyage de propagande j'allai le saluer à Ferney dans la modeste demeure qui abritait , à deux pas de celle de Voltaire, les premiers jours de son exil.

L'écho de sa grande voix, qui avait retenti, avec des accents prophétiques, dans la chaire de Sainte- Clotilde de Paris, quand, à la veille de nos désastres, il y prononça le célèbre discours sur la question ouvrière, venait de se réveiller dans les âmes, encore bouleversées par les terribles leçons de la Commune ; et cette année même, l'apôtre que Genève condamnait à la vie errante avait donné, dans cette même église de Sainte- Clotilde, comme la conclusion pratique de ce premier sermon, en prêchant, devant un auditoire immense, pour l'œuvre, alors nouvelle, des Cercles

catholiques. De ce jour il y eut, entre le futur cardinal e( les promoteurs du grand rnouvenienl qui depuis a entraîné Umt d'esprits, une intimité constante, faite des paternelles sollicitudes de l'un et de la reconnaissante fidélité des autres.

Dix ans plus tard, poursuivant, à travers toutes les préoccupations et toutes les fatigues de son laborieux ministère, le grand objet de la réforme chrétienne de la société, il olTrait, dans son évéché de Fribourg, l'hospitalité de son toit, l'honneur de sa présidence et l'autorité de sa direction à cette Union internationale d'études sociales dont les travaux ont eu, sur l'établissement des programmes catholiques dans les principaux États de l'Europe, une si féconde influence.

Ce fut là que je retrouvai le maître et le conseiller des premiers jours, avec son éloquence souple et toujours prête, son esprit vif, pénétrant et gracieux, nous accueillant en père, au milieu d'un peuple fidèle dont le gouvernement, libre et chrétien, nous recevait en amis, animant nos entretiens du feu de son infatigable activité, les dominant par la sagesse de son expérience, la sûreté de sa doctrine et sa haute intelligence des conditions de notre temps.

Ainsi, malgré les multiples labeurs de son épiscopat et les cruelles épreuves de son Église, au milieu de toutes les œuvres d'apostolat public et de charité privée dans lesquelles il dépensait, sans compter, ses forces et sa vie, le cardinal Mermillod a été l'un des inspirateurs les plus puissants, l'un des guides les plus écoutés du mouvement social de ces vingt dernières années.

Quand il| s'éloigna de nous, pour aller recevoir les

honneurs qu'il méritait, et exercer sa charge nouvelle près du pontife romain auquel l'avait uni, pendant toute sa vie, un si indéfectible attachement, nous espérions que, de la Ville éternelle, il continuerait longtemps encore à nous aider de ses conseils et de sa protection.

Dieu ne l'a pas permis. Mais sa mémoire, deriieurée vivante au milieu de nous, n'a cessé de nous guider dans la voie qu'un des premiers il a frayée, et que l'encyclique De conditione opificutn a magistralement tracée.

La publication de ses CEuvres complètes ofl'rira donc aux catholiques un haut enseignement, en même temps qu'un modèle de beau langage et une salutaire édification.

C'est vous dire de quel cœur j'applaudis à voire entreprise, en souhaitant son prompt achèvement et vous priant, mon Révérend Père, d'agréer l'expression de mon respectueux dévouement.

A. DE MuN.

ALLOCUTION

PRONONCEE

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