‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 5)Chapitre 20 sur 43 · LE 6 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE 6 FÉVRIER

M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, la question que je désire adresser à M. le ministre des affaires étrangères, et qu'il a bien voulu accepter, sera extrêmement courte.

Les journaux d'hier soir et ceux de ce matin annoncent que des événements très graves se sont produits dans l'île de Crète, et particulièrement à la Canée. On dit qu'une lutte très violente a éclaté entre les musulmans et les chrétiens; on ajoute que ce sont les musulmans qui en ont donné le signal.

Un grand nombre de chrétiens auraient été massacrés ; des incendies auraient éclaté sur un très grand nombre de points de la ville, et les familles qui habitent la Canée et les environs auraient été obligées de se réfugier à bord des vaisseaux en rade appartenant à diverses nations.

Je me garderai d'entrer dans le tond de la question ; elle touche à une situation infiniment trop grave pour que je me permette de le faire en l'absence d'informations suffisantes. Je me borne à prier M. Uî ministre des affaires étrangères de vouloir bien dire à la Chambre ce qu'il sait de ces événements et quelles mesures le gouvernement a prises et compte prendre encore pour sauvegarder la vie, les propriétés et les intérêts de nos nationaux, ainsi que ceux des populations qui semblaient devoir être garanties contre ces violences par une convention récente à la conclusion de laquelle la France n'avait pas été étrangère. (Très bien! très bien!)

M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, reconnut que depuis une semaine de graves désordres ensanglantaient la Crète et que des incendies dévoraient les faubourgs de Candie; il ajouta que le consul français avait pu protéger contre les musulmans nos nationaux, et que les marins de nos deux navires en rade de la Ganée combattaient victorieusement les flammes.

M. LE COMTE Albert de MUxX. Messieurs, je n'ai naturellement qu'à prendre acte des informations que M. le ministre des affaires étrangères vient de donner à la Chambre et à le remercier de les lui avoir communiquées. Je me permets de lui demander en même temps de vouloir bien continuer à tenir le Parlement au courant des incidents qui ne peuvent pas manquer de survenir dans une situation aussi grave.

Il ne lui échappera certainement pas qu'une des causes qui rendent les discussions extrêmement difficiles, entre nous, sur l'ensemble de cette situation et

. ur les événements qui i>euvont avoir de si lourdes conséquences, c'est l'absence absolue où nous sommes toujours de renseignements authentiques sur les faits qui se déroulent en Orient. (Apidamlissements.)

M. MiRMAN. Cela est vrai pour toutes les questions.

M. LE COMTE Albkrt DE MuN. Je ne borne pas cette observation aux incidents de File de Crète. Les mesures déjà prises, et que M. le ministre des afîaires étranîïères vient de faire connaître à la Chambre, répondent à la préoccupation qui a inspiré ma question; je compte que le gouvernement mettra toute son nergie et toute sa vigilance à empêcher le renouvellement des violences qui viennent de se produire. Il ne faut pas, il n'est pas possible que nous laissions se rouvrir la série des événements épouvantables auxquels nous avons assisté, pendant si longtemps, dans un déplorable silence. (Très bien! très bien!) Je compte que toutes les mesures nécessaires seront prises pour en prévenir le retour.

Mais mon observation a une portée plus générale.

Je me permets d'exprimer très fermement le désir que des documents soient très promptement mis à la disposition du Parlement, afin que nous puissions enfin savoir exactement, — ce que nous ne savons qu'imparfaitement et indirectement , — quelle est et quelle a été notre politique en Orient, et quelle y est notre situation, non seulement vis-à-vis de Tempire ottoman, mais au regard des autres puissances. Applaudissements à droite et sur divers bancs à gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. - Je

tiens d'abord à bien établir que je n'ai jamais refusé de répondre à une question qui m'était adressée sur les faits ressortissant à mon ministère. J'ai toujours été à la disposition de la Chambre. J'ajoute que M. le comte de Mun paraît avoir oublié un débat qui a eu quelque retentissement et où il a pris part avec son éloquence habituelle.

M. LE COMTE Albert de Mun. Je l'ai si peu oublié, monsieur le ministre, que je puis, à mon tour, vous rappeler que précisément, dans cette circonstance, j'ai été obligé de chercher les éléments de ma discussion dans les Livres bleus, parce que nous n'avions pas de Livre jaune. (Applaudissements n droite et sur divers bancs à gauche.)

M. le ministre ayant promis la publication prochaine de ces documents diplomatiques, l'incident fut déclaré clos.

LETTRE

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