A L'ORGANISATION DU HAUT COMMANDEMENT DE L'ARMÉE
Dans la commission de l'armée, dont il était membre, M. de Mun avait fait modifier le titre de la loi sur le haut commandement en ces ternies : « Projet de loi tendant à l'organisation du Conseil supérieur de la guerre et des inspecteurs d'armée. »
II en expliqua la raison par la lettre suivante , adressée au journal le Figaro :
28 mai 1897.
Monsieur le Rédacteur en chef,
Le Figaro d'aujourd'hui rapporte, sous une forme humoristique, dans les Notes d'un Parisien, la décision prise sur ma proposition par la commission de l'armée, au sujet de la loi sur le haut commandement.
Voulez- vous me permettre, par une courte observation, d'établir le caractère très sérieux de cette
décision (jui n'est pas, comme parait le croire l'auteur de la note, un simple changement de titre?
La commission de Tarmée a été saisie de propositions très importantes relatives à l'organisation du haut commandement, et signées, l'une de M. de Mahy, l'autre de M. de Tréveneuc et d'nn très grand nombre de ses collègues.
Ces propositions faisaient ressortir certaines lacunes très graves de notre organisation militaire et visaient spécialement la création d'un généralissime et le fonctionnement de l'état- major général de l'armée.
Un peu plus tard, et sous le même litre , M. le ministre de la guerre apportait à la commission un projet de loi concernant l'organisation du Conseil supérieur de la guerre et des inspections générales d'armée et créant un nouveau grade de général, mais ne touchant ni à la question du généralissime, ni à celle de l'état- major général.
La commission adopta ce projet, avec quelques modifications, en lui conservant son titre, bien qu'elle se réservât d'examiner ultérieurement les propositions relatives à l'organisation spéciale du haut commandement.
La discussion, ouverte peu après devant la Chambre, fit immédiatement apparaître l'inconvénient de cette confusion entre le titre et les dispositions du projet de loi.
La question fondamentale du haut commandement, c'est-à-dire celle du général en chef et de l'état- major général, fut en effet soulevée dès les premiers mots, et, comme elle touche aux sujets les plus délicats de l'ordre politique et militaire, le débat, ainsi détourné
de l'objet propre qu'avait voulu lui donner la commission, coupé d'ailleurs par des interpellations qui ne lui laissèrent que deux ou trois demi-séances, ne put aboutir.
Frappé de cette situation , et partageant sur beaucoup de points l'opinion de ceux qui réclament l'organisation du haut commandement, mais désireux de voir adoptées le plus tôt possible les mesures demandées par M. le ministre de la guerre, j'ai pensé que la cause principale des difficultés rencontrées devant la Chambre par le projet ministériel était précisément qu'il paraissait écarter l'examen de cette question capitale et en limiter la solution à certaines réformes organiques, d'ailleurs très importantes.
J'ai fait part de ces réflexions à la commission, et je lui ai proposé de dire nettement à la Chambre ce qu'elle lui apportait, en lui demandant sur ces points spéciaux un vote qui n'engagerait en rien la question plus large du haut commandement.
Tel est l'objet très sérieux, vous le voyez, et bien éloigné d'un simple changement d'étiquette, de la modification que j'ai proposé d'apporter au titre du projet de loi. La commission a bien voulu l'adopter et a décidé de présenter à la Chambre, dans ce premier projet, ce qu'il contient en efTet : l'organisation légale du Conseil supérieur de la guerre et celle des inspections générales d'armée.
Elle a en outre résolu, pour bien marquer son intention, de commencer immédiatement l'examen des propositions relatives à l'organisation du haut commandement.
Je vous serai reconnaissant, Monsieur le rédacteur en chef, de vouloir bien publier cette lettre qui rétablit le véritable caractère de ma proposition, et je vous prie d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
A. DE MUN