‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 5)Chapitre 26 sur 43 · DISCOURS PRONONCÉ A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

L'épouvantable incendie du « Bazar de la Charité » (construction provisoire où toutes les grandes œuvres catholiques tenaient leur vente annuelle), survenu le 4 mai 1897, en répandant l'horreur dans Paris, avait mis en deuil un grand nombre de familles chrétiennes et toutes les œuvres dont les Dames patronnesses avaient péri dans la catastrophe. Le 8 mai, un service solennel fut célébré pour les victimes à Notre-Dame. Le président de la République, les ministres, les corps constitués et le corps diplomatique y assistèrent.

Le discours prononcé dans la basilique par le Révérend Père Olivier, des Frères Prêcheurs, prédicateur de la station du Carême, souleva une vive émotion. Bien que l'orateur n'eût fait qu'exposer la doctrine de l'expiation des justes pour les

coupables, le ton g-ônéral de son discours, l'allusion trop justifiée, mais peut-être ino[)portune en la circonstance, aux offenses commises par la France envers Dieu et châtiées par lui, furent regrettés de plusieurs et donnèrent lieu à de violentes attaques de la })art des ennemis de l'Église. Lors de la rentrée du Parlement, ai)rès les vacances de Pâ({ues, le président de la Chambre, M. Henri Brisson, l'un des chefs de la franc -maçonnerie, fit entendre à la première séance un discours où il mêla à quelques paroles de sympathie pour les victimes une protestation contre le langage du prédicateur de Notre-Dame conçue en termes offensants pour les croyances catholiques. La majorité ordonna l'affichage dans toutes les communes de ce discours imprévu et passionné.

M. de Mun, absent de la séance, n'apprit que par les journaux cette manifestation antichrétienne.

N'ayant pu, le lendemain, en raison des difficultés réglementaires, y répondre à la tribune, il le fit dans la lettre suivante, que les catholiques voulurent, à leur tour, afficher par toute la France, en regard des paroles de M. Brisson.

Paris, 20 mai 1897.

Monsieur le Président,

Je n'étais pas présent à l'ouverture de la séance de mardi et je n'ai pas entendu votre allocution. Si j'avais été là, j'aurais certainement protesté contre vos paroles en combattant la proposition d'affichage de votre discours.

J'espérais le faire aujourd'hui à l'occasion du procèsverbal de la dernière séance, mais vous m'avez fait observer qu'aucun usage parlementaire ne pouvait vous autoriser à me donner la parole dans ces conditions.

Il m'est impossible cependant de ne pas faire entendre publiquement la déclaration que j'aurais voulu porter à la tribune.

Le président de la Chambre me paraît en effet outrepasser son droit en opposant à une thèse formulée hors de cette assemblée, et du fauteuil où sa parole est soustraite à toute discussion, une réponse directe qui est elle-même une thèse doctrinale, présentée dans une forme blessante pour la foi catholique.

Un tel langage ne pouvait à mes yeux être tenu au nom de la Chambre. L'affichage de votre discours, Monsieur le président , en aggravant cette manifestation, en fait une offense contre les sentiments chrétiens d'une grande partie de la nation. Elle appelle une ferme protestation.

La catastrophe du 4 mai était un malheur assez grand pour n'éveiller dans les âmes que de douloureuses pensées, et des méditations dont la conscience de chacun peut seule dicter l'inspiration.

Les familles qu'elle a cruellement frappées ne trouvent leur consolation que dans la foi qui les soutient, et si la compassion publique leur est de quelque soulagement, c'est à la condition qu'elle ne s'enveloppe pas dans une sorte d'injure à leurs croyances, qui n'en ferait pour elles qu'une douleur de plus.

Veuillez agréer. Monsieur le Président, l'assurance de mes sentiments respectueux.

A. DE MuN.

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