‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 5)Chapitre 27 sur 43 · AU · texte numérisé non relu

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Les pai'lis socialiste et radical s'emparèrent de cet incident pour s'en faiicî une; arme de combat contre le ministère modéré, présidé par M, Méline et accusé de « cléricalisme », parce qu'il avait ordonné, aux frais de l'État, la cérémonie de Notre-Dame, et négligé de demander communication préalable du discours ))rononcé par le Père Olivier. Une interpellation eut lieu à la Chambre. M. Goblet, ancien ministre de l'intérieur, reprocha violemment au gouvernement d'avoir voulu non un service funèbre, mais une manifestation.

M. de Mun lui répondit au milieu de l'émotion générale.

M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, je ne dirai que de très courtes paroles. Je ne viens à la tribune que pour répéter les interruptions que j'ai eu le tort de faire de ma place. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans le fond du débat ; mais je ne puis taire devant la Chambre qui m'entend , devant le pays qui nous écoute, l'expression de l'émotion profonde dont je suis saisi {Applaudissements à droite) en voyant, au lendemain d'un deuil aussi épouvantable, d'un drame qui remplit de douleur tant de familles françaises, qui déchire tant de cœurs, à quels tristes débats, à quelle sorte de discussion nous sommes condamnés à assister ! (Applaudissements au centre et à droite.)

Voilà l'émotion que je ne puis pas taire : tout le reste disparaît devant elle. (Interruptions à V extrême gauche.)

M. le Président. Veuillez faire silence. Messieurs.

M. le comte Albert de Mun. En vérité, quel spectacle donnons -nous, et que croyez -vous donc que puisse faire au pays la question de savoir qui a payé les frais du service, et si c'était un service ou une

manifestation? Quoi! voilà dans un tel débat les sentiments mesquins que vous découvrez à la face de la France ! voilà ce que vous avez à dire quand , pour la première fois, vous avez à parler de l'horrible catasti'oplie! (]'/rc.s interruptions n l'ertrême gauche. — Applaudissements à droite et au centre.)

Plusieurs membres à l'extrême gauche. Adressezvous au gouvernement.

M. LE COMTE Albert de Mun. Non î non ! jt^ ne m'adresse pas au gouvernement! Je ne suis ici le client ni le protecteur de |)ersonne. Je m'adresse au pays, et j'apporte à cette tribune Taccent d'une conscience profondément émue et, j'ose le dire, profondément indignée ! {Applaudissements à droite.) Quoi ! il y a eu dans cette ville un malheur sans exemple... (Vives interrujitions à Vextrême gauche.)

M. René Chauvin. C'est une expiation, paraît-il!

M. LE COMTE Albert de Mun. Il y a tout autour de nous des familles qui pleurent et dont le cœur est brisé; il en est qui nous tiennent à nous-mêmes par des liens intimes, et ces familles peuvent, au milieu de leur douleur, entendre l'écho de vos débats! Et vous ne sentez pas que, lorsqu'elles attendent de vous des paroles de respect et de consolation, vous ne leur apportez par le spectacle de vos discordes qu'une douleur de plus! Vous ne sentez pas cela! Non ! vous êtes aveuglés par vos passions, et parce que vous croyez avoir trouvé là un moyen inespéré de raviver et de déchaîner à nouveau les colères anticléricales, pour vous en faire une arme de parti contre le ministère et servir vos compétitions politiques. ( Très bien ! très bien ! au centre et ô droite.)

Je ne sais pas ce que pense le gouvernement, mais je m'imagine que d'autres terrains de lutte lui conviendraient mieux à lui-même que ce terrain fait de ruines, de tombeaux et de larmes! {Vifs applaudissements, à droite et au centre.)

Ah! Messieurs, soyez sûrs que le pays jugera ceci sévèrement. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

A Vextrême gauche. Il a déjà jugé !

M. LE COMTE Albert de Mun. Il ne comprendra pas que vous ayez été chercher dans l'hommage rendu, par une cérémonie religieuse, à des victimes chrétiennes...

Un membre à Vextrême gauche. Et les massacreurs de 1871 ! {Exclamations.)

M. LE COMTE Albert de Mun. Monsieur, je vous prie de m'épargner de pareilles interruptions.

M. LE PRÉSIDENT. Je rappelle à l'ordre l'auteur de cette interruption. (Très bien! très bien!)

M. Gustave Rouanet. Vous avez dit, Monsieur de Mun, que ceux qu'on massacrait en 1871 mouraient avec insolence. (Bruit.)

M. LE COMTE Albert de Mun. Monsieur, en 1871, j'ai fait mon devoir de soldat contre la Commune, comme je le ferais encore demain ! ( Vifs applaudissements à droite, ait centre et sur divers bancs à gauche.)

M. le président. Monsieur Rouanet, veuillez garder le silence.

M. Pasghal Grousset. Vous avez insulté nos cadavres.

M. LE comte Albert de Mun. Je ne répondrai pas

davantage à de telles interruptions. {Très bien! très bien! à droite et au centre.) Si tout vous est bon, si tous les terrains vous sont favorables pour aviver le feu des discordes civiles, je ne vous suivrai pas sur ce terrain-là. (Applaudissements à droite.)

M. Carnaud. C'est vous qui exploitez les discordes! (Bruit.)

M. LE COMTE Albert de Mun. Et j'aime mieux, quant à moi, m'attacher, dans la douleur qui me presse et m'émeut, à la pensée qu'a éloquemmenl exprimée mon ami M. Reille.

Quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez ici, vous n'empêcherez pas que, du deuil universel, ne sorte pour nous l'espérance d'un retour à la concorde sociale et à l'unité morale de notre pays. {Applaudissements à droite et au centre.)

L'ordre du jour pur et simple fut adopté pour clore cette pénible discussion ; et un vote de confiance fut accordé au ministère Méline par 278 voix contre 221 .

TOAST

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