JUIN
Dans le courant de septembre 1894, M. de Mun fut atteint, à la suite d'un refroidissement subit, d'une paralysie du nerf facial dont la gravité fut accrue par l'état de fatigue générale où il se trouvait à cette époque. Cet accident le contraignit au silence pendant plus d'une année. Il voulut cependant le rompre, dans l'intimité de l'Œuvre des Cercles catholiques, pour adresser à ses confrères, à l'occasion du banquet de clôture de l'assemblée générale de 1895, une courte allocution dont voici le passage principal.
Examinant la situation actuelle de l'Œuvre, au milieu des développements de toute nature de son action, M. de Mun terminait ainsi :
Ne vous semble-t-il pas que notre œuvre soit pareille à ce fleuve illustre, orgueil de notre France,
qui, ayant laborieusement, des sommets d'où il sort, frayé sa route à travers mille écueils, rencontre tout à coup le magnifique épanouissement du grand lac de (icMiève? Est-ce lui qui l'a formé ou le lac qui s'est spontanément offert à ses eaux'? Nul ne le sait; mais chacun a pu voir, au milieu des flots étendus, le cours toujours l)leu du fleuve qu'ils embrassent sans jamais l'absorber. Aussi notre œuvre marque sa trace à travers la superbe floraison des œuvres semblables, nées de sa propre vie, et qui s'étendent au pied des monts d'où elle est péniblement descendue.
Peut-être un jour subira- t-elle une éclipse complète semblable à la perte mystérieuse du Rhône. Mais elle reparaîtra aussi, plus assurée dans sa route, et ce sera pour recevoir enfin le flot pesant et attardé de la foule rebelle, pareil aux eaux molles de la Saône qui viennent, comme à regret, se mêler au courant vainqueur.
Et ainsi que lui, nous reprendrons alors notre marche triomphante , fécondant , à son exemple , les vallées ouvertes sur notre route, et portant aux pieds du Pontife romain l'hommage de nos longs travaux, comme lui-même verse le tribut de ses eaux dans la mer azurée où baignent les rivages de la Ville éternelle.
Je bois à ces grandes destinées de notre œuvre, je bois à son passé et à son avenir, à ses serviteurs jeunes et vieux, à ses fondations anciennes et nouvelles, aux cercles catholiques et aux cercles d'études, aux syndicats, mixtes et séparés, agricoles et industriels, aux congrès ouvriers et aux assemblées régionales.
LETTRE